Addis-Abeba (© 2026 Afriquinfos)- Une conférence virtuelle axée autour du thème ‘’Le Privilège d’être Africain’’, s’est tenue ce samedi 28 février 2026. L’événement animé par l’auteur et écrivain le président de l’UAP-ZLECAF Gilles Ayikué Atayi a rassemblé des internautes du continent et de l’Europe. D’après le conférencier, il y’a quatre privilèges d’être Africain.
‘’L’Afrique, c’est un continent d’Africains et il regorge 1,4 milliard d’opportunités à portée de main. C’est un marché considérable et quand on regarde la taille et la puissance de cette démographie comparée à l’Europe, par exemple, et aux USA, il s’agit là d’un potentiel extraordinaire’’, a laissé entendre M. Atayi.
L’homme qui a à ce jour à son actif, deux ouvrages : « 51 pratiques fondamentales des leaders » et « Être un bon chef », a souligné que la ‘’vitalité démographique est le premier privilège qu’il y a d’être Africain. Le premier privilège qu’il y a d’être Africain, c’est de faire partie de ce groupe de 1,4 milliard d’habitants et on estime que nous serons 2,5 milliards en l’an 2050, donc 1,1 sur 4 sera Africain. Le deuxième privilège, c’est je dirais même la qualité de cette démographie. L’Afrique, c’est le continent de la jeunesse’’.
‘’Il faut, pour bien le comprendre, comparer ce qui est comparable contre les autres pays et de se rendre compte que l’âge médian en Afrique est de 19 ans, quand au Japon, il est de 49 ans. En Europe, 44 ans. En Chine, de 39 ans’’, a-t-il expliqué.
Selon le Président de l’Union Africaine Professionnelle-Zlecaf (UAP-Zlecaf), 60% de la population africaine a moins de 25 ans. En étant donc la plus petite, il s’agit de la plus jeune population du monde, c’est forcément une force vive pour l’avenir de ce continent. Donc vitalité démographique, puis continent de la jeunesse. Le troisième privilège, et il est de taille, c’est que l’Afrique a la plus grande part, et de très loin, la plus grande part des terres arables non cultivées disponibles. Les chiffres que j’affiche ici à l’écran vous montrent que sur les terres disponibles non cultivées dans le monde, % sont en Afrique. C’est un potentiel agricole phénoménal, non simplement pour nourrir le continent, mais également pour nourrir le monde.
‘’Quand on parle de terres en Afrique, la conversation va toujours sur le sous-sol. Oui, mais c’est volontiers que je ne parlerai pas aujourd’hui du privilège qu’il y a par le sous-sol riche en minerais. Je veux juste me contenter ici non pas du sous-sol, mais du sol’’, a-t-il déclaré.
Le quatrième avantage, c’est que l’Afrique a une position maritime stratégique exceptionnelle.
D’après l’orateur de la session, , sur les 54 pays d’Afrique, 38 pays sont des pays côtiers. ‘’L’Afrique a plus de kilomètres de côtes et les quatre meilleurs océans qui l’entourent sont l’océan Atlantique, l’océan Indien, la mer Méditerranée et la mer Rouge, ce qui place l’Afrique dans une position stratégique exceptionnelle pour le commerce mondial et pour les routes maritimes internationales. Et le cinquième privilège qu’il y a, c’est justement celui-là qui nous amène à parler ensemble, c’est que nous sommes potentiellement la plus grande zone de libre-échange depuis l’OMC’’.
C’est-à-dire que la ZLECAF, qui veut dire la zone de libre-échange continentale africaine ou tout simplement le continent africain, c’est consommateurs, c’est pays membres, c’est PIB cumulé et c’est pour le commerce existant qu’il faut libéraliser.
D’après la même source, l’histoire qu’on raconte et que malheureusement beaucoup d’Africains se racontent eux-mêmes, c’est la pauvreté endémique, c’est les conflits permanents et c’est la dépendance extérieure. Oui, tout ceci est vrai. La pauvreté que nous avons en Afrique est insupportable. Les conflits permanents qui sont fomentés bien souvent de l’extérieur et dans lesquels les pièces qui sont tendues, beaucoup d’entre nous tombent. La dépendance extérieure qui fait que le service de la dette écrase l’économie de nos pays, ce ne sont pas simplement des histoires qu’on nous raconte, c’est un récit tronqué.
