Lomé (© 2026 Afriquinfos)- Les relations entre Lomé et Paris, la suspension de deux médias du réseau France Media au Togo depuis juin 2025, la coopération bilatérale, ainsi que le Sommet de Nairobi étaient au cœur d’une interview accordée par Jean-Noël Barrot (ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères) à plusieurs médias en marge de son séjour des 23 et 24 avril derniers en terre togolaise. Ce séjour était le premier, depuis 10 ans, d’un chef de la diplomatie française au Togo.
Quel bilan faites-vous de la coopération décentralisée conduite par votre département des Yvelines en lien avec les élus de la ville d’Aného (Sud du Togo) ?
Jean-Noël Barrot : J’ai passé cet après-midi à Aného où j’ai pu mesurer les résultats spectaculaires de la coopération décentralisée conduite par mon département des Yvelines en lien avec les élus de la ville d’Anneau. Le résultat depuis 20 ans du travail qui a été mené, c’est des réseaux d’assainissement qui ont été repris. C’est une politique touristique qui a été conçue dans le dialogue et la coopération entre les Yvelines et Anneau.
Cette maison du tourisme qui a été inaugurée au mois de septembre et qui a déjà reçu plus de 6000 visiteurs est la meilleure illustration. Cette coopération a permis de donner à Aného, un lycée technique unique en son genre avec des échanges permanents entre des élèves d’Anneau et des élèves des Yvelines. La semaine dernière encore, des collégiens de mon département de Vélizy-Villacoublé étaient présents ici à Anneau pour un voyage d’échange.
Cette coopération décentralisée suscite des vocations puisque d’autres territoires, d’autres communes comme Saint-Rémy-les-Chevreuses, qui est dans la circonscription dont je suis le député dans les Yvelines, a décidé de s’engager pour soutenir le projet de musée que nous allons soutenir également et qui permettra de valoriser le patrimoine culturel et historique exceptionnel d’Anneau. En résumé, cette coopération décentralisée et ses résultats spectaculaires démontrent combien l’action internationale des collectivités est parfaitement complémentaire au travail diplomatique qui est mené par le Quai d’Orsay. C’est un élément structurant de la politique que je mène et c’est pourquoi je tenais à consacrer une partie significative de mon déplacement au Togo à valoriser ces projets de coopération.
Deux médias du réseau France Media m’ont suspendu au Togo depuis plus d’une année. Avez-vous pu formuler un plaidoyer dans ce sens et que peut-on attendre comme résultat du suite de ce plaidoyer durant les prochaines semaines ?
D’une part, la France est prêté à organiser les 11 et 12 mai un sommet essentiel dans le cadre de sa réarticulation de sa politique, de sa diplomatie qui est en cours en Afrique depuis octobre 2022. Que fait la diplomatie française pour mobiliser les médias africains et francophones particuliers pour une couverture optimale de ce rendez-vous ?
Jean-Noël Barrot : Bien sûr que j’ai plaidé auprès des autorités togolaises pour que les décisions de suspension puissent être levées. J’ai bon espoir qu’elles puissent l’être dans l’avenir proche. Je crois que c’est dans l’intérêt de toutes les parties.
S’agissant du sommet de Nairobi que la France co-présidera aux côtés du Kenya, vous y verrez la démonstration de la relation profondément renouvelée de la France avec ses partenaires africains. Comme en témoigne d’ailleurs la densité de mon programme de visite aujourd’hui entre l’OME et ANEO, puisque sur le numérique avec le Campus 42, sur la santé avec le CHU L’OME Campus, sur les industries culturelles et créatives ou encore sur la coopération décentralisée, les relations sont très denses, elles sont très riches et elles se manifesteront pleinement à l’occasion de ce sommet auquel, comme journaliste, vous êtes naturellement invité.
