La Haye (© 2016 Afriquinfos)-Surprise ce mercredi à la quinzième Assemblée de la Cour pénale internationale ouverte sur des appels à ne pas abandonner cette juridiction « unique » ! Après le Burundi, l’Afrique du sud et la Gambie, c’est au tour de la Russie d’annoncer son retrait de l’instance judiciaire.
La Gambie a officiellement notifié lundi son retrait de la CPI auprès des Nations unies, après l’Afrique du Sud et le Burundi en octobre. Ce retrait doit prendre effet un an après la réception de cette notification.
Et mercredi, c’est Moscou qui a pris une décision hautement symbolique en annonçant son intention de retirer la signature qu’elle avait apposée en 2000 sur l’acte fondateur, le Statut de Rome, qu’elle n’avait jamais ratifié. La Russie reproche à cette instance de ne pas être « véritablement indépendante » et de ne pas avoir été à la hauteur des espoirs suscités.
« Je leur lance un message solennel: ne partez pas! », a déclaré le président de la cour Sidiki Kaba et ministre sénégalais de la justice à l’ouverture de la quinzième Assemblée des Etats parties au statut de Rome à La Haye. « Je voudrais leur dire qu’ils ont été entendus. »
A peine quelques heures avant l’annonce de la Russie, M. Kaba a dénoncé une « justice à géométrie variable » alors que la Russie a bloqué devant le Conseil de sécurité de l’ONU plusieurs tentatives pour référer la situation en Syrie à la CPI.
« Le droit de veto ne doit pas être un privilège, il doit être une lourde responsabilité, il doit être encadré quand il y a des crimes de masse », a souligné M. Kaba.
Fondée en 2002, « la Cour traverse un sale temps, mais je crois aux vertus d’un dialogue constructif au sein de cette assemblée », a constaté le ministre sénégalais de la Justice.
Sur le continent africain, le Kenya, la Namibie et l’Ouganda, grands détracteurs de la CPI, pourraient suivre dans un « effet domino », d’après les experts, alors que le Soudan a lancé fin octobre un appel à tous les pays africains à quitter la CPI.
« Ne trahissez pas les victimes »
A la veille de cette quinzième Assemblée, la procureure avait dévoilé lundi soir les premiers résultats d’un long examen préliminaire sur l’Afghanistan.
Fatou Bensouda a assuré « avoir une base raisonnable permettant de croire » que les forces armées américaines, l’agence de renseignement CIA, les talibans et leurs alliés ainsi que les forces gouvernementales afghanes auraient commis des crimes de guerre.
La procureure doit décider « de façon imminente » si elle demande l’ouverture d’une enquête, qui serait alors la plus complexe et la plus politiquement controversée de la Cour.
Pour le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al Hussein, « l’heure n’est pas à l’abandon de son poste, mais à la recherche de solutions et au renforcement ».
« Ne trahissez pas les victimes », a-t-il souligné, dénonçant une « tendance à l’isolationnisme ».
« Alors que les puissants tentent de quitter la Cour, partout, les victimes plaident pour son amélioration », a-t-il dit, soulignant qu’il s’agissait d’une « forme unique de protection ».
« Dans un monde traversé par l’extrémisme violent et confronté à une menace aux contours diffus et dangereux, il est plus que nécessaire de définir une justice pour tous pour que nous puissions vivre dans la liberté et la paix », a conclu M. Kaba.
Vignikpo Akpéné