‘’Ça ne reflète pas toute la réalité parce qu’à côté, sur votre écran, il y a la réalité des données et je prends des données en 2026. L’Afrique, c’est quand même en 20 ans une classe moyenne multipliée par 3, donc c’est une croissance soutenue du pouvoir d’achat. L’Afrique, ce n’est pas tout le temps, mais c’est tout de même déjà un taux d’alphabétisation de 65%. C’est 25 points gagnés en une génération. L’économie numérique, et là j’ai les chiffres de projection en fin 2025, c’est 180 milliards de dollars que pèse l’économie numérique en Afrique. Et dans les 10 économies du monde qui en fichent les plus grandes croissances, 6 viennent du continent africain’’.
Tout ceci n’est pas suffisant et ne peut pas suffire à être content. Il y a beaucoup d’opportunités pour faire bien mieux. Quand on a regardé ce que j’ai dit tout à l’heure, qui sont les avantages d’être africain et la réalité des données par rapport à ce qu’on raconte, il y a des opportunités et pour vous, je vais en lister 7. Et là, ça me donne le plan de ce que nous allons voir aujourd’hui.
Des erreurs à éviter
D’après le conférencier, il y’a des opportunités et ensuite 3 erreurs que nous devons impérativement éviter.
La première opportunité, l’opportunité numéro 1, c’est que la zone de libre-échange, le continent en lui-même, peut être l’opportunité d’accéder pour tout opérateur économique. Et nous avons fait des travaux qui nous permettent d’afficher un accès à, pour tous au moins, un marché trois fois plus grand.
Les données sont là. Le marché continental unique, s’il se réalise, c’est consommateurs. ‘’Si nous arrivons, la suppression progressive des barrières tarifaires, jusqu’à 30 à 40 %, l’opportunité d’accès à un marché trois fois plus grand, elle existe. Si nous arrivons, et c’est un grand travail à faire, de procédures harmonisées et simplifiées, où on pourrait ramener, dans certains cas, 15 documents en un seul, il est possible d’accéder à un marché trois fois plus grand. Le premier réflexe pour tout l’Afrique, et notamment pour ceux qui nous écoutent, qui sont des PME, qui sont des industriels, ou qui sont même des personnes seules qui travaillent, et même nos commerçants qui travaillent dans nos marchés, c’est que la première opportunité, c’est de ne plus penser local, mais de commencer à penser continental’’.
S’appuyant sur l’exemple d’une PME textile au Nigeria, M. Atayi souligne ceci : Si les procédures harmonisées sont connues, si la suppression progressive des barrières tarifaires, qui a commencé, arrive aux 30 à 40 % tels qui sont prévus par les textes, cette PME textile nigériane que nous avons identifiée est capable de réduire ses coûts d’exploitation jusqu’à 35 %, est capable, d’après nos projections, de multiplier par deux, juste en 18 mois, son chiffre d’affaires. Ici, il faut penser continental dès le premier jour, au lieu que de penser local.
La deuxième opportunité, c’est de créer des chaînes de valeurs africaines. Aujourd’hui, ce que nous avons encore, encore trop, c’est des chaînes de valeurs qui ne sont pas africaines. Je prends l’exemple que je connais bien, la Tanzanie produit du café.
Aujourd’hui, le café brut est exporté en Europe pour la tarifaction et il revient comme produit fini à Nairobi, puis après exporté dans tous les autres pays. C’est absurde, c’est absurde. La Zleka propose, mais on n’y est pas encore, qu’une fois que le produit sorti des champs est là, qu’il puisse avoir création de valeur africaine en passant par la tarifaction au Kenya, l’emballage en Ethiopie, et puis la distribution sur toute l’Afrique.
Ça, c’est la chaîne logique. En faisant cela, non seulement nous créons de la valeur à l’intérieur, mais en plus, nous créons des emplois locaux. On va le voir tout à l’heure.
L’opportunité, elle est également dans le courage de prendre des décisions et d’y tenir. Mais ce que nous faisons aujourd’hui, c’est de montrer le canevas de toutes les possibilités, les mines d’or sur lesquelles nous sommes assises, et pour lesquelles, malheureusement, trop peu d’Africains ont conscience. Ça, c’est donc l’opportunité 2. L’opportunité 1, donc, créer un marché continental.
