Egypte: les islamistes dominent les élections législatives

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Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la formation politique des Frères musulmans, a obtenu 36,6% des 9,73 millions de suffrages, suivi par le parti salafiste ultra-conservateur Al-Nour, qui en a recueilli 24,4%.

Ces deux partis ont donc à eux deux remporté ensemble plus de 60% des voix, une grande victoire pour les islamistes, qui a surpris les forces laïques dans le pays le plus peuplé du monde arabe.
 

La commission électorale a déclaré que la coalition Bloc égyptien était arrivée en troisième position avec 1,3 million de voix, suivie par le parti libéral Wafd, qui a recueilli 690 000 voix. Un autre parti islamiste modéré, le parti Wassat, s'est classé cinquième avec 410 000 voix.
 

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Les résultats définitifs des élections législatives, qui ont commencé le 28 novembre, ne seront néanmoins connus qu'à la mi-janvier, puisque seuls 9 gouvernorats sur les 27 que compte l'Egypte ont pour l'instant voté, les 18 autres gouvernorats étant conviés aux urnes à la mi-décembre et début janvier. Les élections se déroulent en effet en trois phases, chaque phase appelant 9 gouvernorats au vote, d'abord pour un premier tour, puis pour un second tour une semaine plus tard.
 

Il est pourtant déjà clair que le second tour verra principalement s'affronter le PLJ, qui représente les islamistes modérés, et le parti Al-Nour, un parti fondamentaliste plus radical.
 

Ces élections législatives, qui concernent la Chambre basse du Parlement, sont les premières en Egypte depuis la chute de l'ancien président Hosni Moubarak, forcé de quitter le pouvoir il y a 10 mois après 18 jours de manifestations anti-gouvernementales d'envergure.

Le taux de participation de ces élections a dépassé 60%.
 

La Chambre haute du Parlement sera quant à elle élue dans la foulée, à partir de fin janvier, en trois phases également. Le nouveau Parlement devra désigner un comité chargé d'élaborer une nouvelle Constitution, et sera donc appelé à jouer un rôle important dans la construction de l'avenir politique du pays.
 

"Il n'est pas surprenant que les Frères musulmans aient remporté autant de voix", a déclaré Bakr Noha, un chercheur en sciences politiques à l'Université américaine du Caire.
 

Depuis leur fondation en 1928, les Frères musulmans ont eu le temps d'accumuler une longue expérience et d'accéder à une véritable maturité politique, a expliqué M. Noha à l'agence Xinhua. "Ils se sont investis dans des programmes liés à la santé et à l'éducation. C'est pourquoi les gens leur accordent leur loyauté".
 

Les résultats du premier tour suggèrent que les partis islamistes pourraient remporter 60% des sièges au Parlement, a prédit M. Noha.
 

Le mouvement des Frères musulmans a été officiellement interdit en 1954. Après la chute de Moubarak et la dissolution du Parti national-démocrate, le groupe a créé le Parti de la liberté et de la justice, qui est devenu sa branche politique, et représente désormais la force politique la plus organisée en Egypte.
 

Cependant, plusieurs experts ont exprimé leur inquiétude quant à la domination des élections par les formations islamistes.
 

"Nous ne pouvons pas prévoir le résultat final afin la fin des autres phases du vote", a indiqué Nabil Zaki, chercheur au Centre d'études stratégiques et politiques d'Al-Ahram. "Mais nous craignons qu'une partie des citoyens, déçus par la domination des formations islamistes au premier tour, ne s'abstiennent de voter au cours des étapes suivantes".
 

La montée des islamistes soulève également des inquiétudes chez les Coptes, une communauté chrétienne qui représente près de 10% de la population. Cette minorité, souvent victime de discriminations dans le passé, craint que la domination des islamistes n'affecte l'avenir du pays.
 

Les doctrines fondamentalistes des Salafistes pourraient de fait porter atteinte aux secteurs touristique et bancaire, a indiqué M. Zaki.
"Je ne crois à aucune de leurs promesses quant un gouvernement responsable et modéré", a-t-il ajouté.