Otages au Mali: un succès des jihadistes aux retombées incalculables

D’abord une certitude: c’est l’alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda qui sort victorieuse de l’échange au Mali de 200 détenus contre quatre otages. Au-delà, bien que les conséquences en soient encore difficiles à discerner, en voici quelques premiers enseignements :

Des photos diffusées depuis samedi, notamment par l’agence mauritanienne Al-Akhbar montrent l’accueil triomphal réservé par le chef touareg malien Iyad Ag Ghaly, qui dirige cette alliance, le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (GSIM), à plusieurs dizaines de détenus libérés.

Iyad Ag Ghaly, entouré de vétérans du jihadisme au Sahel, les reçoit avec effusion et leur offre un plantureux banquet. Ces photos ont été prises près de la frontière algérienne vendredi, le lendemain de la libération des otages, a affirmé à l’AFP une personnalité de la région de Tessalit (nord-est).

Combien de détenus ont été libérés et qui sont-ils ?

Sur un organe de communication d’Al-Qaïda, le GSIM se targue d’avoir obtenu en échange des otages – un dirigeant de l’opposition, Soumaïla Cissé, la Française Sophie Pétronin et deux Italiens – « la libération de 200 de ses membres« .

Mais l’affiliation jihadiste de tous ces ex-détenus, dont le gouvernement n’a pas publiquement confirmé l’élargissement, n’est pas avérée.

Plusieurs listes de personnes libérables en vue de cet échange ont circulé, mais aucune n’a été officiellement publiée.

Si des responsables présumés de certains des attentats les plus meurtriers au Mali, mais aussi en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso y figurent, beaucoup sont de simples suspects, parfois arrêtés lors de vastes coups de filet.

Des blocages sur la libération de certains prisonniers ont retardé le transfert des otages, a indiqué à l’AFP une source de la Direction générale de la sécurité d’Etat (DGSE) malienne, sans autre précision.

Pour Iyad Ag Ghaly, ces libérations vont « rééquilibrer un peu les forces en faveur de son organisation, qui dépend d’Al-Qaïda« , a souligné lundi sur Radio France Internationale (RFI) Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, en particulier face au groupe affilié à l’Etat islamique (EI), désigné en janvier ennemi « prioritaire » de Paris au Sahel.

Quels engagements ont été pris de part et d’autre?

Aucune des parties ne s’est exprimé sur ce point.

Mais les ex-détenus ne s’attendent certainement à bénéficier d’aucune forme d’immunité, a fortiori puisque la France, acteur militaire majeur sur le terrain, affirme ne pas avoir participé aux négociations. « La décision de libérer des jihadistes en particulier appartient aux seules autorités maliennes« , a déclaré mardi la ministre française des Armées, Florence Parly.

Le sort de plusieurs de leurs camarades relâchés dans des conditions similaires pourrait leur servir d’avertissement.

Ainsi, Aliou Mahamane Touré, condamné en août 2017 à dix ans de réclusion puis échangé en février 2019 avec 17 autres prisonniers contre un préfet et un journaliste maliens avait de nouveau été arrêté en novembre par la force française Barkhane.

Et en juillet 2015, l’armée française avait annoncé avoir tué Ali Ag Wadossène, organisateur présumé de l’enlèvement de deux Français et élargi avec trois autres jihadistes contre la libération en décembre 2014 d’un des deux otages, Serge Lazarevic.

« La façon dont les personnes libérées vont se réinsérer ou réintégrer les groupes armés dont elles sont originaires initialement va vraiment être un point absolument clé« , résumait sur TV5 Monde Niagalé Bagayoko, présidente du Réseau africain du secteur de la sécurité (ASSN).

Quant au paiement d’une rançon évoqué par de multiples sources, comme toujours, ni le montant ni la réalité n’en sont établis.

Quel crédit les dirigeants maliens peuvent-ils tirer de la libération des otages ?

Si les autorités de transition peuvent se prévaloir de la finalisation de ce dossier, le président Ibrahim Boubacar Keïta avait engagé les tractations pour la libération de Soumaïla Cissé, enlevé en mars, bien avant son renversement par un putsch le 18 août.

Dès son arrivée à Bamako, M. Cissé a rapporté avoir enregistré une vidéo à la demande de ses ravisseurs, au lendemain de l’investiture du président de transition Bah Ndaw, et du vice-président, le colonel Assimi Goïta, le 25 septembre. « Le président a été efficace« , a-t-il commenté le soir de sa libération.

Mais Bah Ndaw a lui-même salué « les efforts soutenus du président sortant pour obtenir la libération de ces frères et soeur. Le pragmatisme de la Transition ainsi que sa décision de capitaliser les avancées dans la négociation ont fait le reste« .

Au-delà de cet échange, de nombreux Maliens et spécialistes se demandent si les canaux de communication établis pour cette négociation pourraient désormais servir à relancer les contacts avec le groupe d’Iyad Ag Ghaly esquissés sous la présidence de M. Keïta.

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