Côte d’Ivoire: La machine du RHDP en roues libres pour un 4è quinquennat d’ADO

Afriquinfos Editeur
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Côte d’Ivoire: Alassane Ouattara bel et bien candidat à la présidentielle d'octobre 2025
Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire.

Ex-économiste au FMI et à la BCEAO (Banque centrale en Afrique de l’ouest), opposant puis Président: Alassane Ouattara, candidat à un quatrième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire, est devenu le maître du jeu politique dans son pays qu’il gouverne depuis 2011, au risque d’être accusé de confisquer le pouvoir par ses détracteurs.

M. Ouattara, qui a annoncé mardi sa candidature à un quatrième mandat consécutif, fait figure de grand favori pour la présidentielle du 25 octobre, en l’absence des principaux leaders d’opposition, exclus de l’élection par des décisions de justice. Ses partisans le martelaient depuis des mois: il est leur candidat « naturel »? et à 83 ans, il reste le leader incontesté de la majorité. L’opposition, elle, l’accuse de « dérives autoritaires » et de choisir ses adversaires.

L'ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo lors d'un meeting politique à Abidjan le 8 février 2025.
L’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo lors d’un meeting politique à Abidjan le 8 février 2025.

ADO (Alassane Dramane Ouattara) a longtemps tourné autour du pouvoir. Après une longue carrière au Fonds monétaire international et à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (Bceao), il est appelé pour être Premier ministre en 1990 par le « père » de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny (1960-1993). Né à Dimbokro en 1942, dans le centre de la Côte d’Ivoire, ce musulman malinké (ethnie du nord) marié à une Française chrétienne a accompli la majeure partie de sa scolarité au Burkina Faso voisin et a longtemps été désigné comme un Burkinabè. 

A la mort d’Houphouët-Boigny, en 1993, sa nationalité ivoirienne est remise en doute par les tenants de l’idéologie xénophobe de « l’ivoirité ». En 2000, sa candidature à la présidentielle est rejetée pour « nationalité douteuse », puis la Côte d’Ivoire bascule deux ans plus tard dans une profonde crise politique qui coupe le pays en deux pendant quasiment une décennie.

Les partisans de M. Ouattara soutiennent une rébellion et contrôlent le Nord face au pouvoir du Président Laurent Gbagbo (2000-2011) qui tient le Sud. La crise atteint son paroxysme lors de la présidentielle d’octobre 2010: cette fois M. Ouattara peut participer et l’emporte. La victoire est contestée par M. Gbagbo et la Côte d’Ivoire s’enfonce dans des mois de violences, qui feront plus de 3.000 morts et qui aboutiront à l’arrestation du Président sortant.

– Infrastructures et inégalités –


Devenu Président, ce libéral francophile, adoubé par la communauté internationale, parvient à séduire les investisseurs qui reviennent rapidement en Côte d’Ivoire, où beaucoup est à reconstruire. 14 ans plus tard, il vante son bilan macroéconomique et un pays transformé: premier producteur mondial de cacao, une croissance dépassant quasiment chaque année les 7%, des routes, des ponts, l’électrification rurale, des stades…

Mais les inégalités restent importantes, tout comme la corruption, et ses détracteurs lui reprochent un endettement incontrôlé (autour de 60% du PIB), ainsi que de profondes lacunes dans l’éducation et la santé publique. Sur la scène internationale, l’organisation – et la victoire – de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en janvier 2024 est un succès. Pendant son troisième mandat, Alassane Ouattara a aussi vu la situation sécuritaire au Sahel se dégrader.

La Côte d’Ivoire doit désormais composer avec des voisins dirigés par des Transitions militaires qui lui sont hostiles – Mali, Faso, Niger-. « L’Afrique a très peu de dirigeants comme Ouattara. Il a l’expérience, la sérénité, la connaissance du monde, c’est un interlocuteur essentiel dans la région », assure un proche du Président. Sur le plan interne, le pays a retrouvé la stabilité mais reste gouverné d’une main de fer et les manifestations sont rarement autorisées.

Sur le plan de la réconciliation, peu de partisans du camp Ouattara ont été jugés pour les crimes divers de la crise de 2010-2011, mais après son acquittement définitif par la justice internationale, Laurent Gbagbo a pu rentrer en Côte d’Ivoire en 2021. Il a été gracié un mois plus tard, laissant penser que les plaies de la crise étaient en train de se refermer. Mais dans le jeu politique, le technocrate Ouattara est devenu celui qui dicte le tempo et il n’ira pas jusqu’à amnistier son vieux rival, le laissant ainsi hors course pour la présidentielle de 2025.

