Abuja (© 2025 Afriquinfos)- C’est depuis le Nigeria où il se trouverait en exil qu’Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième lors de la présidentielle d’octobre 2025, selon le Conseil constitutionnel, a rendu public ce 17 novembre, un décret de nomination de Me Alice Nkom comme sa porte-parole officielle.
Onze jours après l’investiture de Paul Biya pour un nouveau mandat, l’opposant camerounais Issa Tchiroma Bakary, réfugié selon plusieurs médias, dans un pays voisin, poursuit la structuration de ce qu’il appelle la «Présidence élue de la République» en désignant l’avocate Alice Nkom comme porte-parole officielle.
Selon un ‘’décret’’ de nomination daté du 17 novembre 2025, Me Alice Nkom, figure de la défense des libertés fondamentales au Cameroun et membre éminente de la Société civile, est habilitée ‘’à s’exprimer au nom du Président élu, à représenter ses positions dans les échanges institutionnels, diplomatiques et médiatiques’’.
Le 9 novembre dernier, Issa Tchiroma Bakary avait lancé un ultimatum de 48 heures ‘’au régime Biya pour libérer tous les prisonniers arbitrairement arrêtés pour leurs opinions ou pour avoir soutenu la vérité’’. Il avait prévenu : ‘’Après 48 heures, les conséquences seront les vôtres’’.
Un honneur pour Me Alice Nkom
Pour l’avocate Alice Nkom, cette nomination est un ‘’honneur et ne ‘’pouvait pas faire l’objet d’un rejet’’. ‘’Tout le monde doit savoir que le président Issa Tchiroma bénéficie de la confiance d’une grande majorité des Camerounais, comme il est ressorti de l’élection du 12 octobre 2025 et où il avait comme challenger un certain Paul Biya, actuel et Président sortant’’, a-t-elle argumenté.
Selon Mme Nkom, Issa Tchiroma Bakary a gagné les élections 2025, et donc, il a gagné les élections par le peuple. ‘’Lorsqu’une telle personne qui a abattu un baobab à une élection (…) vous choisit pour que vous assumiez une partie de sa mission envers le peuple camerounais, vous devez considérer cela comme un insigne honneur de servir la République, de servir les Camerounais’’, a-t-elle confié au média allemand DW.
Depuis fin octobre et la réélection pour un huitième mandat de Paul Biya, 92 ans (au pouvoir depuis 1982), les grandes villes du pays ont été secouées par des manifestations à l’appel du candidat Issa Tchiroma Bakary. Cet ancien ministre passé à l’opposition « revendique toujours sa victoire à la présidentielle du 12 octobre dernier ». Il s’est autoproclamé victorieux, et a appelé à plusieurs reprises à défendre sa victoire.
‘’Deux Présidents’’ pour un pays
Cette nomination intervient dans un climat de profonde crise politique. Le 6 novembre dernier, Paul Biya, 92 ans, a prêté serment devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès à Yaoundé, entamant un nouveau mandat après plus de quatre décennies à la tête du pays.
Selon les résultats officiels proclamés par le Conseil constitutionnel le 27 octobre, soit deux semaines après le scrutin du 12 octobre, M. Biya a recueilli 53,66% des suffrages, contre 31,19 % pour M. Tchiroma Bakary, du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC).
Contestant ces résultats, le leader du FSNC a déclaré qu’il existe désormais ‘’deux Présidents: celui élu par le peuple camerounais que je suis, et celui nommé par le président du Conseil constitutionnel que vous connaissez’’. Le document signé par M. Tchiroma Bakary fait référence à ‘’la volonté souveraine du peuple camerounais exprimée lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 et évoque la prise d’otage institutionnelle empêchant l’expression pleine et libre de cette souveraineté’’.
Dans un message vidéo diffusé mercredi 5 novembre sur Facebook, l’opposant avait salué le succès de la journée ‘’ville morte’’ à laquelle il avait appelé, affirmant que « près d’une centaine de nos enfants sont tombés sur le champ d’honneur pour que nous recouvrions la liberté ». Aucun chiffre officiel n’a toutefois été communiqué par les autorités camerounaises sur le sujet. Le décret souligne ‘’la nécessité d’une communication claire, légitime et responsable de la Présidence élue auprès de l’opinion nationale et internationale’’, mission désormais confiée à Me Nkom.
V. A.



