Élu avec plus de 94% des voix, l’ex ministre des Finances du Bénin, Romuald Wadagni, a été officiellement investi ce 24 mai Président de ce pays d’Afrique de l’Ouest en plein boom économique mais sous la menace des jihadistes dans sa partie nord.
M. Wadagni, 49 ans, est entre en fonction pour un mandat de sept ans renouvelable, succédant à Patrice Talon, son mentor qui passe la main après une décennie de pouvoir. Son élection le 12 avril 2026 avait été une formalité: il n’avait qu’un adversaire, Paul Hounkpè, opposant de faible envergure dont le parti, les FCBE (Forces cauris pour un Bénin émergent) a depuis rejoint la majorité présidentielle.
Romuald Wadagni devrait poursuivre les chantiers du développement économique du Bénin lancés par son prédécesseur, dont il était ministre des Finances. Il devra également affronter le défi sécuritaire dans le nord du pays, en proie à des violences récurrentes de groupes jihadistes qui recrutent dans la population béninoise. « Le Bénin ne cèdera ni à la peur ni au relâchement. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité« , a encore assuré M. Wadagni. Appelant à « travailler ensemble » avec les pays voisins.
Car sur le plan diplomatique, ce francophile assumé devra tenter de réconcilier son pays avec ses voisins sahéliens, le Niger en tête qui maintient depuis près de trois ans sa frontière fermée. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali forment l’AES (Alliance des Etats du Sahel) et sont gouvernés par des régimes souverainistes qui ont tourné le dos à l’Occident. Ils accusent le Bénin, resté proche de la France, de vouloir les déstabiliser.
Si aucun Chef d’Etat n’était convié ce 24 mai à Cotonou, comme lors des précédentes investitures récentes au Bénin, la délégation des pays de l’AES a été particulièrement remarquée et applaudie durant les salutations des invités de marque au nouveau Président. Signe de décrispation, le Niger a dépêché son Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, largement applaudi à la cérémonie, tandis que le Burkina Faso et le Mali étaient représentés par leurs ministres des Affaires étrangères (respectivement Jean Marie Karamoko et Abdoulaye Diop).
« Je crois que c’est une nouvelle voie qui s’ouvre. Les peuples de ces pays ont toujours été ensemble. Le plus important, c’est de travailler au raffermissement de ces relations et faire en sorte que nous puissions ensemble œuvrer« , a confié M. Zeine à la presse. Les premières décisions de M. Wadagni en matière de libertés publiques seront particulièrement scrutées, Patrice Talon étant accusé d’un virage autoritaire, avec l’emprisonnement de plusieurs opposants de premier plan. Ou leur exil.
L’ONG RSF (Reporters sans frontières) a appelé Romuald Wadagni à « inscrire la promotion de la liberté de la presse parmi les priorités » de son mandat et à libérer des journalistes emprisonnés.
Refaire du nouveau avec du vieux
Le principal parti d’opposition, les Démocrates, n’avait pu participer à l’élection, faute d’un nombre suffisant de parrainages, et traverse une crise profonde. Après son investiture, Romuald Wadagni a prononcé un discours où il a d’abord rendu hommage à son prédécesseur avant de rappeler quelques promesses de campagne. « Une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations », a-t-il déclaré. « Aux jeunes du Bénin qui refusent les fatalités anciennes et veulent réussir ici chez eux par leur travail, je veux dire ceci: le Bénin croit en vous et il vous donnera les chances de réussir« , a ajouté le nouveau Président.
Si Romuald Wadagni revendique la continuité, son nouveau Gouvernement annoncé dans la soirée de ce 24 mai, dont un quart de femmes, mêle nouveaux, à l’Economie, la Défense ou aux Affaires Etrangères, et ministres reconduits. Comme à la Santé ou la Justice.
@Afriquinfos & AFP



