Géopolitique mondiale : l’Inde à son tour tisse davantage sa toile autour de l’Afrique

Afriquinfos Editeur
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Ce troisième Sommet Inde-Afrique sera la plus grande rencontre internationale à se tenir dans la capitale indienne depuis mars 1983,  année ou Indira Gandhi  accueillait la conférence des chefs d’Etat des pays Non-Alignés. C’est pourquoi le pays a fait des préparations nécessaires pour accueillir ces imminentes personnalités. Les hôtels de luxe ont été rénovés, les lieux culturels ont été restructurés et le stade couvert Indira Gandhi sur lequel se dérouleront les conférences a été réaménagé pour l’occasion.

Des réaménagements de taille qui veulent combler les défaillances des deux premiers rendez-vous qui n’ont pas répondu à toutes les attentes.Au premier sommet indo-africain en 2008, seulement quatorze chefs d’Etat avaient fait le déplacement à New Delhi contre 11 présents au deuxième rendez vous tenu à Addis Abeba en 2011.Le troisième Sommet qui devait se tenir en août 2014, avait quant à lui été annulé  à cause de l’épidémie d’Ebola qui sévissait à l’époque dans plusieurs pays d’Afrique.

Pour le Premier ministre Narendra Modi à qui revient cette idée d’inviter tous les chefs d’Etat africains, rompant avec la pratique de ses prédécesseurs qui s’appuyaient sur l’Union africaine pour désigner un nombre limité de pays à inviter dans le cadre de «la formule de Banjul», il s’agit de donner une nouvelle impulsion aux relations indo-africaines.

Des enjeux de taille

Les cinq jours que vont durer le Sommet représente de grands pour le pays de Gandhi. «L’enjeu est d’abord économique. A un moment où l’économie chinoise se ralentit entraînant suspension et voire même annulation des projets et contrats sur le continent noir, les chefs d’Etat africains veulent s’assurer que l’intérêt de l’Inde pour l’Afrique va se maintenir, permettant de tirer les économies du continent grâce à la demande accrue indienne pour les matières premières», analyse Jean-Joseph Boillot économiste, spécialisé dans le développement et le décollage des économies du Sud, auteur de l’œuvre «La Chine, l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain» sur RFI. Dans une économie africaine dynamique avec plus de 5% de croissance et de grandes ressources minières et pétrolières, l’inde cherche à renforcer sa position commerciale sur un marché de plus de 800 millions de consommateurs.

«L’enjeu est aussi industriel et stratégique», poursuit  Jean-Joseph Boilot qui explique qu’ «après avoir subi de grosses déconvenues dans les pays développés où elles avaient investi, les entreprises indiennes sont entrées tardivement dans le marché africain. Elles ont effectué un redéploiement stratégique de leur «business model afin de pouvoir intégrer ce nouveau marché qui est finalement plus à leur portée que le marché européen. Ce Sommet est une opportunité pour ces entreprises de vérifier le bon déroulement de leurs projets en Afrique. D’ailleurs, les Africains sont eux aussi attentifs au développement de ce partenariat industriel indo-africain.

 Les amours Afrique-Inde ont de l’avenir

Pourquoi? Tout simplement parce que les Africains aiment travailler avec les Indiens. C’est le troisième enjeu de ce Sommet qui a trait à la culture d’entreprise. Alors que l’approche chinoise est invasive, les Indiens mettent l’accent sur la frugalité des moyens, le transfert des technologies et la décentralisation des opérations. C’est ce que les Africains préfèrent et ils voudraient voir l’Inde appliquer cette approche dans tous les domaines de coopération.

Ils attendent de la part de Modi un positionnement à la hauteur de ces différents enjeux. Or Modi est un nouveau venu dans le monde africain. «S’il veut réussir son Sommet, il va devoir prononcer un discours africain. Celui qui reconnaît que l’Afrique est un continent émergent appelé à jouer un rôle essentiel dans la marche économique et géopolitique de la planète», commente l’expert.

Au-delà de cet aspect économique et diplomatique, cette rencontre sera également l’occasion de renforcer les liens culturels. A la fin du Sommet, les habitants de New  Delhi pourront assister à un show chorégraphique sur une musique indo-africaine, intitulé «Africa in India». Par ailleurs, un écran géant a été installé au Central Park pour permettre au grand public de Delhi de discuter avec des jeunes de Lagos par vidéo-conférence. Pour les Africains qui vivent en Inde, cette interaction  est ce qui a manqué jusqu’ici aux relations indo-africaines. «Les Indiens ne connaissent pas l’Afrique», déplorait lors d’un récent colloque madame Gennet Zewide, doyenne des ambassadeurs africains à New Delhi.

Selon le site économique «Lusinenouvelle.com», les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique ont déjà  atteint 35.000 milliards de Fcfa, soit environ 10% des échanges indiens. Les investissements indiens, eux, avoisinent 15.000 milliards de Fcfa.

A ce jour, plusieurs groupes indiens se sont déjà projetés en Afrique, principalement dans la fabrication d’engrais au Maroc, de médicaments en Afrique du Sud, et d’énergies renouvelables en Égypte.

 

Larissa AGBENOU