« Si on ne laisse pas aux autres la capacité de se battre pour être au pouvoir, ce n’est plus la démocratie », tance Laurent Gbagbo. Réélu en 2015 avec 83% et en 2020 avec plus de 94%, après une révision contestée de la Constitution, Alassane Ouattara se dirige vers un nouveau score fleuve en l’absence des principaux opposants en 2025 ! En 2020, il avait dit vouloir passer la main. Mais le décès de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, l’avait poussé à rempiler pour une élection qui sera marquée par des violences faisant 85 morts. 

Depuis, Alassane Ouattara a souvent répété qu’il avait « une demi-douzaine de successeurs potentiels ». Ils vont devoir attendre encore quelques années encore. 

Faire du neuf avec du vieux !

Le Président ivoirien Alassane Ouattara, 83 ans, a annoncé mardi, 29 juillet sa candidature à la présidentielle d’octobre prochain, pour briguer un quatrième mandat, et fait figure de grand favori en l’absence des principaux leaders d’opposition.

Quatre hommes politiques, dont l’ancien Président et opposant Laurent Gbagbo, ont été exclus de l’élection par des décisions de justice, ce qu’ils contestent. Ces décisions judiciaires ont alimenté des tensions ces derniers mois, l’opposition estimant que le pouvoir choisit ses adversaires, tandis que les autorités nient toute intervention politique. En outre, l’opposition répète depuis plusieurs semaines, et encore mardi, qu’un quatrième mandat d’Alassane Ouattara serait « inconstitutionnel ».

Les périodes électorales sont toujours tendues dans le pays francophone le plus riche d’Afrique subsaharienne, encore traumatisé par des violences meurtrières en 2010-2011. Même s’il est redevenu cette dernière décennie un pôle de stabilité. La Côte d’Ivoire doit en outre composer avec des voisins dirigés par des Transitions qui lui sont hostiles – en particulier le Burkina Faso – et dont les territoires sont infestés de jihadistes. Une menace qu’elle réussit pour l’heure à endiguer.

« Après mûre réflexion et en toute conscience, je vous annonce aujourd’hui que j’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 », a annoncé le Président Ouattara, dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux. « Ce nouveau mandat sera celui de la transmission générationnelle avec l’équipe que je mettrai en place. Nous pourrons consolider les acquis et nous continuerons à améliorer le quotidien de nos compatriotes, notamment les plus vulnérables », a-t-il poursuivi. « Je suis candidat parce que la Constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat et ma santé le permet », a ajouté M. Ouattara le 29 juillet.

Son troisième mandat avait déjà été contesté en 2020. Lors de la dernière présidentielle, en 2020, Alassane Ouattara avait décidé de se présenter suite à la mort de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, et grâce à une nouvelle Constitution adoptée en 2016 qui remettait le compteur des mandats présidentiels à zéro. Au moins 85 personnes avaient été tuées dans des violences en marge de ce scrutin, qui avait abouti à la réélection du Chef de l’État, avec plus de 94% des voix.

Mandat « inconstitutionnel » selon les opposants ivoiriens

« L’annonce faite aujourd’hui par M. Ouattara constitue une violation de notre Constitution et une nouvelle attaque contre la démocratie », a attaqué Tidjane Thiam, président du principal parti d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et candidat inéligible, dans un communiqué. « C’est un mandat inconstitutionnel », a abondé lors d’un point de presse Damana Pickass, cadre du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, ajoutant que M. Gbagbo, lui aussi inéligible, se prononcerait « très prochainement ». « Une candidature aussi illégale que la troisième », a réagi sur X Pascal Affi N’Guessan, candidat éligible de l’opposition et président du Front populaire ivoirien (FPI).

M. Ouattara a été élu à la tête de la Côte d’Ivoire en 2010, succédant à Laurent Gbagbo (2000-2011) à l’issue d’une présidentielle émaillée de violences qui ont fait plus de 3.000 morts, et qui ont abouti à l’arrestation du Président sortant. Cette année, quatre figures de l’opposition sont écartées du scrutin. L’ex-Président Laurent Gbagbo (2000-2011), son ancien bras droit Charles Blé Goudé et l’ancien Premier ministre en exil Guillaume K. Soro sont radiés de la liste électorale pour des condamnations en justice.

Tidjane Thiam, leader du principal parti d’opposition, a lui aussi été écarté par la justice pour des problèmes de nationalité. Il est absent de la Côte d’Ivoire depuis plus de quatre mois, et le porte-parole de son parti, Soumaïla Bredoumy, dit avoir quitté Abidjan de peur d’être arrêté. Six responsables de jeunesse du parti ont été arrêtés ces dernières semaines et sont détenus en attente d’un procès, certains pour « troubles à l’ordre public ».

Par ailleurs, une marche des partis de MM. Gbagbo et Thiam prévue samedi, 02 aout, a été annulée par la préfecture, notamment pour manque d’effectif de Police. La Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI), qui réunit une vingtaine de partis d’opposition dont celui de Thiam, compte deux figures politiques, candidates déclarées et éligibles: l’ex-Première dame Simone Ehivet Gbagbo et l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan. 

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