Ibrahim Mahamadou, chef redouté de la secte Boko Haram, en vie ou éliminé par le Niger?

Boko Haram, une des principales organisations jihadistes de la région, a lancé en 2009 au Nigeria une insurrection qui a fait quelque 40.000 morts

Afriquinfos Editeur
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Les "trois frontières" au Sahel.
Les "trois frontières" au Sahel.

Des experts ont appelé ce 22 aout à la prudence au lendemain de la mort du chef du groupe jihadiste Boko Haram, élimination annoncée la veille par l’Armée du Niger qui affirme l’avoir tué le 15 août dernier lors d’une frappe aérienne dans le bassin du lac Tchad.

Boko Haram, une des principales organisations jihadistes de la région, a lancé en 2009 au Nigeria une insurrection qui a fait quelque 40.000 morts et plus de deux millions de déplacés, avant de se propager dans le bassin du lac Tchad situé aux confins du Niger, Nigeria, Tchad et Cameroun. « Le 15 août 2025 (…) les Forces armées nigériennes, dans une opération chirurgicale d’une précision exemplaire, ont neutralisé le tristement célèbre Bakura, de son vrai nom, Ibrahim Mahamadou, chef redouté de la secte Boko Haram, sur l’île de Shilawa dans la région de Diffa« , dans le sud-est du Niger, a assuré l’Armée nigérienne dans la soirée de ce 21 aout.

Aucune preuve n’a été apportée par les autorités nigériennes, et l’AFP n’a pu vérifier de manière indépendante la mort de cet important combattant. « Je crois qu’il faut être très très prudent, on a déjà annoncé beaucoup de fois la mort de certains nombres de leaders jihadistes et de nombreuses fois, ça a été contredit, donc à l’heure actuelle, on n’a qu’une annonce du côté des autorités« , souligne Vincent Foucher, chercheur français du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique, en France) et spécialiste de Boko Haram.

M. Foucher, ainsi qu’un autre expert européen des groupes jihadistes en Afrique de l’ouest, qui a souhaité rester anonyme, ont indiqué que selon leurs sources, Bakura serait toujours vivant. Au coeur des années 2010, le chef de Boko Haram à l’époque, Abubakar Shekau avait été plusieurs fois annoncé mort avant de réapparaître régulièrement dans des vidéos. Shekau est finalement décédé en 2021, et Bakura l’avait remplacé à la tête de Boko Haram.

– « Frappes ciblées » –

Le Niger a subi les premières attaques de ce groupe jihadiste en 2015 à Bosso, ville située sur les rives du lac Tchad. L’opération du 15 août s’est déroulée « très tôt« , a précisé l’Armée nigérienne. « Un aéronef de chasse de l’Armée de l’air déclenche trois frappes ciblées et successives sur les positions que Bakura avait l’habitude d’occuper à Shilawa« , a-t-elle ajouté. Selon l’Armée nigérienne, Ibrahim Mahamadou était âgé d’une quarantaine d’années et originaire du Nigeria.

Son nom est notamment associé à l’enlèvement de plus de 300 élèves à Kuriga, au Nigeria en mars 2024, à des attentats suicides contre des marchés, mosquées, rassemblements civils, et à des attaques contre les Armées du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun, d’après l’Armée nigérienne. Le Niger est gouverné depuis deux ans par un régime militaire arrivé au pouvoir par un coup d’Etat. La lutte contre les violences jihadistes qui frappent le pays fait partie des priorités du pouvoir Tiani. Outre sa zone est, où Boko Haram est actif, le Niger combat aussi des groupes armés liés à Al-Qaida et l’Etat islamique dans sa partie ouest, près des frontières du Burkina Faso et du Mali.

Le Tchad et le Niger se sont engagés il y a quelques semaines à redynamiser leur coopération dans différents domaines secteurs dont celui de la sécurité, à la faveur d’un déplacement express du Président Mahamat Déby Itno à Niamey. Les Etats de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) font aussi de la coopération sécuritaire une priorité pour une renaissance dans la gouvernance de leurs pays.

© Afriquinfos & Agence France-Presse