Akinwumi Adesina milite ardemment pour la création d’une Agence de notation de crédit africaine gérée depuis le continent

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Londres (© 2024 Afriquinfos)- Le président de la BAD souhaite marquer son mandat à la tête de l’institution par la création d’une agence de notation de crédit africaine, gérée depuis le continent. Akinwumi Adesina a exprimé ce souhait alors qu’il faisait le bilan de ses huit années passée à la tête de la banque.

Cette année est celle des adieux pour M. Adesina, et il fera le tour du monde pour s’entretenir avec des investisseurs et des dirigeants du monde entier, dans son style pragmatique mâtiné d’un optimisme à toute épreuve.

‘’Ce n’est pas un travail, c’est une mission. J’ai obtenu la confiance, les ressources et la plateforme pour développer mon continent natal et je m’acquitterai de cette mission jusqu’à la dernière minute de mon mandat. Il faudra sans doute qu’on me rappelle qu’un nouveau président a été élu avant que je ne m’arrête de travailler ! ’’.

Les défis de l’Afrique se multiplient

Pour M. Adesina, toujours à la recherche de nouvelles sources de capitaux pour le continent, les défis auxquels l’Afrique est confrontée sont plus urgents que jamais. Il souhaite ‘’une nouvelle Afrique dans laquelle les gens veulent venir, et non pas qu’ils veulent quitter’’, la migration à grande échelle des Africains vers l’Europe et ailleurs se poursuit et reste un enjeu politique et économique majeur des deux côtés de la Méditerranée.

Le nombre de franchissements irréguliers aux frontières extérieures de l’Union européenne a atteint un total d’environ 380 000 en 2023, sous l’effet d’une hausse des arrivées via la région méditerranéenne, selon les calculs préliminaires de Frontex [l’agence européenne de gestion des frontières]. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis 2016 et d’une augmentation de 17 % par rapport aux chiffres de 2022, ce qui indique une tendance à la hausse constante au cours des trois dernières années.

’Tout d’abord, je ne suis pas opposé à l’immigration légale. Celle-ci doit se poursuivre, car c’est un marché du travail où les gens peuvent faire valoir leurs compétences, et c’est très bien ainsi’’, déclare-t-il. Et de préciser : ‘’C’est la migration illégale forcée qui, selon moi, constitue un grand défi. Les gens oublient que 85 % de la migration des jeunes en Afrique est interne et que les gens se déplacent d’un pays à l’autre. Mais les médias ont tendance à exagérer l’importance de ce phénomène lorsque des personnes sombrent dans la Méditerranée. Mais le cœur de l’Afrique ne se vide pas dans la Méditerranée, voilà ce que je dis’’.

Il reconnaît cependant qu’un ensemble complexe de facteurs continue de pousser les Africains à émigrer, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du continent.

‘’Nous devons également comprendre qu’un certain nombre de facteurs ont favorisé ces migrations. Les changements climatiques ont rendu les choses beaucoup plus difficiles aussi. De nombreux conflits internes sont dus à la pauvreté, à l’inégalité ou à la pression exercée sur les ressources et aux conflits à motivation politique que nous avons connus.’’

Mais demeurer chez soi comporte aussi des périls. M. Adesina prévient que si un grand nombre d’Africains sont au chômage dans des pays improductifs, les terroristes n’auront aucun mal à les recruter, comme cela s’est produit au Mozambique.

Face aux nombreux défis auxquels le continent est confronté l’ex ministre nigérian de l’agriculture ne désespère pas.

‘’Je ne désespère pas. Je me concentre sur les défis que nous devons relever. Prenons par exemple le processus de croissance dont nous parlons beaucoup. Oui, je suis satisfait du chiffre de croissance que nous avons : ce n’est pas le niveau que nous souhaitions, mais nous avons toujours dix des vingt économies à la croissance la plus rapide au monde.’’

