Cinéma hexagonal: Une série de films interdits sous la houlette de l’association Promouvoir

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Selon l’association «Promouvoir», l’œuvre comportait «plusieurs scènes de sexe présentées de façon réaliste, en gros plan qui sont de nature à heurter la sensibilité du jeune public». L’organisation a alors intenté un procès à l’endroit du réalisateur du film. A l’issue de cette procédure, la décision a été rendue par la cour administrative d’appel de Paris qui a précisé que le ministère de la Culture avait deux mois pour «procéder au réexamen de la demande de visa».

Pratiquement le film, déjà interdit aux moins de 12 ans, est forclos de diffusion dans les salles françaises tant que son visa d’exploitation n’est pas réévalué par la ministre de la Culture. Une censure tardive pour le long-métrage, sorti en octobre 2013, et qui attiré plus d'un million de spectateurs en salles. Paradoxalement, le producteur n’affiche aucune résistance. «Cette décision me paraît plutôt saine. Je n’ai jamais pensé que mon film pouvait être vu par des gamins de 12 ans, et je déconseille personnellement à ma fille de le voir avant qu’elle ait 14 ou 15 ans», a réagi Abdellatif Kechiche, dans le journal «Le monde».

 Séries de procès contre le cinéma français

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Cette attaque de l’association n’est pas la première à l’endroit des acteurs du monde du 7ème art. C’est en 2000, que son combat commence vraiment avec l’affaire «Baise-moi» signé Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi. L’organisation intente pour la première fois un procès contre le film jugé «trop pervers» en attaquant en justice ses producteurs, puis gagne. Résultat : Le long-métrage est retiré des cinémas. «Le film a été classé X et il a été retiré des salles après seulement deux jours, ça a entraîné sa mort immédiate, on ne s’attendait pas à ce qu’une personne isolée puisse obtenir aussi rapidement son retrait des salles», a commenté Virginie Despentes quelques jours après son interdiction.

 L’année suivante, «Promouvoir»s’en prend à l’œuvre «Plateforme» de Michel Houellebecq qu’elle juge «pornographique». En 2009, l’organisation s’illustre une nouvelle fois dans le milieu du cinéma en s’opposant à la sortie d’ «Antichrist», du réalisateur Lars Von Trier. Si elle n’obtient pas gain de cause en voulant faire interdire l’exploitation du film (déjà interdit aux moins de 16 ans), elle réussit néanmoins à exiger que son visa soit réexaminé.

Même campagne contre « Nymphomaniac» du même Lars Von Trier, «Ken Park» de Larry Clark, «Saw 3D» de Kevin Greutert, «Love» de Gaspar Noé. Des victoires pour l’association: tous ces films sont désormais interdits aux mineurs.

Sur Internet pourtant, impossible de trouver une trace des membres de cette association. Seul un nom filtre, celui d'André Bonnet, connu aussi sous le pseudonyme Patrice André. Le cofondateur de l’association créée en 1996, est un grand connu du monde  politique et médiatique. Ancien militant d’extrême-droite, cet avocat fiscaliste de profession, a écumé plusieurs plateaux de télévision et s'est exprimé dans plusieurs revues de cinéma. Son sacerdoce: défendre les «valeurs judéo-chrétiennes dans tous les domaines de la société, et particulièrement au cinéma», selon ses dires.

A ce jour, l’avocat sexagénaire est la bête noire de la Commission de classification du CNC (Centre national de la cinématographie), chargée d’apposer les mentions «tous publics» ou encore «interdits au -12 ans» sur les œuvres cinématographiques.

 

Larissa AGBENOU