Le legs de la Franco-tunisienne Halimi, pionnière de la dépénalisation de l’IVG, salué par tous en France

PARIS (© 2020 Afriquinfos)- La Franco-tunisienne Gisèle Halimi est décédée ce mardi à 93 ans en France. Avocate, femme politique et écrivain, elle aura fait de sa vie un long combat pour le droit des femmes en France et en Europe. Des engagements marqués par l’historique procès de Bobigny en 1972 qui a ouvert la voie à la légalisation de l’avortement dans l’Hexagone. Un parcours émérite salué par diverses personnalités depuis l’annonce de sa disparition.

 

Avocates, femmes politiques, travailleuses d’origine étrangère, femmes, elles sont nombreuses depuis ce mardi 28 juillet à rendre hommage à Gisèle Halimi. “Merci Madame” : par ces mots, elles témoignent toutes unanimement, et au-delà des clivages politiques, leur reconnaissance à l’avocate et figure féministe décédée à l’âge de 93 ans.

Sur les réseaux sociaux, une pluie d’hommages lui a été rendue. De la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, saluant une “avocate infatigable des droits de femmes, magnifique écrivaine, militante déterminée”, à sa collègue au gouvernement, la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes Élisabeth Moreno qui a distingué une “rebelle infatigable qui s’est battue toute sa vie pour améliorer le sort des femmes”. En passant par Rachida Dati, Anne Hidalgo, la députée du collectif de droite Agir, Agnès Firmin Le Bodo, ou encore l’ancienne ministre de la Justice, Christine Taubira, Cécile Duflot, Manon Aubry et Audrey Pulvar… pour ne citer que ces femmes politiques.

Née Gisèle Taïeb le 27 juillet 1927 dans une famille modeste à La Goulette (ville située au nord-est de Tunis, en Tunisie), Gisèle Halimi fut une très bonne élève. Enfant, elle a été témoin, le 9 avril 1938, de la répression sanglante à Tunis d’une manifestation favorable à l’émancipation des Tunisiens. Licenciée en droit et en philosophie à Paris, élève de Sciences-Po, la jeune femme s’inscrit au barreau de Tunis en 1949 et défend des syndicalistes et des indépendantistes tunisiens. C’est là le premier volet de sa carrière professionnelle, poursuivi à Paris et en Algérie où elle devient l’un des principaux avocats des militants du Front de libération nationale (FLN).

Gisèle Halimi, «Dame de parité» 

En 1971, elle fonda l’association «Choisir la cause des femmes», (ou, en abrégé, «Choisir») aux côtés notamment de Simone de Beauvoir et Jean Rostand. Amie de Jean-Paul Sartre, elle prendra la présidence de cette association à la mort de Simone de Beauvoir en 1986. Elle était une des signataires du retentissant Manifeste des 343 femmes qui déclaraient publiquement en 1971 avoir avorté 1971. Dès l’année suivante, elle défendra devant le Tribunal correctionnel de Bobigny Marie-Claire Chevalier, mineure accusée d’avoir eu recours à un avortement après un viol.

A l’occasion de ce procès emblématique, le grand public découvrit une intellectuelle à l’allure toujours impeccable venue dénoncer un procès d’un autre âge ! Elle obtint la relaxe de la jeune Marie-Claire Chevalier, et parvint à mobiliser l’opinion française. Ouvrant la voie à la dépénalisation de l’avortement, début 1975, avec la loi Veil.

Carrière politique toujours pour les femmes

L’engagement de Mme Halimi la conduira également en politique. Elue députée de l’Isère (apparentée PS) en 1981, elle poursuit le combat à l’Assemblée, cette fois-ci pour le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), un remboursement finalement voté en 1982. Mais elle prendra ses distances avec le Parti socialiste après son élection à l’Assemblée. En 1985 et 1986, elle sera nommée ambassadrice de France auprès de l’Unesco. Déçue par François Mitterrand, elle sera en seconde position sur la liste du « Mouvement des citoyens » de Jean-Pierre Chevènement aux européennes de 1994.

Gisèle Halimi poursuivit ainsi sans répit son engagement pour le droit des femmes et la parité hors de l’Hexagone. En 1995, elle prit la tête, avec l’ancien ministre socialiste de la Justice Robert Badinter, du Comité français de soutien à Sarah Balabagan, une jeune domestique philippine condamnée à mort aux Emirats arabes unis pour le meurtre de son employeur qui abusait d’elle. En 1998, elle fit partie de l’équipe qui créa l’ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne).

Par la suite, elle interviendra fréquemment pour s’inquiéter de la fermeture de plusieurs centres d’IVG en région parisienne (2009), dénoncer l’«indécent» retour médiatique de Dominique Strauss-Kahn (2011) – après l’abandon par la justice américaine des poursuites pénales le visant dans l’affaire du Sofitel – ou défendre la pénalisation des clients de prostituées (2011).

Mère de trois garçons, dont Serge Halimi (directeur de la rédaction du Monde diplomatique), elle a confié qu’elle aurait aimé avoir une fille pour «mettre à l’épreuve» son engagement féministe. «J’aurais voulu savoir si, en l’élevant, j’allais me conformer exactement à ce que j’avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes», ironisait-elle au micro du Monde en 2011.

 

V. A. 

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