CEMAC : la lente évolution du marché commun et de l’intégration régionale en débat à Yaoundé

 

Tenue jeudi et vendredi dans la capitale camerounaise, la conférence sous régionale sur l’intégration économique en zone CEMAC rassemble, autour des dirigeants de cette institution et d’autres organisations sous régionales, des autorités camerounaises, des partenaires au développement et des universitaires pour des discussions qui ne manquent pas d’intriguer sur son opportunité.

Car, en 20 ans d’existence, la CEMAC, héritière de l’Union douanière et économique de l’Afrique centrale (UDEAC) créée en 1964 au lendemain des indépendances africaines, a donné l’impression de s’éterniser dans la recherche de solutions à des problèmes évidents, qui pour certains trouvent leur explication dans des tergiversations et des visions politiques décalées de dirigeants de cette région.

Etablis à moins de 2% du total de leur commerce, soit moins de la moitié des 10 à 12% de la valeur totale du continent, et dominés essentiellement par un pays, le Cameroun, sur les six qui la composent, les cinq autres le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad, les échanges intracommunautaires de la CEMAC sont les plus faibles d’ Afrique.

« Sur plusieurs indicateurs, l’intégration régionale traîne vraiment en Afrique centrale par rapport aux autres sous-régions de l’Afrique. Il y a plusieurs dimensions. Il y a la dimension des infrastructures, par exemple les infrastructures routières, les infrastructures de chemin de fer », a apprécié à Xinhua Gregor Binkert, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Cameroun, la RCA, la Guinée équatoriale et le Gabon.

CORRIDORS ROUTIERS

Dans cette région pourtant, les marchandises circulent entre 80 et 90% par la voie routière, selon des études. Seules deux liaisons inter-capitales, à savoir Yaoundé-Libreville (895 km) et Yaoundé-Bata (501 km), sont entièrement bitumées et d’ailleurs sur le premier de ces corridors réalisés avec le concours des bailleurs de fonds internationaux, un tronçon, Ndjolé-Gare Octra en territoire gabonais, est dégradé.

Sur les 1.151 km qui séparent la capitale du Cameroun de Bangui en RCA, environ 54 km restent à bitumer en territoire centrafricain.

« C’est le tronçon entre Bouar et Baoro qui manque encore, qui est toujours en terre. Pour le goudronner, ce sont plus ou moins 60 kilomètres. Le marché a été déjà attribué, l’entreprise a commencé à se mobiliser pour faire la construction. A cause des événements (la guerre), on a été obligé d’attendre pour le moment », rapporte Binkert.

D’une distance de 1.592 km, le corridor Yaoundé-N’Djamena au Tchad est aussi en voie de réalisation.

« A la Banque mondiale, on a un gros programme de plus de 500 millions de dollars, soit environ 250 milliards de francs CFA, pour vraiment établir, avec les autres partenaires, la Banque africaine de développement, l’Union européenne, ces corridors afin de connecter les pays », résume Gregor Binkert.

Les financements évoqués ont été consentis, précise Racine Kane, représentant-résident de la Banque africaine de développement (BAD) au Cameroun, à des taux concessionnels.

« Parce que pour l’essentiel, que ça soit le Cameroun, que ça soit le Tchad, que ça soit la RCA, ce sont des pays à taux concessionnels, donc sous financement FAD (Facilité africaine de développement, NDLR) », a affirmé M. Binkert.

« Je voudrais aussi préciser que, fait savoir en outre Kane, nous avons un autre corridor qui est en cours de réalisation, que l’on appelle Ouésso-Sangmelima, qui va relier le Cameroun au Congo- Brazzaville. Les travaux sont bien avancés au niveau de la partie congolaise. Nous espérons aussi renforcer le rythme de réalisation des travaux au niveau du Cameroun », a-t-il dit.

Y compris la Guinée équatoriale, ex-colonie espagnole, tous les pays membres de la CEMAC appartiennent à la zone franc dont la monnaie, le franc CFA, est liée à l’euro, après le franc français, par une parité fixe et la moitié des réserves extérieures des 15 pays concernés est logée, suite à un accord entre les trois banques centrales de la zone avec la France, dans un compte de dépôt spécial à Paris.

Félicitée par les institutions financières internationales pour une stabilité macroéconomique convaincante et la maîtrise de l’ inflation autour de 3% au cours des dix dernières années, la zone CEMAC à travers sa banque centrale, la Banque des Etats de l’ Afrique centrale (BEAC), enregistrait fin 2012 un volume de 3.665 milliards de francs CFA de réserves, synonyme de surliquidité bancaire.

Ces ressources ne profitent cependant pas assez aux économies de la sous-région où les besoins de financement sont pourtant reconnus importants.

Commissaire en charge des politiques économique, monétaire et financière à la Commission de la CEMAC, Paul Tasong pointe, comme maux qui minent la zone franc, une mauvaise gouvernance institutionnelle, la persistance de barrières tarifaires et non tarifaires, l’insuffisance des infrastructures ou encore l’absence de volonté politique parmi les écueils à l’origine de la lente évolution du processus d’intégration régionale.

LIBRE CIRCULATION

Entravée par l’existence de deux bourses des valeurs mobilières concurrentes, Douala Stock Exhange au Cameroun et la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) à Libreville au Gabon, et en dépit de progrès notables pour l’union douanière, la construction de ce que le président de la Commission de la CEMAC, Pierre Moussa, appelle « un puissant marché commun, où circulent librement les biens, les services, les capitaux et les personnes » avance à pas de tortue.

D’échec en échec, le projet d’une compagnie de transport aérien communautaire, Air CEMAC, désormais en négociation avec Air France comme partenaire stratégique après le retrait de Sn Brussels, Royal Air Maroc et South African Airways, continue aussi de marquer le pas.

« Le dossier évolue bien, nous avons fait beaucoup de progrès. Il sera présenté aux chefs d’Etat lors de leur prochain sommet (à une date non encore fixée, NDLR », s’est contentée de souffler à Xinhua une source de la Commission de la CEMAC.

Pour la libre circulation des personnes et des biens qui devait devenir effective le 1er janvier suite à une décision commune prise lors du récent sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en mai 2013 à Libreville, elle continue d’être elle aussi repoussée par le Gabon et surtout la Guinée équatoriale, cet eldorado pétrolier devenu qui s’illustre par des fermetures de frontières régulières avec le Cameroun.

En visite début février à Yaoundé, le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Carlos Lopes, par ailleurs secrétaire général de l’ONU, a annoncé la publication pour la première fois avant la fin de l’année d’un indice d’intégration régionale.

Parmi les critères d’évaluation : le nombre de liaisons aériennes, le transfert de capitaux, les délais de dédouanement des marchandises, etc. Quelle note et quelle place à attribuer aux pays de la CEMAC ?

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