La Côte d’Ivoire assume rester un allié privilégié de la France, une rareté en Afrique de l’Ouest qui ne l’empêche pas de s’affirmer comme un partenaire exigeant, refusant de se laisser dicter sa ligne de conduite sur ses affaires intérieures.

Le Président Alassane Ouattara, arrivé au pouvoir en 2011 après une crise post-électorale où il avait le soutien de Paris, est un francophile revendiqué. Son épouse Dominique est française et il se rend plusieurs fois par an dans l’Hexagone, où il possède une villa à Mougins (près de la Côte d’Azur). Ses rendez-vous avec Emmanuel Macron ne sont pas rares, ni ceux avec Nicolas Sarkozy qui était président lors de son accession au pouvoir. Au point que son vieux rival, l’opposant Laurent Gbagbo, vaincu et arrêté en 2011 avec l’aide de la France, estime qu’Alassane Ouattara prendrait ses ordres « à l’Elysée ».
« Je ne peux pas croire que Macron dise quelque chose à Ouattara et que celui-ci ne l’écoute pas« , abonde un proche de Laurent Gbagbo. Pourtant, en privé, selon plusieurs sources diplomatiques, Emmanuel Macron a été l’un des seuls leaders occidentaux à pousser pour que l’élection présidentielle du 25 octobre soit l’une des plus inclusives possible, avec a minima la participation du chef du principal parti d’opposition, Tidjane Thiam. En vain.
« Nous ne sommes pas là pour imposer quoi que ce soit. Nous sommes dans une relation constructive, qui s’équilibre. C’est une une relation saine entre deux alliés et amis qui ont des exigences mutuelles, un schéma bien loin des anciens réflexes, des liens qui nous ont unis par le passé« , note une source diplomatique française. « La Côte d’Ivoire reste le carrefour incontestable de la relation franco-africaine« , assure à l’AFP Patrick Achi, ex-Premier ministre et désormais Conseiller spécial du Président Ouattara.
– « ADN des ivoiriens » –
Des points de crispation ont pu toutefois exister récemment. En début d’année 2025, alors que France et Côte d’Ivoire actaient la restitution d’une base militaire à Abidjan, Emmanuel Macron affirmait qu’il avait laissé par politesse « la primauté de l’annonce » à certains pays. Des déclarations qui avaient suscité de l’incompréhension en privé chez de nombreux officiels ivoiriens. La base avait finalement été restituée en février 2025, en présence du ministre de la Défense d’alors, Sébastien Lecornu qui ne tarissait pas d’éloges sur son homologue ivoirien Téné Birahima Ouattara, le frère du Président.
« La rétrocession s’est faite conjointement, dans le dialogue et avec une vision partagée. C’est positif et cela incarne le renouveau du partenariat« , note la source diplomatique française. La bonne relation est aussi liée à Alassane Ouattara lui-même, qui a « des rapports personnels étroits avec les autorités françaises et qui a bénéficié du soutien de la France pour son accession au pouvoir« , souligne Gilles Yabi. Ce dernier rappelle toutefois que la Côte d’Ivoire a « une vision pragmatique » de la diplomatie et a largement diversifié ses partenaires (Chine, Turquie, Etats-Unis…).

Dans les années 2000, le sentiment anti-français était pourtant fort à Abidjan et les invectives publiques de personnalités pro-Gbagbo, avaient pu conduire à des exactions contre des ressortissants français. « Il a voulu faire tout le contraire de ce qu’on nous avait donné comme éducation, nous faire haïr les Français. Ça a échoué. Parce que malheureusement pour lui, il était dans le mauvais pays. Cette bonne relation, c’est dans l’ADN des Ivoiriens« , pointe Patrick Achi.
Aujourd’hui, même l’ancien leader des Jeunes Patriotes, Charles Blé Goudé, qui fut parmi les plus hostiles à la France, a mis de l’eau dans son vin: « J’ai toujours prôné un partenariat gagnant-gagnant », jure t-il. « J‘ai bien dit partenariat, et non domination ou soumission. Deux partenaires de longue (date) qui se doivent respect mutuel. Il faut adapter notre partenariat aux réalités et aux besoins qui ont largement évolué avec le temps. Ce n’est pas une rupture« , ajoute-t-il à l’AFP.

La francophilie ivoirienne tranche avec les pays sahéliens voisins, Burkina Faso, Mali et Niger, où des Transitions anti-impérialistes ont pris le pouvoir, chassant soldats, médias et plusieurs ONG françaises, tout en se rapprochant de Moscou, de l’Iran, de la Turquie ou encore de la Chine. De quoi redouter une volonté d’ingérence russe en Côte d’Ivoire?

« Le départ de la France du Sahel, ce n’est pas nous. La présence russe en Afrique est l’objet de jugements hystériques, mais nous cherchons simplement un terrain de coopération loyale avec tous les acteurs du continent« , assure une source diplomatique russe à Abidjan. « Nous étions historiquement très présents à l’époque de l’URSS, c’est un processus naturel de revenir sur le continent« , poursuit cette source.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



