Kpalimé (© 2025 Afriquinfos)- Les chefs traditionnels du Togo ont affirmé leur engagement à maintenir leur rôle dans « l’apaisement du climat sociopolitique » alors que la Ve République, née de la Constitution du 6 mai 2024, redéfinit les équilibres du pouvoir. C’était ce mardi 12 août lors d’une Journée nationale de réflexion tenue à Kpalimé. Une séance dont les travaux ont été ouverts par Hodabalo Awaté, le ministre en charge de la chefferie coutumière.
La nouvelle Constitution consacre en son article 88 le statut de la chefferie comme « gardienne des us et coutumes », tout en inscrivant son action dans la loyauté envers l’État (article 24 de la loi de 2007). Cette reconnaissance, inédite à ce niveau, renforce son poids… mais aussi ses obligations.
L’un des enjeux majeurs de cette journée était donc de concilier deux exigences : rester fidèle à l’État, comme l’exige l’article 24 de la loi, tout en conservant une légitimité aux yeux des populations.
« La chefferie traditionnelle est reconnue par la Constitution de 2024 en son article 88 comme gardienne des us et coutumes. C’est une reconnaissance solennelle de votre rôle de sagesse, de médiation, de rassemblement », a martelé Colonel Hodabalo Awaté, sous les regards attentifs des dignitaires.
Avec le passage au régime parlementaire, les collectivités locales et les représentations populaires gagnent en importance. Les chefs traditionnels, figures respectées et enracinées, deviennent de fait des acteurs d’influence dans les équilibres politiques régionaux. Leur capacité à « éduquer, sensibiliser et éclairer » leurs communautés sur les enjeux institutionnels est désormais un levier stratégique.
Les événements des 6, 20, 27 et 28 juin 2025, présentés par le gouvernement comme une tentative de « déstabilisation » orchestrée depuis l’étranger, ont servi de toile de fond aux discussions.
Mais au-delà de la rhétorique, le message était politique : les chefs traditionnels sont appelés à être des « alliés objectifs » du pouvoir dans la préservation de l’ordre public. Le ministre Colonel Hodabalo Awaté a ainsi évoqué les appels à la révolte lancés en juin 2025 par des activistes basés à l’étranger, via les réseaux sociaux.
Pour le préfet de Kloto, Kokou Bertin Assan, cette rencontre est l’occasion de « faire le point sur les forces et faiblesses » de l’institution.
Le vice-président du Conseil national des chefs traditionnels, Batcharo Sama a qualifié cette journée « d’inoubliable », estimant qu’elle marque « un déblocage » et une meilleure ouverture de la chefferie vers l’Etat et la société.
Pendant les travaux de la journée, trois communications ont été présentées : sur la place de la chefferie dans la 5ᵉ République, sur la crédibilité des conseils traditionnels, et sur les défis sécuritaires liés au terrorisme dans le nord du pays.
Parmi les chantiers annoncés : révision du cadre légal, rédaction d’un historique national des chefferies, digitalisation via une plateforme web, et formation sur l’éthique et la gouvernance.
Cette journée de réflexion, conclue par la promesse d’une déclaration, illustre la position ambivalente de la chefferie : gardienne d’une sagesse ancestrale et relais d’unité nationale, mais aussi institution intégrée au dispositif politique. Dans la Ve République, son rôle pourrait devenir encore plus stratégique… et plus exposé.
V.A.



