Lomé (© 2026 Afriquinfos)- Quelques jours après la grâce présidentielle accordée aux 1 .500 prisonniers au Togo le 31 décembre 2025, plusieurs regroupements de partis politiques et d’organisations de la Société civile se sont exprimés ce lundi 5 janvier 2026.
Face à la presse à Lomé ce lundi, le Front ‘’Touche pas à ma Constitution’’, la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), la Dynamique Mgr Kpodzro (DMK) et la Lumière pour un développement dans la paix (LDP) ont confirmé les libérations du 31 décembre. Tout en saluant une «avancée», ils estiment toutefois que le geste reste largement insuffisant.
Parmi les bénéficiaires de cette grâce présidentielle, 75 étaient des ‘’détenus politiques’’. Selon ces groupements de partis politiques d’opposition et d’organisations de la société civiles, ‘’beaucoup de nos compatriotes sont encore privés de liberté ou gardés dans la souffrance des prisons aux conditions inhumaines. Près de 70 détenus politiques retrouve attendent impatiemment d’être libérés. Ils doivent être libérés’’, ont ajouté ces organisations, parmi lesquelles on deux importants groupements, le front ‘’ Touche pas à ma Constitution’’ et la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP).
Du côté des autorités, la grâce présidentielle est présentée comme une décision à forte portée sociale et humanitaire. Dans un communiqué publié fin décembre, le gouvernement a précisé que les bénéficiaires incluaient des détenus en fin de peine, des personnes condamnées pour des délits mineurs, des prisonniers âgés ainsi que des détenus gravement malades.
L’exécutif met également en avant les effets attendus de la mesure. Il s’agit de soulager les familles à l’occasion des fêtes de fin d’année, contribuer au désengorgement des établissements pénitentiaires et renforcer la conformité du Togo à ses engagements internationaux en matière de droits humains et de justice. Mais cette lecture officielle se heurte à une contestation persistante.
Pour les organisations mobilisées, environ 70 personnes restent encore détenues pour des motifs politiques. ‘’Une réelle volonté d’apaisement devrait se manifester par la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques’’, ont-elles affirmé, appelant le pouvoir à aller au-delà de ce qu’elles qualifient de «gestes partiels».
Le point de crispation central reste sémantique autant que politique. Le Gouvernement togolais estimait qu’il n’existe pas de détenus politiques dans le pays. ‘’Ce sont des éléments de langage utilisés à des fins politiques’’, avait déclaré l’ancien ministre Christian Trimua, rappelant que, juridiquement, les personnes incarcérées l’auraient été pour des infractions de droit commun.
Un argument rejeté par les opposants. Pour Nathaniel Olympio, porte-parole du Front ‘’Touche pas à ma Constitution’’, la nature politique des détentions ne fait guère de doute : ‘’Ils ont été arrêtés soit pour l’expression de leurs opinions politiques, soit lors de manifestations’’.
Les regroupements politiques et citoyens ne limitent pas leurs exigences aux seules libérations. Ils réclament également le retour des exilés politiques, autre dossier sensible dans un contexte de recomposition institutionnelle et de contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé.
Le Togo a connu en juin et juillet 2025 une série de manifestations critiques du pouvoir dans la capitale Lomé au cours desquelles sept personnes avaient été tuées, selon la Société civile. ‘’Nous continuerons de nous battre pour qu’ils soient libérés. Il n’y a pas de raison que certains soient sortis des prisons et que d’autres maintenus’’, a déclaré à l’AFP Nathaniel Olympio, ‘’Ce sont des détenus politiques parce qu’ils ont été arrêtés soit dans l’expression de leur opinion politique, soit lors des manifestations’’, a-t-il ajouté.
Le pouvoir togolais a toujours affirmé qu’il n’y avait pas de détenus politiques au Togo. Parmi les détenus graciés, ‘’certains purgeaient une longue détention, d’autres étaient incarcérés pour délits mineurs, d’autres encore sont âgés et en fin de peine, ou encore gravement malades’’, avait précisé le gouvernement au sujet de cette grâce de fin d’année.
Steeve Rouyar, un Français (expert-comptable) arrêté en juin 2025 à Lomé en marge d’une manifestation et accusé notamment d’ ‘’atteinte à la sûreté de l’État’’, a fait partie des personnes libérées.
V. A.



