Harare (© 2016 Afriquinfos) – Le Zimbabwe a lancé ce lundi sa nouvelle monnaie, afin de remédier au manque criant de liquidités qui asphyxie son économie, malgré les vives réticences d’une population encore traumatisée par l’hyperinflation du début des années 2000.
Très attendus depuis des semaines, les premiers « billets d’obligation », selon la dénomination officielle, d’un montant de 2 et 5 dollars imprimés par la Banque centrale ont fait leur apparition dans les rues de la capitale Harare.
«Nous avons commencé à recevoir les premiers paiements en ‘billets d’obligation’ à un taux de parité avec le dollar américain», a confirmé le gardien d’un parking municipal.
Dirigé d’une main de fer par Robert Mugabe depuis 1980, le Zimbabwe est plongé dans une grave crise économique. Près des trois quarts de ses 16 millions d’habitants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté et 90 % de la population active n’a pas d’emploi formel.
Un maximum de 50 dollars par jour
Le gouvernement de Harare a adopté le dollar américain et le rand sud-africain en 2009, après une hausse des prix vertigineuse qui a atteint jusqu’à 500 milliards pour cent et fait perdre toute sa valeur au dollar zimbabwéen. Mais il se trouve aujourd’hui à court de dollars et a décidé en septembre de lancer ses « billets d’obligation », une nouvelle monnaie qui ne dit pas son nom.
Selon le gouverneur de la banque centrale John Mangudya, l’équivalent de 75 millions de dollars doivent être émis sous forme de « billets d’obligation » d’ici la fin de l’année. Les déposants pourront retirer un maximum de 50 dollars par jour et de 150 par semaine.
Malgré une vaste campagne d’information officielle, l’annonce du lancement de la nouvelle monnaie a causé ces dernières semaines un mouvement de panique de la population.
Les Zimbabwéens dans la crainte
Inquiets d’un retour de l’hyperinflation, les Zimbabwéens se pressent depuis des semaines devant les distributeurs pour retirer des dollars américains. Ces derniers jours, les automobilistes se sont également rués dans les stations-service de crainte d’une pénurie de carburant.
Contraints et forcés, tous ont commencé lundi à utiliser les nouveaux billets mais craignent déjà que leur parité promise par les autorités avec le dollar américain fasse long feu.
«Ils nous donnent des ‘billets d’obligation’ parce qu’ils ne peuvent plus nous donner de vrais dollars», s’est plaint Lovemore Chitongo, 40 ans, un vendeur de chaussures. « Mais il n’y aucune chance pour que cette monnaie reste équivalente au dollar. Seul le marché va déterminer le taux de change », a-t-il ajouté.
Avant de concéder qu’il exigeait déjà 25 dollars de la nouvelle monnaie pour une paire de chaussures, contre seulement 20 dollars en véritables billets verts.
Innocente Nice



