La mort de Shungu Wembadio prive l’Afrique d’une de ses voix les plus suaves et respectées dans le monde

Afriquinfos
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Les immenses tubes de Papa Wemba (auteur, compositeur, interprète, musicien, acteur, producteur) vont résonner encore durant de longues décennies dans les oreilles de ses millions de mélomanes. Fait significatif, Shungu Wembadio Pene a rendu l’âme au moment où il apportait une nouvelle pierre à la tâche de la transmission du savoir-faire artistique à la nouvelle génération d’Afrique, durant l’acte 9 du Festival FEMUA.

Avec Kofi Olomidé, Papa Wemba incarnaient des parcours d’artistes-stars, partis de rien pour imposer une conception musicale originale, et surtout capables de mobiliser des milliers de fans irréductibles, dans n’importe quelle ville africaine ou dans la diaspora noire.

A la différence de Kofi Olomidé, son «éternel ami-rival», Shungu Wembadio, en 47 ans de carrière, a compris de façon stratégique, au tournant de la fin des années 80, l’importance du mariage de sonorités africaines à la world music. Tout en gardant ses valeurs et la quintessence de ses origines culturelles.

Fils d’une pleureuse de la RDC, Papa Wemba (à un moment baptisé Jules Presley) fait partie des orfèvres de la musique congolaise qui ont dépoussiéré la traditionnelle rumba congolaise, en lui associant des sonorités rock et électriques. Chef coutumier du Village de Molokaï (une expression parmi tant d’autres de son attachement aux cultures africaines), il appartenait aussi au cercle fermé des Fondateurs du mythique Zaïko Langa Langa (groupe musical congolais). Son affirmation de son indépendance et de sa créativité artistiques l’amèneront à créer en 1977 son propre groupe musical «Viva La musica» qui deviendra une véritable usine de fabrication de tubes planétaires.

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Une réussite qu’il doit aussi à une kyrielle de collaborations avec de grandes voix de la musique africaine et mondiale, et surtout au Français Martin Meissonnier, qui en 1988, lui a ouvert l’univers de la production musicale occidentale.

Un artiste aux multiples talents tourné vers le monde…

Un homme occupe une place cardinale dans l’accession de Papa Wemba au hit-parade des charts célèbres de la planète; il s’agit du Britannique Peter Brian Gabriel qui ouvrira au Congolais (ambassadeur mondial de la SAPE), les routes et les gloires de la world music, à partir du début des années 90. Des albums comme «Le Voyageur», «Emotion», «Molokaï» constitueront des points culminants de la complicité entre Shungu et Brian Gabriel.

Des collaborations qui seront vendues à des millions d’exemplaires dans le monde. «Yolele, Maria Valencia, Shofélé» sont des titres qui encore en 2016, n’ont pris aucune ride, même dans les oreilles des plus jeunes !!

Père de six enfants, Papa Wemba a profondément été touché par l’affaire de visas qui lui a valu en 2003 trois mois de détention préventive à la prison française de Fleury Mérogis (le plus imposant bagne de l’Hexagone et de l’Europe). Une mauvaise passe qui ne lui fera pas oublier et surtout perdre sa foi chrétienne. Fin 2011, il collaborera ainsi magistralement à l’album «Afrika tenda amani» («Fais la paix, Afrique»), avec le concours de quelques artistes musiciens africains comme le célèbre Bonga d’Angola. Cet opus était censé accompagner l’exhortation post-synodale «Africae munus», et refléter les thèmes de la Deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques (réconciliation, justice et paix). Papa Wemba enflammera à ce titre, à Cotonou le public chrétien africain fin 2011, en présence du Pape Benoît XVI.

Une page musicale congolaise se referme avec la disparition de Papa Wemba, mais ce dernier rentre assurément dans le panthéon des grands acteurs de la musique panafricaine, universelle, celle-là qui est immortelle, «gold».

Samir Georges