Qui est Romuald Gadegbeku, auteur du Roman ‘’Les Gréveuses’’ ?

Le journaliste togolais Romuald Gadegbeku, lauréat de la bourse Lagardère pour la presse écrite en 2020 s’offre une nouvelle casquette: celle d’un romancier.

Afriquinfos Editeur
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Les Greveuses (DR)

Paris (© 2026 Afriquinfos)- Le journaliste togolais Romuald Gadegbeku, lauréat de la bourse Lagardère pour la presse écrite en 2020 s’offre une nouvelle casquette: celle d’un romancier. Grâce à son premier roman intitulé « Les Gréveuses » (Editions Grasset) paru le 1er octobre 2025. Dans son œuvre, Romuald Gadegbeku explore le travail, le corps et la dignité à travers le « parcours de femmes de chambre en grève ». Un sujet qui fait écho à un pan de son histoire personnelle.

Dans son œuvre, Romuald Gadegbeku expose la  souffrance de 17 femmes de chambre en grève durant 2 ans dans un hôtel de 600 chambres et parle du travail, du corps, de la dignité, mais il n’y a pas de misérabilisme, de voyeurisme. Une grève librement inspirée de celle, historique, des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Clichy-Batignolles, entre 2019 et 2021.

Mais ce n’est pas juste un roman social, mais c’est aussi un roman filial, le premier livre d’un fils qui parle du métier de sa mère, elle-même femme de ménage. Il n’avait pas compris, enfant, le bruit de la souffrance d’une mère qui rentre du travail. Il raconte ce qu’il a fait après la parution : « Je l’ai offert à ma maman en premier. J’ai ressenti de la fierté« , a-t-il affirmé.

Dans un style poétique et sensible, l’auteur donne voix à ces travailleuses invisibles, souvent racisées et exploitées par un système de maltraitance qui les prive de droits élémentaires et de dignité. Il dépeint avec justesse la violence du quotidien de ces femmes – cadences infernales, corps abîmés, précarité. Payées à la tâche et sans véritable protection sociale, Rita, Aminata, Diva, Mariama et les autres, décident de se mettre en grève pour réclamer des conditions de travail décentes.

Leur combat, qui va durer deux ans au total, devient une épopée collective où se mêlent fatigue, solidarité et résistance face à l’exploitation. Ce qui inspire à l’auteur les mots qui suivent: « fatiguée« . La voix d’Aminata résonne comme l’écho d’une mort à petit feu. « fatiguée ». En français. Ce mot-là, elle le connaît même dans cette langue. « Fatiguée ». Elle a dû le répéter jour après jour, nuit après nuit, chambre après chambre. « Fatiguée ». Rita est ramenée au travail en entendant cette voix.

Pourquoi et comment?

En découvrant dans la presse l’histoire de la grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Clichy-Batignolles, Romuald Gadegbeku, qui est né en 1990, a senti remonter en lui les réminiscences de son adolescence. Au début des années 2000, sa mère était elle aussi femme de chambre.

Et en choisissant de consacrer un roman à ce pan de son histoire familiale, plutôt qu’un essai, l’auteur rend d’une certaine manière hommage à sa mère, tout en racontant « au plus près des corps », la lutte des femmes qui l’ont incité à plonger dans cette aventure littéraire. La fiction lui a également permis de restituer l’humanité et la complexité de ces employées souvent réduites à leur fonction sociale.

Dans le texte, Romuald Gadegbeku alterne les points de vue, passant d’une femme à l’autre, mêlant scènes de grève, retour dans les HLM, prières, moments de vie familiale… Le roman évite l’écueil du misérabilisme et met en lumière la sororité, l’humour et la résilience de ces travailleuses, qui pour la plupart sont aussi des épouses et des mères de famille.

De 2019 à 2021, s’est produit une grève historique, celle des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles. Elles finissent par obtenir gain de cause. C’est aussi l’histoire d’un racisme structurel, avec des femmes pour la plupart racisées, toutes sous-traitées. Leur invisibilisation est un système, ce que raconte aussi le roman, avec « la manière déjà dont elles sont recrutées, ces femmes. On fait parfois en sorte qu’elles ne parlent pas les mêmes langues pour morceler les communautés de travail. »

« Je me suis dit que je pouvais écrire ce roman parce que je suis tombé sur l’histoire de ces femmes qui m’a un peu perturbé, comme je le dis dans ce texte, qui m’a questionné, et qui m’a fait me souvenir que ma mère avait fait ce travail 20 ans plus tôt. » Il ajoute : « Quand elles ont expliqué leur souffrance au travail, ce qu’elles faisaient concrètement, d’essuyer ces chambres, de se mettre à genoux dans des positions inconfortables. Eh bien là, j’ai eu quelques flashs de ce que ma mère potentiellement faisait. »

A la question de savoir, le pourquoi avait-t-il choisi la fiction plutôt que l’essai ? Romuald Gadegbeku : « J’avais envie vraiment de raconter cette histoire au plus près des corps. »

Romuald Gadegbeku est né à Ris-Orangis en 1990. Journaliste indépendant, il est lauréat de la bourse Lagardère pour la presse écrite en 2020 et collabore régulièrement aux magazines Society et So Foot, ainsi qu’au quotidien suisse ‘Le Temps’.

Vignikpo Akpéné