Lomé (© 2025 Afriquinfos)- La 2ᵉ édition du Lomé Peace and Security Forum (LPSF), s’est tenue à Lomé, les 11 et 12 octobre 2025, dans la capitale togolaise autour du thème : « L’Afrique face aux défis sécuritaires complexes : comment renforcer et rendre durables la paix et la stabilité dans un monde en mutation ? ».
A l’issue des travaux, une déclaration composée de 46 points a été adoptée à l’unanimité par les participants. Celle-ci constitue une feuille de route ambitieuse pour une Afrique pacifique, résiliente, technologiquement souveraine et économiquement indépendante. Elle appelle à passer du discours à l’action, à travers une coordination continentale renforcée, un financement endogène de la sécurité et une coopération Sud-Sud repensée.
L’un des points forts de la rencontre fut en effet l’appel pressant à une autonomie stratégique continentale. Les États africains sont encouragés à mobiliser leurs propres ressources pour financer la sécurité, repenser les accords de défense souvent hérités de la période postcoloniale, et investir dans une industrie africaine de l’armement ainsi que dans des technologies de défense endogènes. Le forum a également exhorté l’Union africaine à jouer un rôle moteur dans la coordination des politiques sécuritaires, tout en redéfinissant les partenariats internationaux dans le respect des intérêts fondamentaux du continent.
Durant deux jours, les échanges ont été denses, les constats lucides, et les appels à l’action clairs. Les participants, venus de gouvernements, d’organisations internationales, du secteur privé et du monde académique, ont dressé un bilan alarmant de la situation sécuritaire africaine : montée du terrorisme au Sahel, prolifération des milices, cybermenaces croissantes, conflits interétatiques, insécurité maritime, effets dévastateurs du changement climatique, sans oublier l’instrumentalisation politique de la jeunesse. Face à cette réalité, le forum a plaidé pour une réponse africaine, unie, audacieuse et souveraine.
Autre innovation majeure de cette édition : l’intégration du débat sur l’intelligence artificielle (IA) dans la réflexion sur la paix et la sécurité. Présentée à la fois comme une opportunité stratégique et un risque émergent, l’IA pourrait, selon les experts présents, bouleverser l’équilibre sécuritaire mondial. Les États africains sont invités à élaborer un protocole continental sur son usage éthique et sécuritaire, à créer un fonds dédié à son développement, et à former massivement la jeunesse dans les métiers du numérique.
Le forum a également a acté la reconnaissance par l’Union africaine, à l’initiative du Togo, de l’esclavage, la colonisation et la déportation comme crimes contre l’humanité et de génocide contre les peuples africains. Cette avancée, saluée par les participants, constitue un tournant dans la quête de justice historique et mémorielle pour le continent.
La rencontre a également consacré une attention particulière à la région des Grands Lacs, théâtre de crises persistantes, de déplacements massifs de populations et de tensions interétatiques. La Déclaration de Lomé plaide pour un dialogue politique inclusif, une gouvernance respectueuse des droits humains et un appui humanitaire accru, notamment à destination des femmes et des enfants affectés par les conflits.
Au-delà des déclarations, une conviction était partagée : l’Afrique doit parler d’une seule voix, investir en elle-même et écrire son propre récit sécuritaire.
V.A.



