Les Burundais crient leur ras-le-bol face à la pénurie de carburant, l’Etat impuissant

Afriquinfos Editeur 200 Vues
5 Min de Lecture

Bujumbura (© 2024 Afriquinfos)- Le Burundi, est depuis quelques semaines en proie à une crise socio-économique majeure, marquée par une sévère pénurie de produits pétroliers comme l’essence et le gasoil. Cet état de fait a été mis en avant dans le dernier numéro du journal indépendant du pays, Iwacu, avec pour titre : « Burundi, un pays à genoux« , publié le vendredi 14 juin

A la gare routière de Ngozi, dans le nord du pays, chauffeurs et passagers déplorent les conséquences sur le transport des personnes.

La gare est vide. La plupart des bus sont à l’arrêt, faute de carburant, comme l’explique un chauffeur qui a pu s’approvisionner sur le marché noir.

« Cela fait 25 ans que je conduis des passagers, mais c’est la première fois que je vis une telle pénurie, je le jure ! Avant, c’était facile, il y avait de l’essence dans les stations et on pouvait faire le plein quand on voulait, pour pas cher ! Nous demandons que la situation redevienne comme avant. Nous allons mourir de faim ! », A-t-il confié auprès de Rfi

Son essence, il l’a payée quatre fois le prix officiel, assure-t-il, et les prix des transports ont explosé, comme l’explique ce passager qui veut aller à Bujumbura : « Ce qui se passe aujourd’hui dépasse l’entendement de n’importe qui au Burundi ! Être obligé de payer 40 000 Francs pour un trajet qui vaut 15 000 d’habitude… Il faut que les autorités fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour que l’essence soit disponible comme avant car c’est devenu invivable. Toutes ces voitures que vous voyez ici sont obligées d’aller s’approvisionner à Nzaza, en Tanzanie ».

Et signe que personne n’est épargné, le député Athanase Hatungimana a demandé, la semaine dernière, que la plénière qui était en cours, soit écourtée, pour que les députés puissent rentrer tôt à cause de la pénurie d’essence : « Je voudrais demander à mes frères députés de ne pas continuer à déranger le président de la Cour des comptes avec leurs questions. Il faut les poser demain au ministre des Finances, car c’est lui qui a les réponses. Mais surtout, sachez qu’il y en a qui doivent rentrer à pied. Qu’on nous laisse partir tôt. »

Le lendemain, le ministre burundais des Finances a reconnu ne pas avoir de solution pour le moment car le gouvernement « cherche » encore les devises nécessaires pour importer le carburant dont le pays a besoin.

Ce n’est pas seulement le carburant ; ce sont tous les produits qui exigent des devises, plus particulièrement le dollar, comme les médicaments et les matières premières importées […/…] Actuellement, nous avons besoin de solutions urgentes, car nous risquons que le Burundi tombe en banqueroute. C’est une crise qui est en train d’enfoncer le pays dans le désespoir.

En effet, Depuis plus d’un an, le Burundi est confronté à des pénuries récurrentes touchant divers produits tels que le sucre, la bière, et surtout les produits pétroliers. Cette situation s’est progressivement détériorée, impactant sévèrement l’économie du pays selon de nombreux observateurs. L’organisation Parcem, engagée pour la bonne gouvernance au Burundi, lance un signal d’alarme.

Les stations-service restent fermées depuis des semaines, les rues se vident aux heures de pointe, et des files impressionnantes de résidents quittent chaque soir le centre-ville de Bujumbura à pied pour rejoindre leurs quartiers populaires éloignés. Les Burundais n’avaient jamais connu une pénurie d’essence aussi grave, comme le souligne Faustin Ndikumuna, président de Parcem : « Les crises précédentes étaient temporaires, sur un ou deux jours. La situation actuelle est alarmante, avec un approvisionnement inexistant dans les stations. C’est une catastrophe. »

La mauvaise gouvernance, la chute des exportations de café, de coton et d’autres minerais qui généraient des devises, l’absence quasi-totale d’investissements étrangers, ainsi que la diminution des aides extérieures, ont contribué à cette crise. Faustin Ndikumana rappelle que les exportations ne couvrent que 10 à 20 % des importations, mettant en garde contre les risques encourus par le Burundi en l’absence de changements rapides

V.A.