Lomé (© 2025 Afriquinfos)- Ouvert à Lomé depuis le 8 décembre, le 9ᵉ Congrès panafricain s’impose d’ores bat toujours son plein. Pendant plusieurs jours, des délégations venues de tous les horizons du monde, d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Amérique latine et des communautés afrodescendantes, ont convergé vers la capitale togolaise pour prendre part à ce grand rendez-vous dédié au renouveau du panafricanisme.
Universitaires, responsables politiques, leaders d’opinion, entrepreneurs, membres de la société civile, artistes et représentants de la jeunesse ont répondu massivement présents, témoignant d’un engouement inédit autour de la question de l’unité africaine et de la renaissance culturelle du monde noir.
Placée sous le thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer pour agir », cette 9ᵉ édition a permis d’aborder des sujets cruciaux : souveraineté politique et économique, justice internationale, intégration régionale, financement endogène du développement, rôle central de la jeunesse et de la diaspora, coopération Sud-Sud, valorisation des identités africaines et afrodescendantes.
Dès l’ouverture de la rencontre, les travaux se sont structurés autour de commissions thématiques, panels de haut niveau, ateliers de réflexion et forums citoyens, donnant lieu à des échanges francs et constructifs, orientés non vers de simples constats, mais vers la formulation de propositions concrètes à inscrire dans des politiques publiques et dynamiques de coopération.
Les discussions se sont concentrées sur les réformes en cours au Conseil de sécurité des Nations unies, au FMI, à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale du commerce. Les participants ont souligné les limites d’un système multilatéral jugé peu représentatif des réalités économiques et démographiques du continent.
Ils ont également examiné les perspectives de renforcement du Comité des dix de l’Union africaine, chargé de défendre la position africaine dans les négociations internationales.
Le Président du Conseil a souligné l’importance d’un panafricanisme pragmatique et exigeant pour unir les peuples africains et africains. Faure Gnassingbé a indiqué que l’Afrique ne peut plus se contenter d’occuper une place subalterne dans un ordre international hérité de la guerre froide et consolidé sans elle. La réforme des institutions multilatérales, a insisté le dirigeant togolais, n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale pour le continent, appelé à peser enfin sur les règles qui le gouvernent.
Dans son intervention le Ministre togolais des Affaires étrangères, le professeur Robert Dussey, a posé un jalon doctrinal rarement articulé avec une telle netteté : « Ne confondons pas le panafricanisme et le nationalisme. » Pour le chef de la diplomatie togolaise, le panafricanisme est historiquement antérieur aux indépendances et, surtout, extérieur au cadre des États africains contemporains. « L’idée est née chez les Afro-descendants, et non des Africains », a-t-il rappelé, soulignant que ce sont les descendants d’esclaves, au Brésil, dans les Caraïbes ou en Amérique du Nord, qui ont forgé le projet panafricain comme une réponse globale à un système global d’oppression.
En revendiquant cet héritage, Robert Dussey a recentré le débat. Le panafricanisme n’est pas un instrument de repli identitaire, mais une pensée transnationale de libération. Il refuse la logique des frontières héritées de Berlin, récuse les souverainetés étriquées, et se projette comme une communauté de destin à l’échelle de la diaspora et du continent africain.
Les discussions ce premier jour du Congrès ont porté sur la nécessité d’un siège africain permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies et la représentativité du continent dans les institutions financières internationales.
Le Congrès a mis l’accent sur la mobilisation souveraine des ressources et le développement autocentré, durable et inclusif.
Les participants ont été encouragés à occuper une place centrale dans les discussions, en mettant l’accent sur les défis de santé publique, de sécurité alimentaire et de coopération économique.
Le Congrès a également souligné l’importance de la décolonisation mentale et identitaire, ainsi que la valorisation des cultures africaines.
Ces interventions ont été partagées lors de panels de haut niveau et d’échanges dans huit commissions thématiques, permettant aux participants d’échanger sur des questions cruciales pour l’Afrique.
Des critiques envers l’exécutif togolais
Parallèlement, la deuxième journée du Congrès a été consacrée aux travaux en commissions. Huit groupes thématiques ont approfondi les enjeux liés à la réforme des institutions internationales, à la mobilisation des ressources, à la restitution du patrimoine culturel et aux politiques de souveraineté.
Les organisateurs ont annoncé la tenue de panels additionnels consacrés à l’image de l’Afrique, à la sécurité alimentaire et à l’intégration économique.
A ce même deuxième jour, la rencontre de Lomé, a été marqué par une prise de parole particulièrement critique à l’égard des autorités togolaises. L’activiste Siphiwe Ka Baleka Bel El a interpellé publiquement le gouvernement togolais, organisateur de l’événement, sur la question des droits humains et de la gouvernance.
Face aux délégations africaines et de la diaspora réunies pour ce rendez-vous continental, l’intervenant a mis en cause ce qu’il considère comme une contradiction entre le message panafricain promu par le Togo et la réalité politique du pays.
Selon lui, un État qui se présente comme défenseur du panafricanisme ne peut maintenir des citoyens en prison pour leurs opinions politiques.
‘’Le congrès est organisé sur le dos du peuple togolais, dont beaucoup sont dans la diaspora, alors que le pays compte encore des prisonniers politiques, des exilés, et des personnes soumises à des traitements inhumains’’, a-t-il déclaré.
Évoquant l’histoire du pays, il a rappelé l’assassinat du premier président togolais, Sylvanus Olympio, qu’il a qualifié de figure panafricaine majeure : ‘’Cet épisode a déshumanisé le peuple togolais et perpétué des injustices jusqu’à aujourd’hui’’.
Siphiwe Ka Baleka Bel El a ensuite interpellé le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey : ‘’Je demande humblement qu’à ce congrès, le Togo prenne le devant dans une résolution pour une amnistie générale des prisonniers politiques’’.
L’activiste a exprimé ses inquiétudes quant aux éventuelles conséquences de sa prise de parole : ‘’Je me demande si je vais être ciblé ici parce que je demande une amnistie générale… Ce n’est pas la renaissance africaine que nous voulons. Que vaut notre panafricanisme si nous devons vivre dans la peur ?’’.
Prévu pour prendre fin le 12 décembre, le congrès, assurent ses organisateurs, doit déboucher sur une feuille de route opérationnelle. Les participants – chefs d’État, intellectuels, acteurs de la société civile, représentants de la diaspora – sont appelés à proposer des mécanismes concrets pour une Afrique plus influente dans les instances mondiales.
Vignikpo Akpéné



