Tchad: La paix de Masra signée avec le pouvoir ne contente pas du tout ses ex-alliés et plusieurs exilés depuis 2022

N’Djamena (© 2023 Afriquinfos)- C’est sous l’égide du grand voisin, la RDC, qu’un accord de principe a été signé entre le Gouvernement de Transition au Tchad et l’opposant Succès Masra. Une entente qui a permis à ce dernier, en exil depuis un an, de regagner son pays. Un retour négocié qui porte des germes de division au sein de l’Opposition?

Le 3 novembre dernier, Succès Masra Leaders du parti Les Transformateurs a regagné le Tchad après plus d’un an d’exil. Maintes fois annoncé, ce retour n’a été possible que grâce à un accord de principe signé avec le gouvernement de transition sous la houlette du Président congolais, Felix Tshisekedi, désigné Facilitateur par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC).

L’opposant sur qui pesait un mandat d’arrêt international, avait en effet fui le pays au lendemain d’une manifestation violemment réprimée le 20 octobre 2022. Entre une cinquantaine, selon les autorités, et au moins 300 personnes, selon des ONG et l’opposition, avaient péri, pour la quasi-totalité des jeunes hommes et des adolescents tués par les balles des policiers et des militaires à N’Djamena.

Si rien ou presque n’a filtré de l’accord signé entre Succès Masra et le Gouvernement de transition, il semble qu’un retour en toute discrétion ait été exigé par le pouvoir de N’Djamena. L’opposant après avoir posé ses pieds sur le sol de son pays après un an d’exil, s’est brièvement agenouillé sur le tarmac de l’aéroport, levant les bras vers le ciel avant de s’engouffrer dans un véhicule officiel en compagnie des ministres de la réconciliation et de la communication.

On est bien loin du retour en grande pompe avec bain de foule annoncé par le président du parti Les Transformateurs début octobre, avant qu’il ne diffère son retour par crainte d’une arrestation et de troubles. Le 8 octobre, au moins 72 jeunes membres ou sympathisants des Transformateurs, qui préparaient le retour annoncé de M. Masra, avaient été arrêtés à N’Djamena et sont, depuis, détenus au secret selon Human Rights Watch.

Le retour de l’opposant de 40 ans dans le pays est brandit comme une victoire par le Gouvernement de transition. En témoigne le ton enjoué avec lequel, le président tchadien de transition Mahamat Idriss Déby a salué le retour de Succès Masra: «Je tiens à souhaiter un bon retour au pays de Toumaï à mon frère Succès Masra. Personne n’est de trop dans notre vaste et beau pays. Welcome back !», a-t-il écrit.

Si l’accord semble autant satisfaire le pouvoir que Succès Masra, il a aussi ses détracteurs. La coalition Wakit Tama (« le temps est venu », en arabe tchadien) qui rassemble plusieurs mouvements de la société civile et de l’opposition, qui avait appelé à manifester le 20 octobre 2022, précise dans un communiqué qu’elle «ne saurait se reconnaître dans cet accord», tout en réclamant le «règlement des violations des droits humains». «Cet accord qui blanchit les auteurs de la répression (…) n’engage que les signataires, renchérit l’opposant Yaya Dilo, président du Parti socialiste sans frontières (PSF). Nous continuerons la lutte jusqu’à l’obtention de la justice pour toutes les victimes et l’instauration de la démocratie».

L’annonce de 40 jours de ‘’recueillement et de deuil’’ par Succès Masra qui laisse entendre qu’il ne sera pas pendant cette période à la tête de manifestations de protestation alors même qu’un référendum constitutionnel contesté par l’opposition est prévu le 17 décembre, laisse entrevoir un changement de cap du président des Transformateurs. L’accord signé à Kinshasa permet à Succès Masra de conserver l’intégralité de ses droits civiques qui lui permettront de se présenter à l’élection présidentielle prévue au plus tard pour octobre 2024. Fera-t-il seulement encore à ce moment là, l’unanimité dans les rangs de l’opposition ?

Boniface T.

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