Wellingara (© 2025 Afriquinfos)- Le décès d’une fillette âgée d’un mois en Gambie, plus précisément dans le village de Wellingara, à la suite d’une mutilation génitale féminine (MGF), provoque un nouveau choc national. Et relance le débat sur cette pratique profondément ancrée dans les traditions gambiennes. La Police de a annoncé l’ouverture d’une enquête après la mort du nourirsson des suites d’une excision.
Selon la Police, l’enfant a été excisé avant de souffrir de graves hémorragies. Transportée en urgence à l’hôpital maternel et infantile de Bundung, elle a été déclarée morte à son arrivée.
Deux femmes ont depuis été arrêtées par la Police pour leur implication présumée dans la mort du nourrisson. Des organisations de défense des droits humains dénoncent un «crime» et réclament justice. L’ONG Women In Leadership and Liberation (WILL) accuse les autorités de ne pas protéger les enfants.
«La culture n’est pas une excuse, la tradition n’est pas un bouclier; il s’agit de violence, pure et simple», écrit-elle dans un communiqué, appelant à une enquête approfondie et à la poursuite des responsables.
Sa fondatrice, Fatou Baldeh, a affirmé sur BBC que de plus en plus de nourrissons sont soumis à l’excision en Gambie: «Les parents pensent que les bébés guérissent plus vite, et que pratiquer l’excision, très tôt, permet de la dissimuler, pour échapper à la loi». Le député Abdoulie Ceesay, élu de Kombo North- la circonscription où s’est produit le drame- appelle à transformer cette tragédie en moment de rupture: «La perte de cet enfant ne doit pas être oubliée. Qu’elle soit un tournant pour réaffirmer notre engagement à protéger chaque enfant».
Une pratique interdite mais persistante
En 2015, la Gambie a adopté une loi interdisant les MGF (Mutilations génitales féminines) par le biais d’un amendement à la loi sur les femmes de 2010 (Women’s Amendment Act) après des décennies d’efforts de plaidoyer et de sensibilisation menés par des OSC (Organisations de la Société Civile) et des groupes communautaires.
La Women’s Amendment Act prévoit jusqu’à trois ans de prison et 50.000 dalasis (environ 700 $) d’amende, voire la perpétuité en cas de décès. En outre, une amende de dix mille dalasis (environ 153 $) est prévue pour toute personne qui a connaissance de cette pratique et ne la signale pas sans motif valable.
Pourtant, l’application de la loi reste faible: seules deux poursuites et une condamnation ont été enregistrées depuis l’adoption du texte!
La Gambie et les droits des femmes
La Gambie a ratifié le protocole de Maputo sur les droits des femmes et des filles depuis 2005. En 2015, soit dix ans après, le pays a adopté le texte de loi sur l’interdiction des MGF, sous la Présidence de Yaya Jammeh, estimant qu’elles étaient dépassées et ne constituaient pas une exigence de l’islam. En mars 2024, un projet de loi visant à abroger cette interdiction a provoqué un tollé, avant d’être rejeté par le Parlement en juillet 2025, sous la pression d’activistes et d’organisations internationales comme l’UNICEF, l’UNFPA et Human Rights Watch. Les praticiennes sont majoritairement des femmes âgées, détentrices d’un savoir ancestral et d’une influence sociale.
L’ONU insiste sur la nécessité de renforcer l’application de la loi, d’impliquer les leaders religieux et traditionnels, et de soutenir les communautés dans l’abandon volontaire de la pratique.
3 filles sur 4 sont excisées avant 6 ans, et environ 76% des femmes de 15 à 49 ans
La Gambie est signataire de plusieurs conventions internationales, dont la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Pourtant, sur le terrain, les MGF demeurent une réalité quotidienne.
Pour les militants, l’affaire de Wellingara illustre tragiquement que les lois ne suffisent pas: seule une transformation profonde des mentalités, accompagnée d’une application rigoureuse, pourra mettre fin à cette pratique. Selon l’UNICEF, trois filles sur quatre en Gambie sont excisées avant l’âge de six ans, et environ 76% des femmes de 15 à 49 ans ont subi cette pratique. Elle est particulièrement répandue en milieu rural, avec des taux atteignant 95% dans la région de Basse, contre moins de 50% à Banjul, la capitale.
V. A.



