Après le Togo, un nouveau critique du pouvoir Talon interpellé en Côte d’Ivoire

Afriquinfos Editeur
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le journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpè (DR-Thoma Dietrich)

Ouidah (© 2025 Afriquinfos)- Après le cyberactiviste béninois Steve Amoussou, le journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpè (directeur de publication du journal «Olofofo») qui vivait en exil au Togo où il bénéficie du statut de réfugié depuis 2019, vient d’être lui aussi extradé au Bénin. Il est incarcéré à la prison civile de Ouidah dans le sud du Bénin depuis ce 13 juillet.

Comlan Hugues Sossoukpè, journaliste critique du Président béninois, Patrice Talon, a été invité par le ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation à se rendre à Abidjan le 8 juillet pour participer à un forum sur les nouvelles technologies tenu du 9 au 11 juillet. Dès le 11, la presse béninoise a rapporté son interpellation par les autorités ivoiriennes, suivie de sa remise immédiate aux autorités béninoises.

Son arrestation a été confirmée dans la soirée du 13 juillet par l’avocat Charlemagne Dagbedji. ‘’Maintenant qu’on sait que Comlan Hugues Sossoukpè a été accueilli en Côte d’Ivoire par des officiels pour être, par la suite, cueilli par des autorités béninoises, nous exigeons une communication immédiate et détaillée sur sa situation’’, a demandé Me Dagbedji. L’avocat exige également ‘’le respect absolu des droits fondamentaux’’ de M. Sossoukpè. ‘’Notamment son droit à l’intégrité physique, à un procès équitable et à l’accès à ses conseils et à sa famille’’.

Le parti d’opposition Les Démocrates a condamné ce 14 juillet dans un communiqué un ‘’énième enlèvement d’un refugié politique à l’étranger (…) au mépris de toutes les règles du droit international humanitaire’’. ‘’Une fatwa a été déclenchée pour anéantir avant l’heure toute source d’information crédible’’, peut-on lire dans le communiqué.

Selon Reporters sans frontières (RSF), le journaliste est visé par trois chefs d’accusation: harcèlement par le biais d’un système informatique, rébellion et apologie du terrorisme. Ce 14 juillet, RSF a condamné «avec la plus grande fermeté l’arrestation et la remise de Hugues Comlan Sossoukpè par les autorités ivoiriennes aux autorités béninoises», et a appelé à sa «libération immédiate».

Selon l’ONG, le journaliste béninois a été arrêté dans sa chambre d’hôtel à Abidjan ‘’dans la soirée du 10 juillet’’ par des policiers. Il aurait été ‘’conduit directement au salon d’honneur de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, une zone normalement réservée aux invités de prestige’’, rapporte RSF.

‘’Le journaliste embarque dans un petit avion privé affrété pour l’occasion et à bord duquel il n’aura pour seule compagnie que les policiers qui l’escortent et les membres d’équipage’’, poursuit l’ONG. L’avion se pose à 22 heures à Cotonou, le journaliste est débarqué, puis placé en garde à vue à la brigade économique et financière, précise-t-elle.

 ‘’Le lendemain matin, il est présenté à un juge d’instruction qui lui lit le mandat d’arrêt émis par la CRIET [Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme]», précise l’organisation. «Ce qui devait être une mission professionnelle s’est transformé en traquenard», s’indigne RSF. «Comlan Hugues Sossoukpè est actuellement détenu à la prison civile de Ouidah», a ajouté dans un communiqué, dimanche soir, le collège d’avocats de M. Sossoukpè. Les autorités béninoises et ivoiriennes n’avaient pas commenté lundi soir l’arrestation du journaliste.

En août 2024, le cyberactiviste béninois Steve Amoussou, accusé de tenir un compte critique envers le pouvoir de Cotonou, avait été enlevé au Togo, voisin, selon ses avocats, puis ramené à Cotonou, où il a été condamné au début juin 2025 à deux ans de prison ferme.

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