Nouvelle donne autour de la gestion de l’or nigérien: Enjeux et finalités

Les autorités nigériennes ont nationalisé la Société des mines du Liptako (SML) chargée de l'exploitation de l'or

Afriquinfos Editeur
5 Min de Lecture
Nouvelle donne autour de la gestion de l'or nigérien: Enjeux et finalités
Le Général Abdourahamane Tiani (DR-Faso Libre)

Niger (© 2025 Afriquinfos)- Les autorités nigériennes ont nationalisé la Société des mines du Liptako (SML) chargée de l’exploitation de l’or et détenue à 80% par le groupe australien Mckinel Ressources Limited, après l’échec de l’actionnaire majoritaire à honorer ses engagements d’investissement. Cette mesure s’inscrit dans la nouvelle politique de souveraineté économique du pays depuis le coup d’État de juillet 2023.

« Son Excellence le général d’armée Abdourahamane Tiani, président de la République, chef de l’État, a signé une ordonnance portant nationalisation de la Société des mines du Liptako (SML) SA« , a annoncé un communiqué du secrétariat général du gouvernement lu à la télévision publique vendredi 9 août 2025.

« La SML SA, de droit nigérien, dispose de deux (2) permis pour grande exploitation minière d’or, en l’occurrence, le permis de Samira Libiri renouvelé par décret du 20 novembre 2019 pour une durée de 5 ans et le permis de Bouloujounga« , a ajouté la même source, précisant qu’en mai 2019, « la Société de patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN), société d’Etat, a cédé 80 % de ses actions dans la Société des mines du Liptako (SML) SA au groupe Mckinel Ressources Limited, à travers une convention de cession d’actions« .

Selon le gouvernement nigérien, le groupe Mckinel Ressources Limited s’était alors « engagé à redresser la SML SA en mobilisant des moyens financiers importants et en respectant divers engagements opérationnels, financiers et sociaux« . Malheureusement, ont déploré les autorités nigériennes, « six (6) ans après cette cession d’actions, il est constaté de graves manquements du groupe Mckinel Ressources Limited aux obligations contractuelles et une situation économique alarmante de la SML SA« .

Entre autres manquements, Niamey relève qu’un plan d’investissement global « incluant un plan d’investissement indicatif d’au moins 10 millions de dollars US, qui devrait être élaboré dans un délai de trois (3) mois suivant la prise de contrôle, n’a jamais été fourni » par le groupe Mckinel et que « la SML SA est redevable de plusieurs dettes fiscales vis-à-vis de l’Etat du Niger« .

Soulignant avoir accordé « toutes les facilités nécessaires » pour une meilleure reprise des activités du groupe Mckinel, le gouvernement nigérien a indiqué que sa décision de nationaliser la SML SA vise à « sauver cette entreprise hautement stratégique » et s’inscrit « dans la droite ligne de la vision du président de la République, chef de l’État, celle de favoriser l’appropriation intégrale par le peuple nigérien de ses ressources naturelles« .

La SML SA est la principale société exploitante de l’or du Niger qui opéré dans la zone du Liptako-Gourma près de la frontière du Burkina Faso. Cette mesure intervient deux mois après la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR SA), filiale du groupe français Orano, adoptée en conseil des ministres le 19 juin dernier.

Une décision, un contexte singulier

Le gouvernement nigérien accuse Orano de «comportement irresponsable, illégal et déloyal» depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Parmi les griefs : le rapatriement sans préavis des ressortissants français, des tentatives d’arrêt de production, la déconnexion non autorisée du système informatique de SOMAIR en décembre 2024 et la résiliation unilatérale des licences.

Créée en 1968, SOMAIR exploite l’uranium depuis 1971 à Arlit, dans la région d’Agadez. Orano détenait 63,40% du capital contre 36,60% pour SOPAMIN. Le gouvernement dénonce un partage déséquilibré des revenus : Orano prélevait 86,3% de la production commercialisée contre seulement 9,2% pour SOPAMIN, alors que les accords prévoyaient un partage proportionnel aux participations.

En riposte, Orano a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) en janvier 2025, après avoir annoncé avoir perdu le contrôle opérationnel de SOMAIR. Depuis le coup d’État du juillet 2023, les nouvelles autorités nigériennes ont annoncé leur intention de faire retrouver au Niger sa « pleine » souveraineté sur ses ressources naturelles.

Afriquinfos