Rébellion au nord du Mali : Un inquiétant embrasement à l’approche des présidentielles maliennes de 2012

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Cette localité située à près de 170 km au nord de Kidal, le chef-lieu de cette région, abrite un Institut de formation des élèves maîtres (IFM) dont les pensionnaires sont originaires de toutes les régions du Mali. Et selon le communiqué, les forces armées et de sécurité sont intervenues «avec courage pour sécuriser l'ensemble des pensionnaires de l'IFEM ainsi que les populations de la localité».

«Au cours de ces opérations, des pertes importantes, tant humaines que matérielles, ont été enregistrées de part et d'autre», ajoute le ministère malien de la Défense et des Anciens combattants qui «salue le comportement professionnel et héroïque » des forces armées et de sécurité. Ceux-ci auraient réussi à mettre à l'abri les élèves-maîtres de l'IFEM et les populations de la localité au prix d'un «sacrifice ultime».

Mais, de sources proches des rebelles et des témoignages au niveau de la population, soulignent que des éléments de l'armée régulière, basés à Aguelhok n'étaient pas visibles au moment de ce nouveau assaut. Selon les mêmes sources, cette attaque d'Aguelhok fut un carnage avec plus de 40 militaires maliens tués. Ce qui est assez évocateur du déséquilibre des rapports de forces dû aux  armements sophistiqué dont disposent les rebelles vénus majoritairement de la Libye.

Hier déjà, jeudi 26 janvier 2012, Moussa Ag Acharatoumane, du MNLA avait revendiqué l'attaque de la ville d'Andéraboukane situé à l'extrême nord-est du Mali, près de la frontière nigérienne. Cette attaque est la quatrième depuis une semaine (après Ménaka, Tessalit, Aguelhok). Et hier soir, la ville de Léré (à 600 km au nord-est de Bamako) était également sous le rouleau compresseur des rebelles Touaregs. Les assaillants se seraient emparés de cette localité malienne proche de la frontière mauritanienne.

Ce qui représente l'ouverture d'un nouveau front au Sud de l' Azawad, la zone qu'ils revendiquent. Les rebelles qui sont entrés à Léré y auraient même hissé leur drapeau.

Le conflit en cours au Mali ne manque pas de considération ethnique. En effet, selon des sources concordantes, si les peuplements touareg des Oulemedens, des Ichnidharans et des Imgads venus de Libye sont favorables à l'armée régulière et combattent auprès des éléments de l'armée malienne, les Idnans et les Ifhogas combattent l'armée régulière et alimentent la rébellion en soutenant ses revendications indépendantistes.

« Ce réveil brutal des foyers de rébellion est en train de reléguer au deuxième plan les élections générales (législatives et présidentielles) et surtout la lutte contre Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) dans laquelle s'étaient lancés les pays de la bande sahélo-saharienne», commente Kader Toé, un chroniqueur politique du pays. Selon lui, la stratégie de lutte contre AQMI comprenait le déploiement de 75 000 hommes dans le sahel, l' implantation à Tessalit d'un centre d'instruction contre le terrorisme et un plan de sécurité touristique, entre autres.

Ces mesures annoncées par le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, M. Soumeylou Boubèye Maïga, pourront-elles être mises en oeuvre dans le climat actuel ? Ce sont des questions que les observateurs ne manquent pas de se poser actuellement. Tout comme ils se demandent l'armée malienne est suffisamment équipée pour faire face à la multiplication des fronts conformes à la stratégie de harcèlement toujours adoptée par les rebelles et les islamistes.

«Pour les Maliens, il est temps que leurs autorités prennent leur responsabilité pour sortir de la logique de dialogue avec les assaillants. Si le dialogue pouvait régler les velléités indépendantistes des rebelles Touaregs, on n'en serait pas là aujourd'hui. Mieux, les régions du Nord ne seraient pas aujourd' hui à ce stade de pauvreté et de misère générales parce que les gouvernements successifs, depuis l'avènement de la démocratie, ont initié des projets ambitieux de développement à leur intention.

Les rebelles et terroristes ne comprennent que le langage des armes », souligne K. Toé, le consultant de Xinhua. «J'interpelle nos responsables politiques, en premier lieu le président Amadou Toumani Touré et tous les candidats à la présidentielle sur le problème de la rébellion qui, à mon avis, est une guerre civile larvée. Arrêtez de nous mentir et trouvez une solution au plus vite. Nos braves populations ne supporteront pas une guerre en plus de la famine et de la pauvreté. Responsables politiques, réveillez-vous et montrez-nous que vous êtes à la hauteur des espérances que le peuple place en vous » ! Tel est le cri de coeur d'une jeune cadre malienne, Fatoumata Sow, au cours d'un débat sur Facebook ce matin. Un cri de coeur partagé par la centaine d' intervenants à ce débat.