Accusations de prévarication à la BAD : Obasanjo mobilise 10 présidents au secours d’Adesina

Accusations de prévarication à la BAD

Accusations de prévarication à la BAD | Olusegun Obasanjo, chef de file d’un groupe d’anciens présidents soutenant Akinwumi Adesina. Au total, 11 anciens présidents africains apportent leur soutien à Akinwumi Adesina, président de la Banque Africaine de Développement (BAD), au centre d’une affaire dite des lanceurs d’alertes qui paralyse l’institution dans ce qui est considérée comme la plus grande crise interne depuis 25 ans.

Dans une déclaration commune datée du vendredi, 7 anciens présidents à savoir Olusegun Obasanjo, du Nigeria de Boni Yayi, président du Bénin, de Hailemariam Desalegn, premier ministre d’Ethiopie, de John Kuffour, président du Ghana, du Prix Nobel de la Paix Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente du Liberia, , de Joyce Banda, ancienne présidente du Malawi, du Prix Mo-Ibrahim 2007 Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique de 1986 à 2005, de Tandja Mamadou, ancien président du Niger, de Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria, de Mohamed Marzouki, président de la Tunisie et de Benjamin Mkapa, président de la Tanzanie, ont apporté leur soutien au président de la BAD.

Outre ces 7, d’anciens présidents comme Ameenah Gurib-Fakin, président de Maurice de, Rupiah Banda de la Zambie, Kgalema Motlanthe, président de l’Afrique du Sud et de Jakaya Kikwete, président de la Tanzanie, ont “endossé” le contenu du document.

Ces anciens dirigeants africains appellent à une nécessaire union du fait de la pandémie: “l’Afrique est confrontée à un défi sans précédent avec le COVID-19 et toutes les efforts doivent être joints pour lutter contre la pandémie”. Avant de louer longuement le bilan du président Akinwumi Adesina, qui a fait “un travail remarquable à la tête de l’institution”.

“La Banque a annoncé une facilité de réponse à la pandémie covid-19 de 10 milliards de dollars pour soutenir les pays africains. La Banque a également lancé avec succès une obligation sociale «Fight COVID-19» de 3 milliards de dollars, un record mondial”, égrène la missive des anciens présidents. “Grâce à sa vision et à son leadership, les actionnaires de la Banque de 80 pays ont tous approuvé une augmentation de capital générale de 115 milliards de dollars pour la Banque, la plus importante de son histoire depuis sa création en 1964”, renchérit le groupe des 7, sensible à l’approche genre initié Avenue Jean Paul II à Abidjan. “La Banque a fait beaucoup pour les femmes, avec un Fonds de 3 milliards de dollars pour fournir un accès au financement aux femmes, soutenu par les pays du G7 et l’Afrique”.

Pour les anciens présidents, la politique des 5 grandes priorités (High Five) du président Adesina a impacté 333 millions de personnes à travers l’Afrique.

“Dr Adesina, que certains lanceurs d’alerte accusent d’avoir violé le Code d’éthique des banques, a fermement et systématiquement déclaré son innocence à ces allégations. Le comité d’éthique du conseil d’administration, un organe de surveillance juridique de la Banque, composé de représentants des actionnaires, a blanchi le Dr Adesina de l’ensemble des 16 allégations, les déclarant sans fondement et l’exonérant complètement. Le président du conseil des gouverneurs, sur la base du rapport du comité d’éthique, a déclaré que Dr Adesina est exonéré. Nous comprenons que la Banque a pleinement respecté ses règles, procédures et systèmes de gouvernance, qui lui ont bien servi depuis que les pays africains l’ont créée en 1964”, poursuit le groupe des 7 dont les points de vue sont aux antipodes des exigences d’une enquête indépendante et transparente de la part des Etats-Unis.

  1. Adesina se bat actuellement contre 16 allégations d’irrégularité et de fraude portées contre lui par un groupe. Il a maintenu qu’il était innocent.

 

Soutien de fer d’Obasanjo

Réagissant à la crise, M. Obasanjo, dans une lettre adressée aux anciens présidents africains, a déclaré que M. Adesina avait fait monter la banque depuis sa prise de fonction au cours des cinq dernières années et ne devrait pas être victime.M. Adesina a été ministre de l’agriculture sous la direction de Goodluck Jonathan, successeur de M. Obasanjo.