Le bilan des deux mandats

M. Adesina, au cours de ses huit années à la tête de l’institution a permis d’accroître le pool de capitaux dont dispose la Banque africaine de développement pour investir sur le continent.

Quand il a pris ses fonctions, il a d’abord augmenté le capital à 201 milliards de dollars en 2019 : il s’élève aujourd’hui à 318 milliards de dollars, précise-t-il.

Il évoque des projets pour lesquels une partie de ces milliards a déjà été déployée. Ainsi, 50 milliards de dollars ont été investis dans les infrastructures au cours des huit dernières années, et des milliards supplémentaires ont été consacrés à l’agriculture.

Il énumère ce qu’il considère comme les principales réalisations de la Banque. ‘’L’Éthiopie est autosuffisante en blé en moins de quatre ans. Nous mettons en place des zones de transformation agro-industrielle et des infrastructures qui permettront l’émergence de chaînes de valeur, pour un montant de 1,7 milliard de dollars’’, explique-t-il.

’Le Bénin avait l’habitude d’exporter de la fibre de coton. Depuis que nous avons créé des zones de transformation agro-industrielle il y a deux ans, 100 % de leurs fibres sont transformées en textiles d’habillement. Tout leur argent allait au Viêt Nam !’’.

Il s’est récemment entretenu avec un groupe d’investisseurs qui souhaitaient exporter de la bauxite depuis l’Afrique.

‘’Je leur ai dit : Pourquoi ne pas vous lancer dans l’aluminium au lieu de vous limiter à la bauxite ? Sinon, les bénéfices seront réalisés dans un autre pays et vous finirez pauvres’’.

Pourtant, M. Adesina admet que les investissements en capital n’atteignent pas les populations défavorisées qui vivent dans les zones rurales. Macrotrends estime que plus de 698 millions de personnes dans la seule Afrique subsaharienne vivent dans des zones rurales, soit environ 57 % de la population — plus de trois fois la population du Nigéria.

« Une grande partie des capitaux investis en Afrique dans les infrastructures vont dans les zones urbaines, alors que la majeure partie de la population vit dans les zones rurales. Si l’on veut vraiment sortir un grand nombre de personnes (de la pauvreté), il faut transformer ces économies rurales, car, à vrai dire, elles ne sont rien d’autre que des zones de misère économique’’.

Même si son mandat touche à sa fin, M. Adesina continue de veiller à ce que les préoccupations de l’Afrique figurent en bonne place dans l’agenda mondial.

Qui pour succéder à Adesina ?

Ces derniers mois, il a répété à maintes reprises que le coût du capital était trop élevé en Afrique — en raison d’une « prime de risque » obsolète appliquée au continent par les investisseurs extérieurs et les agences de notation de crédit. L’Afrique est en particulier limitée par une pénurie de capitaux à long terme, moins chers, dits « concessionnels », affirme-t-il.

‘’Le financement concessionnel a chuté en Afrique. En 2010, l’exposition à la dette des pays africains était d’environ 52 % de financement concessionnel ; aujourd’hui, elle n’est plus que de 25 %. En raison de cette baisse, de nombreux pays se tournent vers les marchés des capitaux, des prêteurs privés et des prêteurs commerciaux… Lorsque vous avez beaucoup de créanciers commerciaux, c’est différent, vous devez agir de manière plus intelligente’’, explique-t-il.

Alors que le mandat de M. Adesina en tant que président de la Banque africaine de développement touche à sa fin, la course à sa succession a déjà commencé. Les observateurs estiment que le nouveau président doit être fort, décisif et visionnaire.

La personne qui remportera l’élection de l’année prochaine devra faire face à une énorme pile de dossiers. Alors que de nombreux pays africains sont toujours aux prises avec une dette croissante, une dépréciation de leur monnaie, une inflation élevée et une croissance mondiale atone, la contribution de la Banque africaine de développement au développement économique durable est d’autant plus importante.

Vignikpo Akpéné