Sénégal/présidentielle : le pouvoir des chefs religieux sera aussi à l’épreuve (MAGAZINE)

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Aussi, ces hommes à la tête de confréries qui mobilisent plus que n'importe quel parti politique, sont-ils devenus incontournable dans la gestion du pays et des porteurs de voix très courtisés en période électorale.

L'organisation de l'Islam au Sénégal, pays majoritairement musulman (95%), est caractérisée par l'existence de nombreuses confréries sunnites dont les plus puissantes sont les Tidianes et les Mourides.

Ces confréries sont dirigées par des Khalifes généraux dont les "ndiguel" (ordre ou recommandation) à leurs "talibés" (fidèles) sont recherchés par tous les hommes politiques aussi bien du pouvoir que de l'opposition, surtout en période électorale.

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Mais, ces ordres, autrefois respectés de façon stricte par les fidèles, deviennent de plus inopérants lorsqu'ils touchent le domaine politique, à cause surtout de la multiplication de pôles de décisions.

Chaque marabout, surtout les plus jeunes, veut avoir une influence directe sur le pouvoir, bénéficier des avantages en argent et en biens matériels et obtenir des passeports diplomatiques.

Or, ils sont des centaines, fils, petits-fils, neveux à se prévaloir du titre chef religieux. On se rappelle qu'un jeune marabout du nom de Serigne Modou Bosso Dieng avait été arrêté en détention de passeports diplomatiques qu'il vendait à 5 millions de F CFA pièce. La loi, au Sénégal, pays laïc, n'autorise pas l' existence de partis religieux.

Mais, curieusement des partis politiques, crées par des marabouts très connus, ont été autorisés : Serigne Modou Kara a crée le PVD, Serigne Mamoune Niass le PR, Serigne Moustapha Sy, PUR, tandis que Serigne Béthio Thioune, très connu dans le milieu politique, n'hésite pas à monnayer cher son soutien politique à un candidat.

Aujourd'hui, Touba, lieux saints de la puissante et influente confrérie des Mourides, est sans doute la destination la plus convoitée et la plus visitée par tous les hommes politiques.

Pour une raison ou une autre, tout le monde s'y rend afin d' entrer dans les bonnes grâces du Khalife général. Même les ambassadeurs et les opérateurs économiques locaux et étrangers n' hésitent pas à s'y rendre pour bénéficier de leur aura.

Aujourd'hui, un candidat ne peut être élu au Sénégal que s'il est en bons termes avec le pouvoir religieux.

Personne n'ose en effet aller à l'encontre des desideratas des hommes religieux.

D'ailleurs, à ce propos, le Magal de Touba, cérémonie qui marque l'anniversaire du départ d'exil, décidé par l colonisateur français, de Cheikh Amadou Bamba, fondateur de la confrérie des Mourides, vient d'être décrétée journée chômée et payée.

Encore un clin d'oeil du pouvoir actuel aux Mourides en prévision de la présidentielle de 2012, car on ne lésine pas sur les moyens pour faire plaisir aux marabouts surtout les plus influents.

Leurs maisons sont submergées de denrées de premières nécessités comme le riz, le sucre et le lait, etc, à l'occasion des nombreuses manifestations religieuses qu'ils organisent.

Pour les hommes politiques, la sympathie d'un marabout à son égard est garantie de suffrages et pour les cadres des sociétés nationales, une assurance d'impunité pour les fautes éventuelles commises au cours de leurs mandats. Car, les chefs religieux sont prompts à intervenir directement au niveau du pouvoir en faveur de leurs protégés.

Il est certain que le pouvoir des marabouts est une réalité au Sénégal, comme il l'était déjà sous la colonisation française pendant laquelle leur influence était à la fois combattue et utilisée.

Il reste à savoir si les chefs de confrérie vont prendre partie pour un des candidats à la présidentielle.