Cameroun: L’Opposition divisée même dans la contestation des résultats de la présidentielle 2025

Selon le politologue Stéphane Akoa, la situation au Cameroun, où l’opposition se retrouve sans recours légal, pourrait suivre plusieurs trajectoires.

Afriquinfos Editeur
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Des partisans du leader de l'opposition et candidat à la présidentielle Issa Tchiroma Bakary rassemblent des matériaux dans les rues pour construire des barricades après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle à Yaoundé, le 27 octobre 2025 au Cameroun.
Des partisans du leader de l'opposition et candidat à la présidentielle Issa Tchiroma Bakary rassemblent des matériaux dans les rues pour construire des barricades après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle à Yaoundé, le 27 octobre 2025 au Cameroun.

Le Président camerounais Paul Biya, 92 ans et au pouvoir depuis 1982, a été réélu sans surprise avec 53,66% des voix, selon les résultats officiels publiés lundi, aussitôt contestés par son principal adversaire Issa Tchiroma Bakary qui a dénoncé une « mascarade« .

La plupart des analystes s’attendaient à ce que Paul Biya, plus vieux chef d’État en exercice au monde, réélu jusque-là avec plus de 70% des voix depuis plus de deux décennies, remporte un nouveau septennat, dans un système que ses détracteurs l’accusent d’avoir verrouillé au fil de ses 43 ans au pouvoir.

Des partisans de l’opposant Tchiroma dans les rues après la victoire de Paul Biya.

Mais le scrutin a été plus serré que prévu. Selon les chiffres officiels proclamés par le Conseil constitutionnel ce 27 octobre, l’opposant Issa Tchiroma Bakary est arrivé second avec 35,19% des voix. Malgré les interdictions, des manifestations réprimées par les forces de l’ordre sont en cours à Douala (sud-ouest) et Garoua (nord), où plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de M. Tchiroma à défendre sa victoire, ont constaté des journalistes de l’AFP. Elles font craindre à plusieurs experts une escalade de la violence.

Lundi soir, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a demandé des enquêtes après des informations sur des violences. « Depuis hier (dimanche), nous recevons des informations choquantes faisant état de personnes tuées, blessées ou arrêtées lors de manifestations liées à l’annonce aujourd’hui (lundi) des résultats de l’élection présidentielle. Nous appelons à la retenue, à l’ouverture d’enquêtes et à la fin des violences« , a indiqué le Haut-Commissariat sur le réseau social X.

– « Je l’ai battu » –

« Il n’y a pas eu élection, c’était plutôt une mascarade » orchestrée par « une dictature pure et dure (…) Le monde entier, le peuple camerounais dans son ensemble sait que je l’ai battu en remportant 65 à 70% des voix« , a affirmé à l’AFP l’opposant. Le candidat a déploré « deux morts » après la proclamation des résultats parmi des manifestants regroupés autour de son domicile de Garoua.

Les membres du Conseil constitutionnel du Cameroun donnent lecture des résultats de l’élection présidentielle au Palais des congrès de Yaoundé, le 27 octobre 2025.
Les membres du Conseil constitutionnel du Cameroun donnent lecture des résultats de l’élection présidentielle au Palais des congrès de Yaoundé, le 27 octobre 2025.

« Une dizaine de snipers » sont postés sur les toits, a-t-il affirmé à l’AFP. Un journaliste de l’AFP présent sur place a vu un homme se faire tirer dessus. L’AFP n’a pas pu confirmer sa mort. « Au moment où le peuple souverain vient de m’accorder une fois de plus sa confiance pour un nouveau mandat, mes premières pensées vont à tous ceux qui ont inutilement perdus leur vies, ainsi qu’à leurs familles, du fait des violences post-électorales« , a déclaré le Président Paul Biya sur X en réaction à sa victoire.

« Je prends acte de ces résultats et félicite le candidat proclamé élu« , a reconnu dans un communiqué ce 27 octobre le candidat Cabral Libii, arrivé troisième avec 3,41% des voix. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de M. Biya, s’est autoproclamé victorieux face au président sortant après le scrutin du 12 octobre et avait appelé les Camerounais à sortir massivement lors de « marches pacifiques« .

Dimanche, 26 octobre, quatre personnes sont décédées dans la capitale économique, Douala, lors de manifestations de soutien à l’opposant, a annoncé le Gouverneur de la région du Littoral. Les forces de sécurité ont commencé par une salve de gaz lacrymogène, avant de tirer « à balles réelles« , selon des manifestants interrogés par l’AFP.

Bello Bouba Maïgari est arrivé quatrième de la course avec 2,45%, suivi d’Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya (seule femme candidate) avec 1,66%, et de Josuah Osih avec 1,21% des voix. Les sept autres candidats n’ont pas obtenu plus de 1% des suffrages.

– Manifestations – 

Les rassemblements ont été interdits et la circulation restreinte dans la plupart des grandes villes jusqu’à l’annonce des résultats de cette élection à un tour. Des manifestations ont eu lieu ce 27 octobre à Douala et Garoua, ont constaté des journalistes de l’AFP. Des rassemblements ont eu lieu dans d’autres villes du pays, selon des images virales partagées sur les réseaux sociaux.

A Garoua, fief de M. Tchiroma, « 1.000 personnes » campent devant son domicile, selon l’intéressé. « Aussi longtemps que nous n’aurons pas recouvré notre victoire, nous n’abdiquerons jamais« , a fait valoir Issa Tchiroma Bakary à l’AFP, demandant aux Forces de sécurité de « se tenir du côté du peuple et de la vérité« .

Le candidat avait appelé le 22 octobre dernier les Camerounais à manifester si le Conseil constitutionnel venait à proclamer des « résultats falsifiés et tronqués« . Une courte manifestation a eu lieu ce 27 octobre dans la capitale, Yaoundé, avant d’être dispersée par les Forces de l’ordre. Dans plusieurs quartiers de la ville, de nombreuses boutiques et stations-services ont gardé leurs rideaux baissés par crainte de troubles.

Selon le politologue Stéphane Akoa, la situation au Cameroun, où l’opposition se retrouve sans recours légal, pourrait suivre plusieurs trajectoires. Parmi elles, une « augmentation de la violence et des crispations« , ou une impasse prolongée, avec des « manifestations et de la désobéissance civile« .

L’opposition pourrait faire le choix « d’accepter malgré elle » les résultats pour se préparer aux élections législatives en 2026, ajoute-t-il. Paul Biya est le deuxième Chef d’État à diriger le Cameroun depuis son indépendance de la France en 1960, et a gouverné en survivant aux bouleversements économiques et à un conflit séparatiste depuis 2016 dans les deux régions anglophones du pays.

© Afriquinfos & Agence France-Presse