L’opportunité 2, créer des chaînes de valeur africaines. L’opportunité 3, c’est de favoriser la mobilité professionnelle. Nous avons des Africains développés, éduqués, instruits, exposés.
L’Afrique a des ingénieurs, des avocats, des médecins, des consultants. Pas assez, mais on en a. Le problème aujourd’hui, c’est que beaucoup trop de diplômes ne sont pas reconnus entre pays africains.
Les barrières administratives sont nombreuses, et donc la mobilité professionnelle, elle est entravée. La solution que propose l’ASLECAF, et le travail a commencé, ne va pas assez vite. C’est la reconnaissance mutuelle des qualifications.
C’est la libre circulation des professionnels, et c’est surtout l’harmonisation des standards. Quand on parle de standards, vous avez, et je ne suis pas ingénieur, mais je suis capable de comprendre au moins cela, vous avez plusieurs systèmes. Le système métrique, c’est celui que je connais, mais il y a d’autres systèmes.
Ce qui fait qu’on ne peut pas travailler ensemble tant qu’on n’a pas harmonisé nos standards. Certains parlent de pouce, de pied, foot, pied. D’autres parlent de mètre ou de centimètre.
On ne se comprend pas. Les espacements dans les rails ne sont pas les mêmes. Les standards ne sont pas les mêmes.
Il n’y a pas un effort conscient, dès le départ, à travailler, à baisser les barrières administratives et à harmoniser les standards. Les bénéfices immédiats en favorisant la mobilité professionnelle seraient, pourquoi pas, que nous retrouvions dans un pays beaucoup de professionnels d’autres pays pour enrichir, pour amener la conversation. Si nous pouvions travailler librement dans la majorité des pays que représente l’Afrique avec des qualifications reconnues, ce continent serait différent.
Faire tomber les barrières tarifaires
Ceci est donc l’opportunité numéro 3, favoriser la mobilité continentale. L’opportunité numéro 4, ce serait de donner accès au financement panafricain. Aujourd’hui, les capitaux sont cloisonnés.
Le fait que nous n’ayons pas de monnaie unique ou même de monnaie par zone est un frein. Lorsque le Nigeria, par exemple, et j’ai choisi trois pays anglophones ici, avec trois monnaies différentes, lorsque le Nigeria doit commercer avec le Kenya, il ne peut aujourd’hui emprunter en principe qu’au Nigeria. Certains entrepreneurs sont capables de casser ces cloisons, mais les efforts sont longs, les barrières sont hautes.
Quand je vois trois grands géants comme le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud, lorsque je vois tout l’argent bloqué dans les silos nationaux, c’est insupportable. Pourquoi est-ce qu’une fictive sénégalaise ne pourrait pas lever des fonds au Nigeria, en Afrique du Sud, au Kenya ? Grâce aux réseaux UAP et les CAF dont on parlera tout à l’heure, et au mécanisme de la SNECAF, il serait possible de faire tomber toutes ces barrières. Et la facilitation des flux de capitaux permettrait forcément des flux transfrontaliers, la création d’emplois, la création de richesses, et on a parlé tout à l’heure de la création de valeurs de pays à pays, au lieu que de passer par la conversion en dollars, puis après, je ne sais pas, en euros, revenir dans une autre monnaie avant de revenir dans une monnaie locale.
Tous les capitaux cloisonnés sont une barrière au développement de ce continent. Donc l’opportunité numéro 4, c’est l’accès aux financements continentaux. La cinquième opportunité, je l’aime beaucoup. Elle me parle profondément. L’Afrique a, dans différents secteurs, des champions. Je m’en suis choisi cinq pour cette présentation, juste pour refléter l’exemple que je veux dire.
M. Atayi estime que l’innovation par collaboration continentale est une opportunité phénoménale. Le Nigéria est un champion en termes de fintech, en termes d’innovation financière. Mais combien de pays africains bénéficient de l’avancée nigériane dans ce domaine ? Le Kenya est champion du monde en ce qui s’agit de mobile money, une mobile money que nous connaissons sur ce continent et même en dehors de ce continent.
Vignikpo Akpéné



