Côte d’Ivoire: Le procès de Simone Gbagbo de suspension en suspension

Afriquinfos
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Abidjan (Afriquinfos 2016) – L’interminable  procès de l’ex-première dame de Côte d’Ivoire a connu un épilogue ce lundi. Il a été bloqué plusieurs heures durant. Et pour cause, les avocats de Simone Gbagbo réclament la comparution des personnalités ivoiriennes citées dans la crise post-électorale de 2012 dans laquelle l’épouse de l’ancien chef d’Etat Laurent Gbagbo (détenu à la Cour pénale internationale de la Haye) est impliquée.

«Nous n’allons pas aller dans un procès où les acteurs des faits n’ont pas été entendus. Pour nous, c’est fondamental. Si les acteurs des faits ne viennent pas, nous n’allons pas continuer le procès», a fait savoir Me Ange-Rodrigue Dadjé, l’un des conseils de Simone Gbagbo. La défense fonde sa décision sur le fait que les personnalités et non pas des moindres telles que Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée nationale, le Général Philippe Mangou, Brindou M’Bia, Directeur général de la Police, Charles Koffi Diby, ancien patron de l’armée, Jeannot  Kouadio Ahoussou, ex-ministre, ne soient pas présentes lors du procès.

La requête de la défense est loin d’aboutir

Aly Yéo, le Procureur général, y voit une manœuvre pour les conseils de l’ex-première date, une manœuvre pour se dérober. «Les victimes ne sauraient accepter de tels agissements car il revient à la défense de faire venir ses témoins», s’est indigné Issiaka Diaby, président du Collectif des victimes de Côte d’Ivoire. Selon lui, «la défense a passé son temps à faire croire que le dossier était vide, maintenant elle se rend compte de la réalité et court pour essayer de colmater les brèches, c’est peine perdue, la loi sera dite».

Pour certains aussi, c’est un prétexte pour la défense de brandir l’argument de la non-comparution de ces personnalités pour conduire le procès de report en report.

Cette atmosphère a obligé le juge Boiqui Kouadjo à suspendre pour une nouvelle fois l’audience. Me Ange Rodrigue Dadjé de son côté suspend le procès à une discussion. Ce n’est pas la première fois que le procès est suspendu pour cause de comparution de certaines personnalités ivoiriennes.

«A partir du moment où ces personnes ont été citées, il revient à la Cour et au parquet général de prendre les meilleures dispositions pour que ces personnes puissent comparaître», avait déjà réclamé la défense lors de l’audience du 24 octobre dernier. «Voulons-nous que le procès se poursuive ou pas? Si nous voulons que ce procès continue, il faut que les acteurs des faits viennent. Il n’y aura pas d’autres solutions à part ça», s’était emporté Me Ange-Rodrigue Dadje.

Mais ces cris n’avaient pas été entendus tout comme ceux de ce lundi. Pour toute réponse, le juge Boiqui Kouadjo avait déclaré qu’il constate «avec regret que les témoins n’ont pas reçu les citations à comparaître».

C’est depuis le 31 mai dernier que la Cour d’assises d’Abidjan juge Mme Gbagbo. De nombreux chefs d’accusation pèsent sur elle. L’épouse de Laurent Gbagbo est accusée d’être impliquée dans les tirs d’obus sur le marché d’Abobo (en 2010), un quartier d’Abidjan et fief d’Alassane Ouattara. La répression a occasionné la mort des femmes d’Abobo. L’ex-première dame est également poursuivie   pour avoir coordonné un escadron de la mort dirigé par des milices et des membres des forces armées proches du régime de son mari. Ces crimes qui ont été commis durant la période post-électorale de 2010-2011, ont fait au moins plus de 3.000 morts, et Simone Gbagbo a déjà écopé de 20 ans de prison pour «atteinte à la sûreté de l’Etat».

 

Anani  GALLEY