Ce restaurant historique, placé dans le célèbre théâtre du marché dans le Centre de Johannesburg depuis une quarantaine d’années, a vu expirer la concession de son local le mois dernier.
Fondé en 1967, dans le quartier de Hillbrow, il a accueilli pendant ces quatre décennies une diversité de clients à l’image de sa cuisine : des touristes, des célébrités et des sud-africains de toutes origines.
Parmi les nombreuses visites, certaines restent ancrées dans l’histoire comme celle de Charlize Theron, Catherine Deneuve, la reine Elisabeth II, Hillary Clinton mais surtout celle de Mandela en 1994, avant qu’il ne devienne le premier président noir sud-africain.
Le gérant Eduan Naudé explique la venue d’Hillary Clinton n’était pas prévue et qu’elle avait appelé tout le personnel pour le féliciter.
Mais le restaurant est aussi célèbre pour avoir servi un large choix de plats traditionnels sud-africains : « Nous étions les premiers à offrir toutes la cuisine sud-africaine », affirme Eduan Naudé.
Ces plats sont en fait issus d’un mélange de cultures du temps des colonies, comme des spécialités faites à base de produits asiatiques que les esclaves malaisiens ont apportés avec les premiers colons venant de Hollande. On y retrouve des plats comme le poisson à l’escabèche du Cap, la saucisse très afrikaner « boerewors, le poulet au curry indien, le « mohodu » (tripes).
Si le restaurant disparaît, il a connu un record inégalable avec des milliers de clients qui ont franchi la porte du restaurant.
Sa lutte contre l’apartheid a débuté un peu par hasard un jour avec la réservation d’un groupe de clients noirs, des hommes politiques noirs américains. Le gérant pouvait les accueillir que sur autorisation du gouvernement.
Or le gouvernement n’a pas donné suite alors le gérant a pris le risque de les accueillir, comme pour ceux qui ont suivi.
« La Police n’est pas intervenue et depuis ce jour, nous ouvrions les portes à tout le monde. Je pense que nous étions les premiers. »
Ce pari valait la peine puisque le restaurant a pu fonctionner tout en aidant à lutter contre la ségrégation.
Le Naudé le gérant ne cache pas sa peine à se fermeture et son envie de continuer à faire tourner le restaurant encore quelques années de plus, même à 82 ans.
Cette fermeture est d’autant plus triste qu’elle intervient peu de temps après la mort d’un collaborateur Brian Shalkoff en juillet dernier, battu à mort dans l’appartement qu’il partageait avec Naudé dans le Centre.
Il ne reste plus que les murs marqués par la pénible histoire du pays, tous les objets décoratifs, meubles et vaisselles ont été vendus aux enchères. C’est donc un héritage chargé d’histoire qui disparaît avec ce restaurant.



