Challenge+ Dakar 2025 : Un Demo Day au cœur des enjeux d’investissement au Sénégal

Afriquinfos Editeur
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Des participants au Challenge+ Dakar 2025 (DR, Financial Afrik)

Dakar (© 2025 Afriquinfos)- Le Demo Day Challenge+ Dakar, organisé ce 1er juillet à la résidence de France, a marqué la clôture de la deuxième édition du programme d’accompagnement porté par HEC Paris, en partenariat avec la Délégation à l’Entreprenariat Rapide (DER/FJ) et l’ambassade de France au Sénégal. Ce rendez-vous marque l’aboutissement d’un parcours exigeant de huit mois destiné à structurer et renforcer 19 start-ups sénégalaises à fort potentiel. Au-delà de sa portée symbolique, ce Demo Day constitue un levier stratégique pour cette nouvelle génération d’entrepreneurs, leur permettant de gagner en visibilité, de consolider leur attractivité auprès d’investisseurs, et de favoriser l’émergence de synergies porteuses.

19 start-ups, 24 entrepreneurs, 7 secteurs d’impact

Évoluant dans des secteurs clés tels que l’éducation, l’agriculture, l’environnement, la culture, la communication, l’immobilier et les services, 13 start-ups sénégalaises sélectionnées sur les 19 de la cohorte – portées par les entrepreneurs présents – ont su illustrer sur scène, à travers leurs pitchs, leur capacité à construire des modèles économiques innovants et durables. Développés pour répondre aux réalités du terrain tout en s’inscrivant dans des logiques de croissance à l’international, ces projets démontrent que l’innovation locale peut nourrir une ambition globale.

Trois distinctions ont été remises à l’issue des présentations :

  • Prix du Meilleur Business Plan : Mafalia, une plateforme digitale pour la gestion des établissements formels et informels dans le secteur alimentaire, portée par Pape Amadou Kane DIOP ;
  • Prix Coup de Cœur du Jury : Yello App, une application d’apprentissage proposant des cours sous forme audio et offrant une méthode pratique et accessible pour acquérir de nouvelles connaissances, accessible en mobilité, portée par Stéphane MANCABO ; 
  • Prix Impact : Jokalante, qui fournit aux agriculteurs des informations essentielles en exploitant les données climatiques et de marché pour améliorer les rendements agricoles et autonomiser les communautés, portée par Amy Kebe N’Dieye.

Pour le Dr. Aïssatou Mbodji, Délégué Général de la DER/FJ, le Demo Day envoie un signal fort à l’écosystème : “C’est la démonstration concrète de ce que peuvent produire des synergies ambitieuses et alignées, comme celles que nous avons bâties ensemble dans le cadre de Lionstech Invest. À la DER/FJ, nous sommes convaincus que l’entrepreneuriat est un levier stratégique pour la souveraineté économique, l’innovation et l’emploi des jeunes. Nous savons aussi qu’accompagner des entrepreneurs, c’est bien plus que les financer ou les former. C’est leur offrir des standards d’excellence, les connecter à des réseaux de haut niveau, les pousser à formaliser, structurer, affiner ; bref, à penser leur ambition à l’échelle internationale. ”

Rappelant que cette nouvelle édition s’inscrit dans le cadre du projet LionsTech Invest, Christine Fages, Ambassadrice de France au Sénégal, a souligné : “L’objectif est clair : accroître la visibilité et la croissance des start-ups sénégalaises vis-à-vis de l’écosystème financier international. L’entrepreneuriat et l’innovation, notamment dans le secteur du numérique, jouent un rôle de plus en plus décisif dans le développement de nos économies et de nos sociétés. Nul ne peut envisager aujourd’hui d’inscrire son développement sans appuyer et sans s’appuyer sur cette dynamique.”

Un panel d’experts : réussir une levée de fonds en Afrique, mais à quelles conditions ?

Moment fort de la matinée, le panel intitulé “Facteurs clés de succès d’une levée de fonds et secteurs d’opportunités sur le continent africain”, modéré par Alexis John Ahyee, Directeur Exécutif du Bureau Afrique de HEC Paris, a réuni quatre experts : 

  • Tidjane Deme – General Partner, Partech Africa
  • Aymeric Penven – Directeur du centre DeepTech, HEC Paris
  • Dieynaba Marième Gaye – Community Lead, DER/FJ
  • Mathieu Becue – Attaché de coopération pour l’innovation et l’économie numérique, Ambassade de France au Sénégal

Les intervenants ont souligné que, si le financement reste une étape cruciale, la clé du succès réside dans la compréhension de la chaîne de valeur, la capacité à capturer la valeur créée, et l’alignement entre le type de projet, le profil de fondateur et les investisseurs ciblés.

Aymeric Penven a ainsi rappelé l’importance de maîtriser sa chaîne de valeur : “Pour un entrepreneur, il est essentiel de comprendre la chaîne de valeur dans laquelle il évolue : qui crée de la valeur, comment elle circule, et surtout, comment la capturer. Créer de la valeur ne suffit pas si l’on ne sait pas la transformer en modèle économique solide. La différence se joue souvent là : entre des projets prometteurs mais non pérennes, et ceux qui réussissent à générer un impact durable, en bénéficiant à l’ensemble des parties prenantes – de l’amont à l’aval.”

Tidjane Deme, General Partner chez Partech Africa, a complété : “Trouver le bon investisseur, adapté à son secteur et à sa stratégie, est une étape déterminante pour tout entrepreneur. Mais au-delà,  la différence se joue dans la capacité à capturer la valeur au sein de chaînes économiques existantes. Beaucoup de start-ups échouent, non faute d’idées, mais parce qu’elles ne parviennent pas à transformer cette innovation en modèle économique viable. Des secteurs comme l’agriculture, la mobilité, la santé ou l’éducation offrent encore un fort potentiel. Les start-ups ne réinventent pas l’économie : elles optimisent l’existant. Et je rejoins beaucoup de mes collègues dans la conviction que le prochain champion africain émergera probablement dans le domaine des contenus.”

Abordant les erreurs les plus courantes observées chez les jeunes entreprises, Dieynaba Marième Gaye a souligné que de nombreux entrepreneurs concentrent leurs efforts sur la recherche de financement, au détriment d’autres leviers essentiels. Elle a notamment insisté sur l’importance de l’accès à l’information, souvent sous-exploité,  et sur la nécessité de réfléchir à l’impact concret du produit ou service proposé.

Enfin, Mathieu Bécue a rappelé que l’ambassade de France n’a pas vocation à accompagner directement les start-ups, mais œuvre à la consolidation d’un écosystème durable favorable à leur émergence et développement. L’enjeu est clair : inscrire durablement le Sénégal – et l’Afrique – dans la dynamique de la quatrième révolution industrielle.

En réunissant talents, institutions, investisseurs et experts, cette deuxième édition du Demo Day confirme le rôle du Sénégal comme pôle régional de l’innovation. Elle rappelle également que la compétitivité des start-ups se construit à la croisée de plusieurs leviers : un accompagnement stratégique de qualité, des réseaux structurants et des financements adaptés.

Afriquinfos.