Disparition de Dulcie September: 34 ans déjà, mais toujours de l’ombre autour de son assassinat

Paris (© 2022 Afriquinfos)- L’assassinat en plein Paris en mars 1988 d’une militante anti-apartheid avait à l’époque fait grand bruit. Mais à ce jour, si de nombreuses pistes ont été évoquées au fil des ans, la vérité sur la mort de Dulcie September reste à ce jour une énigme.

Représentant de l’African National Congress (ANC) en France depuis 4 ans, Dulcie September est froidement abattue de cinq balles un matin du 29 mars 1988 à Paris. Comme son opposition au régime d’apartheid était connue, les autorités de Pretoria avaient été vite pointées du doigt comme commanditaires de son meurtre. Un peu trop vite, car il semblerait que les circonstances entourant sa mort vont bien plus loin qu’un simple règlement de compte entre anti et pro-apartheid!

Comme l’ont révélé plus tard de nombreuses enquêtes, notamment celle de la Commission «Vérité et Réconciliation» en Afrique du Sud, Dulcie September s’intéressait un peu trop aux relations ambigües qu’entretenaient la France (son pays d’accueil) avec Prétoria. Au-delà de la dénonciation publique, Paris fournirait en armes le régime d’apartheid et collaborait avec lui sur le développement d’un programme nucléaire.

«Nous avons pu voir des documents d’archives ici et là qui suggèrent qu’elle s’intéressait à la question sensible des ventes d’armes au régime d’apartheid, des armes vendues par plusieurs pays. Donc, je pense qu’il y a des indices très solides qui suggèrent qu’elle était sur la piste de certains de ces vendeurs d’armes, mais également qu’elle enquêtait sur un système qui permettait de passer outre les sanctions et qui impliquait des responsables de gouvernement dans plusieurs pays. Si lors de son séjour à Paris, Dulcie a trouvé des informations sur des sociétés françaises – et notamment des sociétés d’Etat – comme Aérospatiale ou Thomson CSF, aujourd’hui Thales, qui vendaient des armes aux régimes d’apartheid, elle aurait exposé ces réseaux», détaille Hennie Van Vuuren, auteur d’un livre sur la corruption et les trafics d’armes sous l’apartheid.

Avant d’ajouter: «Des réseaux qui remontaient jusqu’à la Présidence française et les responsables des services de renseignements qui fournissaient le régime d’apartheid avec la technologie française la plus sophistiquée de l’époque».

Pourtant, aucune enquête officielle n’a abouti à l’implication des autorités françaises dans l’assassinat de Dulcie September. Ses meurtriers n’ont eux aussi jamais été identifiés.  34 ans après sa mémoire est malgré tout, entretenue et des hommages lui sont rendus dans dans la ville d’Arcueil où elle vivait. Une commune qui ne l’a jamais oubliée et où un collège porte aujourd’hui son nom. La projection en avant-première du film «Murder in Paris», retraçant ses dernières heures dans la capitale française, était également au programme des commémorations cette année 2022.

Boniface T.

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