Mali: Assimi Goïta accuse de « sabotage » les dirigeants arrêtés et reprend les choses en main

Bien que prévisible, ce énième soubresaut a plongé les Maliens dans la consternation d’un inquiétant déjà-vu. Des appels à se rassembler à Bamako pour protester n’ont trouvé quasiment aucun écho. La capitale, en ce jour férié dédié à l’Afrique, affichait son visage habituel de trafic dense et de vendeurs à la sauvette.

Les militaires, accueillis initialement avec un a priori favorable par une population exaspérée par l’insécurité et la corruption, se sont exposés au reproche d’avoir pris goût au pouvoir.

« Les militaires ne sont pas faits pour s’enrichir », disait Aliou Keïta, 60 ans, ancien soldat. « Nous, à l’époque on combattait et nos poches étaient vides, aujourd’hui c’est le contraire et leurs poches sont pleines ».

Au contraire, Mamadou Coulibaly, autre Bamakois, disait ne pas être « contre ces arrestations car nous soutenons les militaires. C’est à la population de les laisser faire leur travail ». Bamako allait au-devant d’une journée de rumeurs et d’activités diplomatiques et politiques, avec l’arrivée prévue dans l’après-midi du médiateur de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), Goodluck Jonathan.

Tandis que les hashtags contre un nouveau putsch prospéraient sur les réseaux sociaux, la Mission de l’ONU (Minusma) démentait des tweets usurpant sa charte visuelle pour affirmer qu’un nouveau Premier ministre avait été nommé.

La Minusma,  l’Union africaine (UA), la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni l’Allemagne et l’Union européenne ont condamné « fermement la tentative de coup de force ». Ils rejettent par avance tout fait accompli, y compris une éventuelle démission forcée des dirigeants arrêtés. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé lundi « au calme » au Mali et à la « libération inconditionnelle » de MM. Ndaw et Ouane.

Selon des diplomates, le Conseil de sécurité pourrait tenir une réunion d’urgence dans les prochains jours. Une délégation du collectif qui avait mené en 2020 la contestation contre Ibrahim Boubacar Keïta et qui avait été marginalisé par les colonels, s’est rendue dans la nuit à Kati.

Cette crise politique renouvelée renforce les doutes quant à la capacité à tenir l’engagement d’organiser des élections début 2022, dans un contexte où de violences jihadistes et autres continuent sans relâche et où s’accumulent les signes de grogne sociale. La principale organisation syndicale vient d’annoncer une nouvelle grève pour cette semaine.

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