Vous verrez que la couverture de cet événement majeur sera particulièrement importante, non seulement parce qu’un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement seront présents à Nairobi, mais parce que les réunions des chefs d’État et de gouvernement seront précédées par une journée consacrée aux forces vives du continent, les forces vives économiques, culturelles, sportives ainsi qu’à la jeunesse.
Parce que c’est sur tout cela que nous misons pour que les relations profondément renouvelées de la France avec ses partenaires africains puissent nous permettre de développer une souveraineté renforcée aux bénéfices de tous les peuples. Ensuite, simplement dans votre question, vous avez dit, revenons à l’essentiel, ne sous-estimez pas l’importance des projets de coopération décentralisée portés par le département et les collectivités des Yvelines depuis 20 ans. Nous avons ici un petit miracle.
Ce petit miracle est dû au caractère visionnaire des élus d’Aneo, mais il est aussi dû au soutien constant des collectivités territoriales de mon département des Yvelines.
Monsieur le ministre, vous effectuez une visite au Togo à un moment précis. Nous assistons à ce dernier temps au recul de l’influence française sur le continent, surtout dans le Sahel. Au même moment, il y a le Togo qui semble se rapprocher d’autres puissances comme la Russie, la Turquie et autres, et également se rapprocher des pays de l’Ouest qui, bien évidemment, la France n’est plus bien accueillie dans le Sahel. Est-ce que cela justifie votre présence actuellement au Togo ? Est-ce que cela inquiète la France, c’est-à-dire le rapprochement du Togo de ces puissances ? Est-ce que cela inquiète la France ?
Jean-Noël Barrot : Je crois qu’il faut changer un tout petit peu le regard sur les relations entre la France et les pays africains. Vous dites que la France est en recul, alors que la France, mais aussi ses partenaires européens, ont une contribution qui est 10 fois, 20 fois, 50 fois, 200 fois supérieure à celle des États-Unis, de la Chine et de la Russie au développement du continent.
Je vous invite à simplement vous attacher aux chiffres et vous verrez que non seulement la contribution est largement supérieure au développement du continent africain, mais qu’en plus elle est en forte progression. Quand vous parlez d’influence, je vous invite à mesurer les chiffres, ou en tout cas à les regarder avec attention, et vous verrez que la réalité n’est pas toujours ce que l’on en dit sur les réseaux sociaux. Ensuite, la raison de mon déplacement, c’est que le président Ford et le président Macron ont souhaité donner encore plus d’impulsion à la relation entre nos deux pays qu’elle n’en avait déjà.
C’est pourquoi je suis venu non seulement constater l’aboutissement de projets très significatifs au bénéfice de nos deux peuples et de nos souverainetés respectives, mais aussi soutenir le développement d’autres projets comme c’est le cas ici à Anneau avec les projets touristiques et les projets de musée notamment.
Quelles sont les ambitions de la France pour le Togo en termes de coopération bilatérale dans les années à venir ?
Jean-Noël Barrot : Vous savez, en matière économique, en matière de santé, en matière d’éducation et de culture, il y a énormément de choses à faire. Nous étions tout à l’heure sur le projet de campus 42 à Unipol, c’est-à-dire un campus qui va permettre aux jeunes togolais qui le souhaitent de se lancer dans des apprentissages de programmation informatique ou de numérique.
Pourquoi c’est très important ?
Jean-Noël Barrot : Parce que ni la France ni le Togo ne voulons être contraints, alors qu’on assiste à la révolution de l’intelligence artificielle, de choisir soit des solutions américaines, soit des solutions chinoises. Nous voulons des solutions européennes, des solutions africaines ou des solutions euro-africaines. Et pour cela, nous devons nous appuyer sur nos forces respectives.
Le Togo comme la France, sur chacun de nos deux continents, nous sommes des locomotives en matière de numérique. Donc si nous unissons nos forces en matière d’intelligence artificielle, de cyber ou de quantique, nous serons capables de développer notre propre souveraineté technologique et numérique. C’est ce type de coopération que nous voulons bâtir ensemble.
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