‘Loin de l’amer’, un ouvrage de J. Béroard à lire et relire par tous les passionnés du zouk

Paris (© 2022 Afriquinfos)-  «Loin de l’amer», c’est le titre du livre de Jocelyne Béroard paru aux éditions «Le cherche midi».  Il s’agit d’un ouvrage autobiographique dans lequel la chanteuse raconte son existence extraordinaire passée sur les plus grandes scènes du monde avec Kassav, du Congo, aux Etats-Unis en passant par le Japon.

Après plus de quarante ans de carrière, Jocelyne Béroard, cette voix tant familière à plus d’un, se raconte dans un livre paru en mars 2022. Un récit à cœur ouvert sur sa vie d’artiste, de femme, sur sa carrière et sur le zouk.

Un soir, le groupe Kassav’ se trouve au Cap-Vert. Il doit clore un festival. Et devant les craintes de certains de ses membres de voir les spectateurs s’éclipser avant leur montée sur scène, l’organisateur soutient : « Kassav’ est le seul groupe à pouvoir retenir le public jusqu’au bout de la nuit. » C’est la première anecdote du livre de Jocelyne Béroard qui pose comme un postulat le caractère attractif du premier groupe professionnel antillais.

Dans cette autobiographie, Loin de l’amer, Jocelyne Béroard, 67 ans, emploie le pronom « nous » assez régulièrement. Signe que la chanteuse et compositrice est toujours happée par cet élan collectif qui a propulsé Kassav’, plus de 40 ans de carrière, sur les planches des plus grandes scènes du monde.

Le groupe porté par Jacob Desvarieux, Georges et Pierre-Edouard Décimus se forme à Paris en 1979, d’abord sans Jocelyne. En 1983, elle rejoint la bande, qui signe ensuite chez Sony de 1987 à 2003. Une période marquée par un rythme effréné, à raison d’un album et d’un Zenith à boucler tous les deux ans. Au total, Kassav’ – des millions d’albums vendus dont plusieurs disques d’or – a parcouru 80 pays lors de ses tournées et sillonné quatre continents. La troupe a donné une cinquantaine de concerts en Afrique et rempli des stades allant de 60.000 à 90.000 places, comme à Luanda, en Angola.

Kassav’, c’est plus de quarante ans d’activité. Et il ne viendrait à l’idée de personne de remettre en cause la réalité de leur notoriété. Loin de l’amer, le livre de Jocelyne Béroard rappelle opportunément que le seul élément féminin du groupe a pris une part plus que prépondérante dans cette réussite. À tel point, que certains producteurs télé ne voulaient qu’elle et Jacob sur leur plateau. Dans un style simple et direct, la chanteuse se raconte et raconte l’irrésistible ascension de la première formation antillaise à se vouloir professionnelle.

Jocelyne et Jacob, deux complices

Entre les lignes, transpire aussi la profonde amitié qui la liait à Jacob Desvarieux (parti le 30 juillet 2021). Le livre lui est d’ailleurs dédié tout comme à Patrick Saint-Eloi, le chanteur zouk love. Les fans de Kassav’ se régaleront et les autres apprécieront de découvrir de l’intérieur par le biais de Jocelyne la vie du seul groupe français à avoir conquis l’Accor Aréna, le Stade de France et la Défense Aréna.

C’est cette folle saga que Jocelyne Béroard – qui a mené en parallèle sa carrière solo – retrace dans ce livre on ne peut plus romanesque, truffé de photos d’époque et d’anecdotes aussi rocambolesques que réelles. Une balle perdue touche («dans le mou») la manageuse du groupe lors d’un concert en France. Dans l’ex-Zaïre, le groupe est pris en otage dans l’hôtel où il loge. La faute à un opérateur culturel crapuleux. Toujours en RDC, le groupe doit rejoindre Douala, au Cameroun, pour une prestation. Pressés par le temps, ils finissent par grimper à bord d’un avion servant au transport de matériel militaire et par voyager… sans sièges ! «Tout cela aurait pu faire l’objet d’une rupture, mais on arrivait toujours à tourner la situation en dérision, se remémore la Martiniquaise. On a vécu tellement de choses qu’il était temps d’écrire l’histoire de Kassav’, mais pas sous la forme d’une biographie. Il fallait la raconter de l’intérieur», souligne-t-elle.

Jocelyne Béroard, d’ordinaire plutôt pudique sur sa vie privée, se raconte ainsi pour la première fois à la première personne. On suit la trajectoire personnelle de l’artiste qui a été basée 25 ans en France avant de rejoindre son île, non loin de Schoelcher, commune où une école primaire a été inaugurée à son nom en juin 2019. Si l’interprète du tube « Soley » est devenue la mère du zouk, une musique « du peuple » née avec Kassav’, elle grandit pourtant dans une famille bourgeoise où le tambour est interdit. « La bourgeoisie chez nous, c’est l’éducation », écrit-elle. La seule musique que l’on pouvait apprendre, c’était la musique classique. Mais tous les genres de la Caraïbe faisaient partie de notre environnement et cela m’a nourrie», assure-t-elle. Cette fervente défenseuse du créole émaille ainsi son texte d’aphorismes en langue originale, et traduit chaque titre et extrait de chansons créoles en français. «Pierre-Edouard était intransigeant sur le sujet, cette langue devait être la nôtre et elle devait être sublimée dans nos chansons».

C’est cette folle saga que Jocelyne Béroard – qui a mené en parallèle sa carrière solo – retrace dans ce livre on ne peut plus romanesque, truffé de photos d’époque et d’anecdotes aussi rocambolesques que réelles. Une balle perdue touche («dans le mou») la manageuse du groupe lors d’un concert en France. Dans l’ex-Zaïre, le groupe est pris en otage dans l’hôtel où il loge. La faute à un opérateur culturel crapuleux. Toujours en RDC, le groupe doit rejoindre Douala, au Cameroun, pour une prestation. Pressés par le temps, ils finissent par grimper à bord d’un avion servant au transport de matériel militaire et par voyager… sans sièges ! « Tout cela aurait pu faire l’objet d’une rupture, mais on arrivait toujours à tourner la situation en dérision, se remémore la Martiniquaise. On a vécu tellement de choses qu’il était temps d’écrire l’histoire de Kassav’, mais pas sous la forme d’une biographie. Il fallait la raconter de l’intérieur», ironise Béroard.

Défenseure de la créolité

Jocelyne Béroard défendra la créolité jusqu’au bout. Malgré sa contribution, elle regrette que le zouk soit encore dénigré de nos jours. Associé au bal par les musiciens créoles traditionnels, qui le jugent trop populaire, le genre est aussi boudé par les nouvelles coqueluches de la scène actuelle. «Les jeunes préfèrent se ranger derrière l’appellation musique urbaine. Or, ils sont nombreux à avoir ce socle profondément zouk dans leurs arrangements. Même la plus grande star de musique urbaine du moment, Aya Nakamura… Ne fait-elle pas du zouk ?», met en relief la chanteuse française.

Elle entamera avec Kassav’  en 2023, une tournée en hommage à Jacob Desvarieux, mort des suites de la Covid-19. «Jean-Philippe se bat depuis son AVC, mais il tient le coup et peut chanter. Jacob était le pilier, sans Jean-Philippe auprès de Jean-Claude, Georges et moi, serait-ce encore Kassav’ ? Il faut aussi être réaliste, nous n’avons plus 20 ans, on ne va pas monter sur scène en déambulateur !», a-t-elle laissé entendre dans un entretien avec le ‘Jeune Afrique’.

Vignikpo Akpéné

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