Dans la lettre datée du 26 mai, M. Obasanjo a révélé que la banque, sous la direction de M. Adesina, « s’est activement positionnée comme une institution mondiale efficace classée quatrième au niveau mondial en termes de transparence entre 45 institutions multilatérales et bilatérales ».

« Alors que l’Afrique fait face à COVID-19, le Dr Adesina a de nouveau pris des mesures audacieuses pour s’assurer que la banque peut réagir de manière proactive pour soutenir les pays africains et a demandé à son conseil d’administration d’approuver un mécanisme de réponse aux crises de 10 milliards de dollars pour soutenir les pays africains », a déclaré M. Obasanjo. « En outre, la banque a lancé avec succès une obligation à impact social » Fight COVID-19 « de 53 milliards de dollars sur le marché international des capitaux, garantie à un taux d’intérêt de 0,75%. »

  1. Obasanjo a déclaré que la réalisation exceptionnelle de la BAD « avait obligé tous les chefs d’État et de gouvernement de la région de la CEDEAO à l’appuyer pour un deuxième mandat ». Mais malgré le grand exploit, «le gouvernement des États-Unis, par l’intermédiaire du secrétaire américain au Trésor, a écrit une lettre publique (qui a également été distribuée à la presse dans le monde) pour être en désaccord avec les conclusions du comité d’éthique du conseil d’administration et le président du conseil des gouverneurs de la banque. »

«Au lieu d’accepter l’exonération du président de la banque, ils (les États-Unis) ont appelé à une enquête indépendante.

  1. Obasanjo a exhorté ses collègues dirigeants (africains) à rédiger une déclaration conjointe et à «s’assurer qu’ils respectent les processus établis pour protéger et préserver la banque».
  2. Obasanjo a également dénoncé «l’introduction de pratiques étrangères recommandées par certaines parties étant donné que cette recommandation ne relève pas des procédures, lois, règles et règlements de la banque».

« Si nous ne nous levons pas et ne défendons pas la Banque africaine de développement, cela pourrait signifier la fin de la Banque africaine de développement, car sa gouvernance sera détournée de l’Afrique », a ajouté M. Obasanjo.

Aux yeux des anciens chefs d’Etat africains, exiger une enquête indépendante reviendrait à “violer” les règles et procédures de la banque. “La gouvernance consiste à respecter les règles, les lois et les systèmes de gouvernance établis des organisations. Dans le cas de la BAD, bien que des différences puissent exister entre les parties, la meilleure façon de les résoudre est de respecter d’abord les règles, procédures et structures de gouvernance de la Banque. Agir autrement reviendrait à saper la Banque et sa réputation longtemps et durement gagnée, ainsi que celle de son président”.

Les Etats-Unis exigent une nouvelle enquête

Les États-Unis insistent pour une nouvelle enquête malgré le bilan de santé propre remis à M. Adesina par le conseil d’administration de la banque.

Le fonctionnaire en difficulté a déclaré que la décision de le faire sortir, peut-être à tout prix, était liée à sa réélection et non à la suite d’une action frauduleuse de sa part.

En effet, le secrétaire américain au Trésor a dénigré la banque et ridiculisé l’ensemble du système de gouvernance de la banque qui est en place depuis 1964. »

En clair, la lettre du secrétaire d’Etat américain au Trésor, deuxième actionnaire de la BAD et premier contributeur du fonds FAD (étrangement muet depuis l’annonce de la pandémie) sonne comme une ingérence aux yeux des anciens présidents. “Aucune nation, quelle que soit sa puissance, n’a un droit de veto sur la Banque africaine de développement, et aucune nation ne devrait avoir un tel pouvoir”.

Au centre d’une série d’accusations de la part d’un groupe de lanceurs d’alertes, le nigérian Akinwumi Adesina, seul candidat à sa réélection, se voit confrontée à une pression grandissante des Etats-Unis, soutenue par la quasi-totalité des membres non régionaux, appelant à une enquête indépendante.

Blanchi par le comité d’éthique, Akinwumi Adesina reste suspendu à la fameuse enquête indépendante, actuellement objet de tracasseries quant aux périmètres, timing, formes et modalités. Pour sûr, la Banque Africaine de Développement ne peut pas se payer une crise institutionnelle et aura besoin de cohésion afin que les guichets FAD et central puissent répondre aux sollicitations des Etats membres.

Innocente Nice

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