RDC/Le docteur Denis Mukwege reçoit le prix Sakharov du Parlement européen

Afriquinfos Editeur
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Le chirurgien gynécologue congolais, le docteur Denis Mukwege, dirige depuis 1996 la clinique de Panzi, près de Bukavu, en RDC .Depuis l'ouverture de son centre, il a soigné  plus de 40 000 femmes et petites filles victimes de violences sexuelles dans la région.

 Un acte qui lui a valu ce mercredi le prix Sakharov du Parlement européen,qui lui a été decerné à Strasbourg, en l'honneur de son combat.

Une récompense qu'il reçoit "avec humilité", selon ses propos. "La région où je vis est l’une des plus riches de la planète où le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille, et le viol est utilisé comme une arme de guerre", a  dénoncé le chirurgien dans son discours.

Parcours tracé

C'est de son père, pasteur, que Denis Mukwege, né à Bukavu en 1955, a hérité sa vocation d'aider son prochain. "Je l'admirais. Quand il partait à la rencontre des malades, quand il prêchait en tant que pasteur, je l'accompagnais car j'aimais le voir en action", explique le chirurgien dans Panzi, livre sorti en juin 2014.

Il y raconte notamment ce jour lors duquel son père fut appelé au chevet d'un bébé mourant. Impuissant, le pasteur ne pût qu'offrir ses prières à la famille et à l'enfant tandis que son fils pensait : "Il faut que je sois médecin, ainsi mon père priera et moi je soignerai". Sa vocation était née. Denis Mukwege avait alors huit ans.

Après des études de médecine au Burundi, à Bujumbura, à partir de 1978, un premier poste à l'hôpital de Lemera, en RDC, il débarque en France, à Angers, pour se spécialiser en gynécologie. Il y apprendra une technique révolutionnaire à l'époque, la laparoscopie, modèle de chirurgie peu invasive qui se révélera précieuse, avec l'aide du spécialiste belge Guy-Bernard Cadière, dans le traitement des lésions chez ses patientes de Panzi.

Il quitte Angers pour la RDC en 1989. Suivent des années de guerre puis la fondation de sa clinique, avec l'aide d'associations suédoise et britanniques et de l'Union européenne.

Un prix dédié au RDC

"C’est avec beaucoup d’humilité et un grand espoir que je reçois aujourd’hui le prestigieux Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit", a déclaré Denis Mukwege à la tribune du Parlement européen mercredi. "Par ce prix, vous avez décidé d’accroître la visibilité du combat mené par les femmes congolaises depuis plus de 15 ans et de reconnaître leur souffrance mais aussi leur dignité et le courage qu’elles incarnent", explique-t-il.

"Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme ; chaque mère violée à ma mère et chaque enfant violé à mes enfants. Comment me taire quand nous savons que ces crimes contre l’humanité sont planifiés avec un mobile bassement économique?"

"Quel est cet être humain doué de conscience qui se tairait quand on lui emmène un bébé de six mois dont le vagin a été détruit soit par la pénétration brutale, soit par des objets contondants, soit par des produits chimiques?" s'interroge Denis Mukwege avant de conclure : "Aujourd’hui, tout haut, et devant le monde entier, l’Europe nous exprime sa solidarité. Elle veut marcher avec nous dans notre quête pour la restauration d’une vie congolaise digne. Unissons-nous et marchons avec elle, afin qu’une fois pour toutes, la paix et la justice soient restaurées au Congo et que nous puissions aspirer à un futur meilleur. Notre pays est malade mais, ensemble, avec nos amis de par le monde, nous pouvons et nous allons le soigner."

P. Amah