A 82 ans et plus de 40 années cumulées au pouvoir, le Président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, a annoncé ce 05 février sa candidature à la prochaine présidentielle et son intention de repartir pour un nouveau mandat de cinq ans qui, selon la Constitution, doit être le dernier.
Le pays d’Afrique centrale, riche en pétrole, tient le premier tour de l’élection présidentielle le 15 mars. Et au pays du militaire qui a dirigé une première fois le Congo sous le régime du parti unique de 1979 à 1992, avant de revenir aux affaires après une guerre civile en 1997, les forces de l’ordre iront aux urnes quelques jours plus tôt, afin de pouvoir assurer l’ordre public le jour du vote.
Elu en 2002, réélu en 2009, Denis Sassou Nguesso a pu se représenter et remporter les présidentielles de 2016 et 2021, après un changement de Constitution qui a fait sauter en 2015 la limite d’âge (70 ans) et porté à trois le nombre possible de mandats de cinq ans. S’il est réélu en 2026, celui qui est souvent mis dans le clan des « dinosaures » du continent ne pourra plus se représenter.
En déplacement ce 05 février dans la localité d’Ignié (dans le sud du pays, majoritairement couvert de forêts, à 60km de Brazzaville), le Président Sassou a annoncé sa candidature, sans vraiment créer la surprise: fin décembre 2025, le mouvement présidentiel (Parti congolais du travail, PCT) rassemblé en congrès, l’avait désigné « candidat naturel du parti ».
« Je ferai acte de candidature à l’élection présidentielle », a-t-il déclaré ce 05 février devant une foule de plusieurs milliers de personnes rassemblées pour l’ouverture d’une grande Foire agricole. S’exprimant devant une assemblée composée essentiellement d’agriculteurs, le Chef d’Etat a prôné la souveraineté alimentaire, et salué une jeunesse qu’il a dit vouloir « accompagner ».
Le Congo-Brazzaville possède environ dix millions d’hectares de terres arables, mais seulement 4% environ sont exploités, principalement en agriculture vivrière à faibles rendements, selon des données officielles. Conséquence, le pays importe une grande partie de sa nourriture, rendant la population de plus de 6 millions d’habitants et relativement jeune, vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux, des tarifs des transports ou des devises.
– Opposition muselée –

Dans le pays où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, l’opposition conteste systématiquement les scrutins remportés par Sassou Nguesso depuis 2002. Par ailleurs, depuis des plaintes déposées en 2007, la famille Sassou Ngesso, dont la fortune est difficile à estimer, est visée par une enquête de la justice française sur les « biens mal acquis », notamment sur l’origine du patrimoine mobilier et immobilier qu’elle s’est constituée en France.
En avril 2023, trois formations d’opposition, sans représentation parlementaire, ont lancé une « Alliance pour l’alternance démocratique en 2026 ». Cette plateforme regroupe notamment le Rassemblement pour la démocratie et le développement de l’ancien Président Jacques Joachim Yhomby Opango, décédé en 2020, ainsi que le Mouvement des républicains et le Parti du peuple.
Mais face à un parti présidentiel tout-puissant, l’opposition éclatée et muselée, n’a que peu de moyens. Deux figures de l’opposition à la présidentielle de 2016, le général Jean‑Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont encore aujourd’hui détenues après avoir été condamnés à vingt ans de prison pour « atteinte à la sécurité intérieure » en 2018 et 2019. Les deux hommes avaient vivement contesté la victoire officielle de Sassou Nguesso, crédité cette fois-là de 60% des suffrages.
ONG et Société civile dénoncent régulièrement des atteintes aux libertés publiques et des menaces contre des opposants. La fin du dépôt des candidatures a été fixée au 12 février. La campagne électorale doit se dérouler du 28 février au 13 mars 2026.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



