Burundi : Pierre Buyoya démissionne de l’UA mais veut laver son honneur

Bamako (© 2020 Afriquinfos)- L’ex-dirigeant burundais, Pierre Buyoya, depuis 2012, Haut Représentant de l’UA au Mali et au Sahel, a dit mercredi à Bamako avoir démissionné de son plein gré de son poste. Pour, dit-il, « laver (son) honneur » après sa condamnation à perpétuité dans son pays.  

 Alors qu’il s’exprimait devant la presse, Pierre Buyoya a affirmé ne pas savoir où il allait s’établir, à défaut de pouvoir rentrer au Burundi. 

M. Buyoya, à la tête du Burundi de 1987 à 1993 puis de 1996 à 2003, a été condamné en octobre dernier «à la prison à perpétuité» dans son pays pour l’assassinat en 1993 de son prédécesseur Melchior Ndadaye. 

 Une « parodie de justice » 

 L’homme de 71 ans dénonce une « parodie de justice ». Aussi, a-t-il exprimé son intention de faire appel devant les juridictions nationales et internationales. Sa démission avait été rendue publique mardi dernier. Elle a été acceptée par l’UA, ont déclaré deux hauts responsables sous couvert d’anonymat.  

« J’ai jugé préférable de me libérer de ces responsabilités afin d’avoir toute la liberté de me défendre et laver mon honneur », a-t-il expliqué. 

« J’ai démissionné de mon propre gré parce que, pour exercer les fonctions qui sont les miennes, il faut avoir ses capacités entières au niveau physique, au niveau moral », a-t-il répondu aux journalistes qui lui demandaient si l’UA l’avait pressé de quitter ses fonctions. 

«Les gens de notre âge, ce qui nous reste à vendre, c’est notre expérience et notre prestige et notre honneur, et quand cela est quelque part attaqué, il faut en tirer les conclusions», a dit confié, confiant, l’homme de 71 ans. 

« J’avais aussi dit que cette situation pouvait gêner mon organisation », a-t-il ajouté. P. Buyoya emploiera «tous les moyens possibles pour faire triompher la vérité», sans savoir encore où. «Je me battrai à partir de l’endroit où je pense qu’il est plus efficace de le faire, (mais) je n’ai pas choisi un pays pour mon asile politique», selon ses mots.  

 L’UA n’a jamais fait le moindre commentaire sur la condamnation prononcée le 20 octobre par la justice burundaise contre P. Buyoya et une vingtaine de ses proches. 

Le nom de Buyoya avait déjà été cité, sans preuves, en lien avec l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier chef de l’Etat démocratiquement élu du Burundi et premier hutu à accéder au pouvoir.Il avait succédé à Buyoya après des élections multipartites, avant d’être assassiné en octobre 1993 lors d’un coup d’Etat militaire qui allait entraîner le pays dans une guerre civile opposant l’armée, dominée par la minorité tutsi, à des groupes rebelles hutu. Cette guerre avait fait 300.000 morts jusqu’en 2006. 

Buyoya, porté au pouvoir par l’armée en 1987, redeviendra président entre 1996 et 2003, à la faveur d’un nouveau coup d’Etat militaire, avant de remettre le pouvoir à Domitien Ndayizeye, un hutu, en vertu d’un accord de paix signé en 2000, à Arusha en Tanzanie. 

Innocente Nice

 

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