"DanielGate" : Mohammed VI échappe au pire

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Mohammed VI a dû avoir sacrément peur. On ne pourrait pas lui en vouloir, d’ailleurs : avec une Egypte à feu et à sang et une Tunisie dans laquelle gronde la révolte, le monarque marocain n’a pas dû être très rassuré par les manifestations qui se sont multipliées ces derniers jours dans tout le pays, suite à la libération par erreur d’un criminel notoire.

Difficile de passer à côté de l’énorme scandale qui a entaché les autorités marocaines ces derniers jours. A l’occasion de la Fête du Trône, Mohammed VI gracie 48 prisonniers espagnols, parmi lesquels Daniel Galvan, 63 ans, incarcéré pour avoir violé 11 jeunes enfants. L’indignation enflamme alors le peuple marocain ; pendant ce temps, au Palais royal, on se demande qui a pu faire une gaffe aussi gênante.

Depuis plusieurs jours d’une situation pour le moins délicate, les autorités des deux pays impliqués n’ont de cesse de se renvoyer la responsabilité, tentant d’éviter les foudres accusatrices de l’opinion publique. L’Espagne dit n’avoir jamais donné de liste précise, le Palais royal jure que le souverain ne savait rien de l’affaire, le ministère de la Justice clame qu’il a simplement suivi les ordres…

Aujourd’hui, on y voit plus clair. L’Ambassade d’Espagne au Maroc aurait donné deux listes aux autorités : une de 30 prisonniers candidats à l’extradition, une autre de 18 prisonniers pouvant être graciés. Il semblerait que quelqu’un, au Palais royal, ait donc fusionné les deux listes par erreur au moment de choisir les heureux élus pour la Fête du Trône.

Mohammed VI a donc fait face à une situation très embarrassante, pour ne pas dire inquiétante. Même si la faute ne lui revient pas personnellement, il est le seul et l'unique ayant le pouvoir de gracier les prisonniers – un pouvoir en principe irréversible – ce qui le met en première ligne.

Désireux de laver son image, il a multiplié les communiqués criant au monde son ignorance des faits et sa propre indignation, avant d’annuler sa décision. Hier, il a également destitué Hafid Benhachem, directeur de l’Administration Pénitentiaire, pour avoir transmis des «informations erronées» au Palais royal. Il fallait bien qu’une tête tombe. Par ailleurs, Daniel Galvan a été arrêté hier soir à Murcia en Espagne, au grand soulagement du peuple marocain et, sans aucun doute, des autorités aussi.

Ces gestes politiques en disent long sur la gravité des faits : c’est la première fois au Maroc qu’un monarque doit s’expliquer, s’excuser et revenir sur une décision aussi importante.

Mais on ne comprend que trop la position de Mohammed VI : ces temps-ci au Maghreb, pas question de prendre les cris de la rue à la légère…
 

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