«La nation est frappée au cœur, jusqu’à la moelle de ses os, jusqu’aux tréfonds de son âme. Les larmes et le sang coulent. Nos cœurs et nos esprits, encore étourdis, tremblent. Vous pouvez la sentir. Vous pouvez le voir sur nos visages », écrivait dans son éditorial l’un des plus grands quotidiens du pays, le 03 avril dernier au lendemain de la nouvelle attaque perpétrée, traduisant ainsi la psychose dans laquelle est plongé le pays.
Alors que l’attentat de Watergate subie par le Kenya en 2013 était considéré comme le plus meurtrier, le Kenya vient de subir le plus grand drame de son histoire.
Depuis l’entrée des soldats kenyans soutenue par les puissances occidentales en Somalie en 2011, pour chasser les shebabs du pouvoir, le pays essuie des attaques de plus en plus fréquentes.
Mais la triste histoire des attentats a débuté avec celui du 7 aout 1998 perpétré à Nairobi contre l'ambassade des Etats-Unis, pour «la libération des lieux saints musulmans», selon l'Armée islamique, revendicateur de l’attaque.
Dix ans plus tard, en 2008 la capitale kenyane et celle de la Tanzanie sont frappées par deux attentats-suicides à 10 minutes d’intervalle. Là encore, les attaques, visent les intérêts américains. Pourtant 224 kenyans trouvent la mort parmi lesquels moins d’une vingtaine d’américains. La fréquence des actes terroristes devient régulière à partir de 2011 et depuis lors jusqu’en mai 2014, une trentaine d’attaques ont été égrenées laissant le monde entier en émoi.
L’émotion atteint son paroxysme quand, en septembre 2014, le monde entier est touché par ce qu’il considérait comme le plus grand drame du Kenya lorsque des hommes en armes ont pris d'assaut le centre commercial,Westgate à Nairobi où ils se sont ensuite retranchés avec des otages.72 personnes y trouvent la mort.
Deux mois après, une nouvelle attaque fait 36 mortsdans la zone de Mandera, au nord du pays, dix jours après l’attaque d’un bus qui a fait tomber 28 personnes.
Cette série de violences a des répercussions catastrophiques sur le tourisme, l’économie est fragilisée, le gouvernement est critiqué pour son incapacité à faire face à la menace terroriste, le ministre de l'Intérieur est limogé et le chef de la police démissionne.
Pour Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste de la Corne de l'Afrique, ce sont la corruption des services kényans de sécurité et les mauvaises réponses apportées au terrorisme des islamistes shebab qui ont favorisé les attaques répétées de ceux-ci. «Kenyatta Uhuru été sauvé par la communauté internationale afin qu’il stabilise le Kenya», commente-t-il.
Le président Kenyan est donc épargné par la CPI et le pays croit avoir traversé le pire mais il se retrouve sous le coup de la surprise le
3 avril dernier. Ce jour, les shebabs des islamistes somaliens ont infiltré le campus de l’université de Garissa dans l’Est du pays et l’ont pris d’assaut durant 16 heures. Le bilan est lourd : au moins 147 personnes, essentiellement des étudiants, meurent avec une centaine de blessés faisant de cette prise d'otage le pire attentat commis sur le sol kényan.
Le gouvernement est secoué et tente de renforcer ses mesures sécuritaires. Mais le pays est toujours plongé dans la crainte. Vendredi, les shebabs ont menacé le Kenya de nouvelles attaques, affirmant que celle de Garissa avait été menée en représailles de « persécutions systématiques contre les musulmans du Kenya ». Les enquêtes sont lancées depuis jeudi. Pour l’heure, c’est un ex-enseignant Mohamed Mohamud, qui est soupçonné d’être le cerveau de l’attaque. De nombreuses récompenses ont été offertes en échange d'informations permettant de localiser des commandants shebab.
Larissa AGBENOU



