Grands traits des ADF, groupe armé ciblé par l’Ouganda et la RDC

Kinshasa et Kampala ont annoncé mardi des frappes contre les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé le plus meurtrier de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), présenté par l’organisation Etat islamique (EI) comme sa branche en Afrique centrale et accusé par l’Ouganda de récents attentats.

Qui sont ces ADF ?

A l’origine, les ADF sont une coalition de groupes armés ougandais, dont le plus important était composé de musulmans, opposés au régime du président Yoweri Museveni. Ils sont installés depuis 1995 sur le versant congolais des Monts Rwenzori, où ils ont fait souche.

A partir de 2014, et plus encore de 2017, les ADF sont accusés d’avoir massacré plus de 6.000 civils congolais, lors de raids d’une grande violence dans la région de Beni, au Nord-Kivu (est), ainsi qu’en Ituri (nord-est).

Quels sont leurs liens avec l’EI?

La question de l’appartenance des ADF à la galaxie jihadiste fait encore débat. Depuis avril 2019, certaines attaques des ADF sont revendiquées par l’organisation État islamique – via ses canaux habituels sur les réseaux sociaux – qui désigne le groupe comme sa « Province d’Afrique centrale » (Iscap en anglais).

Musa Baluku, le chef des ADF, a fait allégeance à l’EI dans une vidéo en juillet 2019, selon des experts, qui ajoutent que « Baluku est allé plus loin dans une vidéo de septembre 2020, déclarant que les ADF n’existaient plus, et qu’ils étaient maintenant une province d’Afrique centrale de l’Etat islamique ». D’autres experts sont moins catégoriques, assurant n’avoir pu confirmer de lien de commandement ou de contrôle direct de l’EI sur les ADF.

En mars dernier, les États-Unis ont placé les ADF parmi les « groupes terroristes » affiliés aux jihadistes de l’EI. Dans trois vidéos de décapitation diffusées en juin sur des groupes de messagerie et authentifiées par des experts, les ADF justifiaient leur geste au nom de la « guerre contre les croisés », reprenant à leur compte la rhétorique jihadiste.

De témoignages d’anciens otages des ADF, il ressort que les règles appliquées parmi eux sont strictes: port obligatoire du voile pour les femmes, main coupée en cas de vol, bastonnades publiques en cas de relations sexuelles hors mariage, prières plusieurs fois par jour, cris au nom d’Allah avant des assauts.

Le 22 septembre, un Jordanien présenté comme formateur des ADF a été arrêté par l’armée congolaise sur un axe routier dangereux du territoire de Beni.

Quel est l’impact de l’état de siège décrété dans l’est de la RDC?

Depuis que le président congolais Félix Tshisekedi a placé les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en état de siège, le 6 mai, le bilan dressé par l’armée est de 175 combattants ADF tués, les militaires affirmant avoir vu les corps, et « 273 collaborateurs arrêtés » dans la seule région de Beni.

Mais les ADF ont pu étendre la zone des massacres qui leur sont imputés du territoire de Beni jusque dans la province voisine de l’Ituri: « Nous avons pu identifier la mort de 623 civils du fait des ADF depuis le début de l’état de siège » à Beni et en Ituri, indique à l’AFP Pierre Boisselet, chef des experts du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST).

« On n’a pas vu de réelle intensification de la pression militaire sur les ADF en RDC dans le cadre de l’état de siège. Il y a eu des offensives, parfois avec le soutien aérien de la Mission des Nations unies (Monusco), sans doute des arrestations, mais pas de leaders de premier plan », résume M. Boisselet.

Pendant l’état de siège, l’armée affirme avoir « capturé 23 de leurs leaders ».

Pourquoi l’opération militaire de mardi a-t-elle été lancée depuis l’Ouganda?

En septembre, le président ougandais avait déclaré que son pays était « prêt à aider » à la traque des ADF sur le sol congolais, « si le gouvernement du Congo nous y autorise ».

En octobre et novembre, cinq attentats ont été perpétrés sur le territoire ougandais. Tous ont été attribués par les autorités ougandaises aux ADF et quatre ont été revendiqués par l’EI. Sur la même période en RDC, les assassinats de 157 personnes ont été attribués aux ADF.

Des discussions entre Kinshasa et Kampala ont eu lieu ces dernières semaines débouchant sur l’autorisation accordée à l’armée ougandaise d’intervenir en RDC pour combattre les ADF.

Par ailleurs, début octobre, le Rwanda, voisin de la RDC et de l’Ouganda, a affirmé avoir arrêté 13 personnes appartenant à une cellule terroriste qui travaillait avec des ADF dans la planification d’attentats dans la capitale Kigali.

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