Eid el-adha 2026: Disponibilité de moutons et chèvres d’un pays à un autre en Afrique

À une semaine de l'Aïd el-Kébir, alors que certains foirails africains peinent à se remplir, d’autres disposent d’une offre suffisante pour couvrir les besoins du marché.

Afriquinfos Editeur
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Des moutons symbolisant la fête du mouton (DR)

Dakar (© 2026 Afriquinfos) – À une semaine de l’Aïd el-Kébir, alors que certains foirails africains peinent à se remplir, d’autres disposent d’une offre suffisante pour couvrir les besoins du marché. Entre l’insécurité, les difficultés d’approvisionnement et la hausse du coût de l’aliment du bétail, les prix des moutons connaissent une forte augmentation dans certains pays.

L’inquiétude monte dans plusieurs marchés à bétail du Sénégal. À quelques encablures de la Aïd el-Kébir, les foirails affichent un niveau d’approvisionnement jugé largement inférieur à celui de l’année précédente.

Cette baisse de l’offre provoque déjà une flambée des prix sur le marché national. Les vendeurs espèrent toutefois une amélioration dans les prochains jours, malgré un contexte régional tendu.

Dans les foirails, les prix oscillent entre 80.000 et 600.000 francs CFA pour des races comme le Ladoum et le Bali-Bali. La crise sécuritaire au Mali pèse lourdement sur les circuits d’approvisionnement du Sénégal. En effet, le Mali et la Mauritanie restent les principaux fournisseurs de moutons destinés à la Tabaski sénégalaise.

Cependant, le blocus imposé autour de Bamako par des groupes djihadistes complique fortement le transport du bétail vers le Sénégal. Ainsi, plusieurs vendeurs reconnaissent que seuls certains ménages aisés pourront accéder aux moutons les plus prisés.

À Sicap, les éleveurs dénoncent également l’explosion des coûts liés à l’alimentation du bétail. Dans certaines bergeries, les moutons de prestige atteignent désormais près d’un million de francs CFA. Les clients pointent surtout la hausse des prix des intrants agricoles.

Des éleveurs interpellent l’État

Face à cette situation, les vendeurs et éleveurs appellent les autorités à agir rapidement. De Ouakam à Sangalkam, plusieurs acteurs du secteur réclament une meilleure régulation des prix de l’aliment de bétail. Ils demandent également une diversification des sources d’approvisionnement afin de réduire la dépendance vis-à-vis du Mali et de la Mauritanie.

Selon eux, si aucune mesure n’est prise dans les prochains jours, de nombreux ménages risquent de ne pas pouvoir acheter de mouton pour la Tabaski 2026. À quelques semaines de la Tabaski, la suspension des exportations de bétail du Burkina Faso fait craindre des tensions sur le marché ivoirien.

En Côte d’Ivoire, également, l’inquiétude gagne progressivement les marchés à bétail. Alors que le pays doit mobiliser près de 172.000 têtes pour satisfaire la demande liée à l’Aïd-el-Adha, la décision du Burkina Faso de suspendre l’exportation de ses animaux sur pied vient fragiliser l’approvisionnement attendu par Abidjan.

 Dans un communiqué rendu public le 11 mai 2026, les autorités burkinabè ont annoncé l’arrêt immédiat de la délivrance des Autorisations spéciales d’exportation (ASE). Objectif affiché : préserver le marché intérieur et éviter une flambée des prix à quelques jours de cette fête religieuse majeure. Les détenteurs d’autorisations encore valides disposent toutefois d’un délai d’une semaine pour finaliser leurs opérations.

Cette mesure intervient dans un contexte sensible pour la Côte d’Ivoire, fortement dépendante des pays de la sous-région pour alimenter ses marchés en période de Tabaski. Le Burkina Faso figure parmi les principaux fournisseurs de bétail, aux côtés du Mali, du Niger et du Bénin.

 Sur les marchés ivoiriens, les acteurs de la filière redoutent déjà des conséquences sur les prix. Une baisse des arrivages pourrait entraîner une hausse du coût des moutons dans les prochains jours, au moment où de nombreuses familles s’activent pour préparer la fête du sacrifice.

 Face à cette situation, les importateurs ivoiriens tentent de se réorganiser. Des discussions seraient engagées avec d’autres pays fournisseurs afin de compenser le manque annoncé. Mais le défi reste important tant le volume attendu est élevé.

 Pour les consommateurs comme pour les commerçants, l’évolution du marché sera suivie avec attention dans les jours à venir. Car au-delà de la fête religieuse, c’est toute l’économie du bétail qui retient aujourd’hui son souffle.

Le Maroc sort totalement la tête de l’eau

Au Maroc, les professionnels, eux, se veulent rassurants et évoquent un marché mieux approvisionné cette année. Mais ils insistent aussi sur un point concret, le choix du lieu d’achat, appelant à privilégier les marchés à bestiaux, les “rahba”, où les prix sont généralement plus accessibles.

Le marché du sacrifice au Maroc semble s’orienter vers une phase plus équilibrée. Une évolution suivie de près par les ménages, toujours attentifs aux prix dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, après plusieurs campagnes marquées par de fortes tensions. Les professionnels, de leur côté, se veulent rassurants et jugent que les conditions actuelles devraient permettre de couvrir la demande.

Abderrahmane Mejdoubi, président de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC), pose d’emblée le cadre. « L’offre devrait être suffisante pour couvrir les besoins du marché cette année », indique-t-il.

Cette projection s’appuie d’abord sur un indicateur déterminant, le volume du cheptel. Recensé en août 2025, celui-ci atteint environ 32,8 millions de têtes, dont 23,1 millions d’ovins. Un niveau qui permet d’aborder la période de l’Aïd avec une base d’offre solide, limitant de facto les risques de tension sur le marché. Il précise également que l’opération d’identification des animaux débutera ce vendredi, afin de recenser les bêtes destinées au sacrifice encore non enregistrées et d’affiner la visibilité sur l’offre effectivement disponible.

Autre facteur structurant, les conditions climatiques, notamment les précipitations. Le Royaume a enregistré près de 462 mm de pluie entre septembre 2025 et mars 2026, un niveau nettement supérieur à celui des dernières années marquées par la sécheresse. Une évolution loin d’être marginale pour la filière, affirme-t-il.

V.A.