Kigali (© 2026 Afriquinfos) – Dirigeants politiques et économiques africains ont lors de l’Africa CEO Forum (13-14 mai 2026), appelé à accélérer les investissements transfrontaliers afin de faire émerger des groupes capables de rivaliser à l’échelle mondiale. Au centre des discussions : la nécessité pour les économies africaines de dépasser la fragmentation des marchés nationaux afin de faire émerger des entreprises continentales capables d’attirer davantage de capitaux et de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.
Organisé par Jeune Afrique Media Group avec la Société financière internationale (IFC), branche de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, le forum réunit des participants venus de plus de 77 pays autour du thème : “Scale or fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces”.
L’événement, surnommé le « Davos de l’Afrique », et qui s’est tenu à Kigali au Rwanda a réuni plus de 2 800 décideurs issus de 75 pays autour d’un impératif stratégique : industrialiser le continent et faire émerger des champions économiques capables de s’imposer dans un nouvel ordre mondial en pleine mutation.
Le thème central de cette édition 2026, « Scale or fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces », souligne l’urgence pour le continent de dépasser les frontières nationales pour construire des entités robustes. Alors que les équilibres géopolitiques mondiaux se redessinent, les dirigeants africains affichent une volonté commune de ne plus rester à la périphérie des grandes décisions économiques.
Parmi les chefs d’État présents figurent notamment le président rwandais Paul Kagame, le Nigérian Bola Ahmed Tinubu, le Gabonais Brice Oligui Nguema, le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani ou encore le Kényan William Ruto.
Le directeur général de l’IFC, Makhtar Diop, a estimé que le continent disposait déjà “des capitaux et de l’élan nécessaires” mais devait désormais renforcer les investissements transfrontaliers et la mobilisation des financements à grande échelle.
Selon lui, l’IFC, qui a investi 14 milliards de dollars en Afrique en 2025, entend accroître sa capacité à mobiliser les capitaux internationaux et africains pour soutenir la croissance et l’emploi sur le continent.
Les organisateurs défendent le concept de “shared ownership” (“propriété partagée”), reposant sur trois axes : des investissements transfrontaliers renforcés, des infrastructures régionales communes et une harmonisation des réglementations afin de fluidifier la circulation des capitaux, des biens et des talents.
“L’Afrique ne manque ni d’entrepreneurs, ni d’opportunités, ni de capitaux. Elle manque d’échelle”, souligne le communiqué d’ouverture du forum, qui présente cette stratégie comme une réponse à la fragmentation des échanges internationaux et à la remise en cause du multilatéralisme.
Lors de son discours d’ouverture, le fondateur de BUA Group, Abdul Samad Rabiu, a insisté sur la responsabilité des leaders africains : « Le moment est venu, les choix nous appartiennent ».
Un sentiment partagé par le président Paul Kagame, qui a martelé qu’il est désormais « temps d’agir ». Hassanein Hiridjee, PDG d’Axian, souligne également ce changement de paradigme : « Les États se rendent compte qu’on ne peut plus avancer sans entreprises privées ».
Priorité à l’infrastructure et au numérique
Pour capter son immense potentiel, l’Afrique doit accélérer dans plusieurs secteurs clés : l’agriculture, le commerce intra-africain, la transformation locale des matières premières et l’énergie verte.
Le numérique émerge toutefois comme le levier de croissance le plus prometteur. L’enjeu est de passer du statut de consommateur à celui de producteur de services numériques et d’infrastructures, notamment via la création de data centers, une urgence soulignée à plusieurs reprises par Jean-Pascal Tricoire, président de Schneider Electric.
Des initiatives concrètes sont déjà en cours, comme l’ouverture de plusieurs écoles 42 en partenariat avec Xavier Niel, visant à renforcer les compétences technologiques locales et à soutenir les hubs d’intelligence artificielle. Vous aimerez aussi: Un milliard de repas gaspillés quotidiennement : le cri d’alarme de l’ONU.
Créé en 2012, l’Africa CEO Forum s’est imposé comme l’un des principaux rendez-vous économiques du continent. L’édition 2026 doit s’achever vendredi à Kigali. Pour les participants, il est devenu impératif d’atteindre une taille critique afin de peser dans la compétition mondiale. L’événement a en outre réuni des personnalités marquantes du continent, telles que l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, Premiers ministres ivoirien Robert Beugré Mambé, guinéen Amadou Oury Bah et mozambicaine Maria Benvinda Levi.
Vignikpo Akpéné



