Mali/Alliance FLA-JNIM: Des groupes armés unis contre l’Armée régulière sur une base très singulière et fragile

Les 25 et 26 avril derniers, des attaques coordonnées entre les groupes djihadistes du JNIM et les factions touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont visé des villes stratégiques au Mali.

Afriquinfos Editeur
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Des rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) à Kidal, le 26 avril 2026 au Mali.
Des rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) à Kidal, le 26 avril 2026 au Mali.

Paris (© 2026 Afriquinfos)- Les 25 et 26 avril derniers, des attaques coordonnées entre les groupes djihadistes du JNIM et les factions touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont visé des villes stratégiques au Mali. Longtemps opposés par des divergences idéologiques, ces acteurs semblent désormais s’entendre pour déstabiliser le pouvoir malien de Transition.

Cette offensive coordonnée, menée contre plusieurs villes stratégiques du Mali, marque un tournant dans la progression du JNIM et des rebelles sur le territoire malien. D’une ampleur rarement observée depuis 2012, elle illustre la capacité des groupes armés à frapper simultanément plusieurs zones-clés du pays. À Kati, considérée comme un symbole du pouvoir militaire malien, le JNIM a assassiné le ministre de la Défense Sadio Camara (47 ans). Plus au nord, le FLA a repris Kidal, ancien bastion des indépendantistes touaregs perdu en 2023.

La géographie des attaques semble refléter les objectifs distincts des deux mouvements. Le JNIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda fondée en 2017 par Iyad Ag Ghali, poursuit un projet djihadiste visant à imposer un ordre islamique fondé sur la charia. Le FLA, de son côté, défend les revendications indépendantistes portées par certaines factions touarègues du nord du Mali.

Une dynamique bien huilée depuis des années

Ce rapprochement entre groupes armés aux objectifs idéologiques divergents n’est pas inédit dans l’histoire récente du Mali. Fondé en 2011, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ancêtre du FLA, s’allie dès 2012 au groupe djihadiste Ansar Dine pour combattre les FAMa (Armée malienne) et le pouvoir central. Malgré des projets politiques opposés, les deux mouvements partagent alors des projections contre un adversaire commun.

Cette coopération reste toutefois de courte durée. Dès la fin de l’année 2012, les groupes djihadistes prennent progressivement le dessus sur les rebelles touaregs et s’affrontent pour le contrôle du nord du Mali. Malgré la signature des accords d’Alger en 2015, le conflit s’enlise et les violences persistent dans plusieurs régions du pays. Le coup d’État d’août 2020 et l’arrivée au pouvoir du pouvoir d’Assimi Goïta contribuent ensuite à remettre au goût du jour les combats entre Bamako et les djihadistes.

 Une alliance durable?              

L’efficacité des attaques témoigne d’une tactique bien rodée des groupes armés. Ils profitent du vide laissé par le retrait des Forces françaises pour mettre la pression simultanément sur la capitale et les villes du nord. Wassim Nasr (journaliste à France 24, spécialiste des questions terroristes) déclarait le 4 mai 2026, au micro de Guillaume Erner, sur le sujet: “Les agissements de Bamako et les choix politiques faits par Bamako » ont conduit deux groupes, qui “n’étaient pas forcément les meilleurs alliés du monde, à agir ensemble malgré leurs antagonismes”.

Pour ce spécialiste des mouvances djihadistes au Sahel, cette convergence montre à quel point les choix politiques récents du pouvoir Goïta ont participé à la recomposition des alliances sur le terrain. Cependant, les agendas divergents font planer le doute sur la durabilité de cette alliance (contre nature) au niveau “politique”, dans le cadre d’une planification de gouvernance.

Alice Perret