Cameroun: Ces mots et postures de Tchiroma Bakary que le RDPC souhaite punir à froid

"L'attitude irresponsable et arrogante du candidat Issa Tchiroma Bakary sera traitée le moment venu avec rigueur et fermeté", a réagi ce 14 octobre dans un communiqué le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji.

Afriquinfos Editeur
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Paul Biya, 92 ans, glisse son bulletin dans l'urne à Yaoundé le 12 octobre 2025.
Paul Biya, 92 ans, glisse son bulletin dans l'urne à Yaoundé le 12 octobre 2025.

L’ancien ministre passé à l’opposition Issa Tchiroma Bakary a revendiqué ce 14 octobre la victoire à l’élection présidentielle camerounaise du 12 octobre, défiant le Président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans, alors que les résultats officiels ne sont attendus que dans deux semaines.

L’ancien ministre passé dans l’Opposition, Issa Tchiroma Bakary, revendique la victoire à l’élection présidentielle camerounaise, le 14 octobre 2025.

« L’attitude irresponsable et arrogante du candidat Issa Tchiroma Bakary sera traitée le moment venu avec rigueur et fermeté« , a réagi ce 14 octobre dans un communiqué le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji. Il y dénonce une « démarche conspirationniste et anti-républicaine » en « violation de tous les textes juridiques qui encadrent le processus électoral » et « visant à mettre le Cameroun à feu et à sang« .

Le RDPC, parti de Paul Biya, a dénoncé dans un autre communiqué « un grotesque canular » et une « forfaiture inadmissible dans un Etat de droit« , disant attendre « sereinement les résultats officiels« . Depuis lundi, des militants des deux camps revendiquaient leur victoire sur les réseaux sociaux, postant des photos de procès-verbaux ou des résultats inscrits sur les tableaux noirs dans les bureaux de vote. Certaines figures de l’Opposition ont déjà félicité publiquement M. Tchiroma.

S’il est autorisé de rendre public les procès-verbaux de chacun des bureaux de vote, il est en revanche illégal de proclamer le résultat du vote avant le Conseil constitutionnel, selon la loi électorale au Cameroun. « C’est la ligne rouge à ne pas franchir« , avait réitéré le ministre Paul Atanga Nji, lors d’une conférence de presse dimanche soir. En 2018, lorsque l’opposant Maurice Kamto s’était lui aussi proclamé vainqueur du scrutin présidentiel au lendemain du vote, Tchiroma, alors ministre de la Communication et Porte-parole du Gouvernement lui avait signifié qu’il était « manifestement hors-la-loi » et s’exposait à « la rigueur de la loi« .

Un groupe de conducteurs de moto-taxis soutiennent le candidat Tchiroma dans les rues de Yaoundé, le 11 octobre 2025.
Un groupe de conducteurs de moto-taxis soutiennent le candidat Tchiroma dans les rues de Yaoundé, le 11 octobre 2025.

Les autorités n’ont ni communiqué le taux de participation ni précisé la date exacte de proclamation des résultats, prévue avant le 26 octobre par le Conseil Constitutionnel. Un délai alimentant des craintes de fraude en faveur de Paul Biya, 92 ans, réélu avec plus de 70% des voix depuis plus de deux décennies.

Dans sa vidéo de près de cinq minutes, Tchiroma, « ému« , a fait état d’une « victoire écrasante » qui représente pour lui « une sanction claire du régime en place et un plébiscite en faveur d’un changement immédiat« . Cet ancien Porte-parole du Gouvernement a rassemblé plusieurs milliers de personnes lors de ses meetings à travers le pays. « La campagne a été beaucoup plus animée » que d’ordinaire, explique à l’AFP Stephane Akoa, politologue camerounais. Selon lui, cette élection est « peut-être plus susceptible de nous surprendre« , dans un pays où 40% des habitants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, selon la Banque Mondiale.

– « Au revoir Biya » –

Dimanche soir à la clôture du scrutin, de nombreux partisans scandaient « Au revoir Paul Biya, Tchiroma arrive » dans le quartier de la Briqueterie, fief de Tchiroma à Yaoundé. Ex-ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, le chef du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) avait été désigné mi-septembre 2025 comme candidat par l’Union pour le changement 2025, une coalition de partis d’opposition minoritaires et membres de la Société civile. Dans son programme, il propose « 3 à 5 ans de transition pour reconstruire » le pays qu’il estime « détruit » par 43 ans du régime Biya.

© Afriquinfos & Agence France-Presse