Paris (© 2025 Afriquinfos)- Alors qu’aucun dirigeant nigérian n’avait plus effectué de visite d’État en France depuis plus de 20 ans, entre novembre 2024 et septembre 2025, Bola Ahmed Tinubu s’est rendu trois fois à Paris pour rencontrer son homologue français, Emmanuel Macron. Si officiellement, ce rapprochement vise à renforcer les liens stratégiques entre les deux pays, pour de nombreux observateurs, le contexte géopolitique dans le Sahel avec la perte d’influence de la France dans les pays de l’AES, motive ces multiples tête-à-tête entre les deux dirigeants.
En moins d’un an, Bola Ahmed Tinubu (BAT) a fait le trajet entre Abuja et Paris à trois reprises. Jamais aucun dirigeant nigérian ne s’était rendu en France autant de fois dans un laps de temps si court. Emmanuel Macron, lui s’est rendu au Nigeria en 2018 sous l’ère du regretté président Muhammadu Buhari et avait notamment fait le buzz en visitant la boîte de nuit « New Afrika Shrine » érigée sur les cendres du célèbre « Afrika Shrine » du fondateur de l’Afrobeats et activiste politique, Fela Kuti. On était bien loin du contexte géopolitique qui prévaut actuellement en Afrique de l’Ouest et qui peut expliquer le renforcement de l’axe Abuja-Paris et les multiples déplacements de BAT à l’Élysée.
La dernière visite officielle en date est celle du 10 septembre 2025 au cours de laquelle, il a eu un déjeuner avec le numéro 1 français, Emmanuel Macron. Via leurs canaux officiels, les deux dirigeants ont indiqué avoir profité de cette rencontre pour « passer en revue les principaux domaines de collaboration entre leurs deux pays et ont convenu d’élargir leur partenariat pour promouvoir la prospérité mutuelle et la stabilité mondiale ». « J’ai eu un déjeuner productif avec le président Emmanuel Macron aujourd’hui à l’Élysée. Nous avons passé en revue les principaux domaines de coopération entre le Nigeria et la France et convenu d’approfondir notre partenariat pour la prospérité mutuelle et la stabilité mondiale », a écrit Tinubu sur son compte X.
Il s’agit de la troisième visite du président nigérian en France, après celles de novembre 2024 et de février 2025. Rien d’anormal quand on sait que le Nigeria et l’Afrique du Sud sont les premiers partenaires commerciaux de la France sur le continent. Sauf que la donne géopolitique n’est plus la même avec les successions de coups d’État en Afrique de l’Ouest. S’en est suivie l’arrivée de juntes militaires au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger, la détérioration de leurs relations diplomatiques et la rupture de leur coopération militaire avec l’ancienne puissance coloniale, au point que des bases militaires françaises installées dans ces pays, ont été démantelées. En lieu et place, ces pays désormais regroupés au sein l’Alliance des Etats du Sahel après être sortis de la CEDEAO, qu’ils accusent d’être inféodée à l’occident, se sont rapprochés de la Russie.
Un revers pour la France qui cherche à reprendre pied, dans une région où elle exerçait une influence sans partage. Aussi, les récents tête-à-tête entre Bola Ahmed Tinubu et Emmanuel Macron, ne sont pas vus d’un bon œil du côté de Niamey, Bamako ou encore Ouagadougou.
Une crise diplomatique a failli éclater entre ces trois capitales et le géant ouest-africain, après qu’au retour d’une des visites de Bola Ahmed Tinubu à l’Élysée, des rumeurs ont circulé sur la possibilité d’établissement une base militaire française dans le nord-est du Nigéria. Ces spéculations se sont intensifiées après que le chef d’état-major de l’armée nigériane, le lieutenant-général Femi Oluyede, aurait été aperçu recevant des soldats français. Pour ne rien arranger, le pouvoir militaire de Niamey accuse fréquemment la France de vouloir déstabiliser les pays de l’AES en mettant à contribution des terroristes basés au Nigeria. Ces allégations ont été vigoureusement démenties par l’État fédéral.
Jusqu’à preuve du contraire, ce qui transpire des rencontres entre les dirigeants français et nigérian, est, le renforcement de leurs relations économiques et commerciales. Ces dernières années, les relations Abuja et Paris, se sont développées dans de nombreux secteurs, notamment l’énergie, l’innovation, la lutte contre le terrorisme, la lutte contre le changement climatique et la promotion des investissements.
Boniface T.



