Maroc : L’alarmante explosion du mariage des mineures

Afriquinfos Editeur 2 Vues
3 Min de Lecture

Mercredi 28 mai, le ministre marocain de la justice, Mustapha Ramid, a présidé une conférence intitulée « Dix ans après l’application du Code de la famille : bilan et perspectives ». C’était donc l’heure du bilan sur ce domaine, et si le ministre a parlé d’une évolution stable des chiffres du mariage des mineurs, les chiffres montrent en réalité une nette augmentation de ce phénomène.

En 2004, 7,75% des mineurs étaient mariées, un chiffre qui est passé à 11,47% en 2013 ce qui correspond à une hausse de 18.341 cas en 2004 à 35.152 en 2013 : le nombre de mariage de mineures a doublé en une décennie. Une augmentation vertigineuse qui alerte les protecteurs des droits de la femme et des enfants, moins d’une semaine après la journée nationale de l’enfant. Des chiffres qui cachent aussi de nombreux drames familiaux, car la majorité des mineures qui se marient se voient contraintes d’abandonner leurs études et de se soumettre à une vie de famille qu’elles n’ont pas toujours souhaité. Les cas de suicides ne sont par conséquence pas rares. En outre, les filles âgées de 15 à 19 ans mettent au monde chaque année 7% des nouveau-nés marocains, ce qui porte à 50.000 le nombre de naissances issues de mariages de mineures.

Mustapha Ramid a aussi parlé des chiffres du divorce lors de son intervention. Chez les mineurs, il est en forte hausse : il est passé de 7.213 cas en 2004 à 40.850 en 2013, soit une incroyable hausse d'environ 500%. 97% d’entre eux sont dus au chiqaq, c’est-à-dire à une discorde ou un différend entre les deux époux qui ne peut être concilié, même après intervention d’un arbitre. Toutefois, sur l’ensemble de la population, le code de la famille a eu des incidences positives sur le divorce. Il aurait permis en 2013 de sauver plus de 8.000 couples ; 40.000 autres ont divorcé.

Concernant la polygamie, les chiffres sont assez contradictoires. D’un côté, son taux est passé de 0,34% entre 2004 et 2011 à 0,26% entre 2012 et 2013 ; de l’autre, l’acceptation des demandes par les juges a augmenté de 25%. Dans tous les cas, ce sont des données à nuancer, d’autant plus que les premiers chiffres ne sont pas utilisables : les périodes comparées n’étant pas les mêmes, ils n’ont au final aucune valeur comparatrice.

Le Code de la famille n’a donc pas permis de réduire le mariage des mineures, qui continue à représenter 10% des mariages marocains. Il devient donc urgent que le gouvernement se penche sur ce sujet et propose des solutions car, comme l’a souligné Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, ce phénomène engendre d’autres problèmes et créer une instabilité pour les femmes.

Afriquinfos