Addis-Abeba (© 2025 Afriquinfos)- Le 2eme Sommet Afrique-CARICOM (Communauté des Caraïbes), s’est tenu ce dimanche 7 septembre 2025, à Addis-Abeba. Il a consacré les principes du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats et la responsabilité principale du Conseil de Sécurité de l’ONU dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales en tant que principes sacrés de la Charte des Nations unies.
Le thème du sommet était « Partenariat transcontinental pour une justice réparatrice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce aux réparations« .
Sanctionnant le 2eme Sommet Afrique-CARICOM, la Déclaration d’Addis-Abeba sur le partenariat transcontinental sur la justice réparatrice pour les africains et les personnes d’ascendance africaine, a consacré les principes du respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale des États, de non-ingérence dans les affaires intérieures des États et de bon voisinage en tant que principes sacrés de la Charte des Nations unies.
En outre, le communiqué conjoint afférent à ce Sommet a réitéré la responsabilité principale du Conseil de Sécurité de l’ONU dans le maintien de la paix et la sécurité internationales à la lumière de l’évolution de la situation sécuritaire internationale, qui comporte de multiples menaces pour la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent africain et dans la région de la CARICOM.
L’événement a réuni de dirigeants de pays africains et d’États membres de la CARICOM, ainsi que des représentants de la diaspora africaine.
« Les historiens ne manqueront pas de rappeler qu’à Addis-Abeba, l’Afrique et les Caraïbes ont renouvelé leur engagement à honorer leurs ancêtres, à élever leurs descendants et à reconquérir leur destin commun dans la liberté, la justice et l’unité », a déclaré Mahmoud Ali Youssouf.
‘’Ce 2ème sommet Afrique-Caricom représente un moment de communion et de retrouvaille. La grande famille africaine, de Capetown au Caire de cap gardafoui à Arouba dans les iles sous le vent, nous partageons des racines communes. Une identité plurielle, et des cultures abreuvées par une histoire millénaire. Certes, des destins parfois écartelés par des injustices passées’’, a-t-il ajouté, rappelant que la traite négriere, l’esclavage et la colonisation ont bouleversé le cours de ‘’cette histoire commune’’.
C’est aussi un devoir de mémoire et de souvenir à léguer aux générations futures. C’est enfin, une obligation de reconnaissance des crimes commis à l’encontre de peuples africains.
‘’La repentance seule ne suffit plus. Les revendications de réparation sont légitimes et permettent de pallier aux souffrances de nos ancêtres et de combler des inégalités structurelles actuelles. Les discriminations et le sous développement qui se manifestent ont pour origine ce pillage orchestré de nos ressources humaines et naturelles.
L’union africaine et le caricom devront œuvrer à consolider cette solidarité pour un même combat. Celui de la reconnaissance de ces crimes, de la repentance et des réparations.
Il nous appartient de mettre en place un mécanisme conjoint afin de coordonner nos efforts et faire avancer nos revendications sur la scène internationale’’, a conclu Mahmoud Ali Youssouf.
Un appel à la justice réparatrice lancé depuis février
Au-delà de notre action collective liée aux réparations, il nous incombe aussi de promouvoir les investissements, le commerce, l’innovation et la recherche entre nos deux espaces. Le monde appartient aux nations productrices et commerçantes. L’Afrique et les caraïbes représentent un 5ème de l’humanité et disposent d’un pouvoir réel d’influence et des ressources humaines et naturelles significatives. Parlons donc d’une même voix, sur toutes les plateformes internationales.
En février, la Première ministre de la Barbade, Mia Amor Mottley, s’est exprimée devant des chefs d’État africains au sujet des liens historiques et culturels existant entre l’Afrique et les Caraïbes, lançant un appel à l’unité afin de faire progresser la justice réparatrice.
‘’Une approche unifiée des réparations pourrait bien changer la donne pour les communautés d’Afrique, des Caraïbes et de la diaspora qui se battent pour une justice réparatrice’’, a déclaré Almaz Teffera, chercheuse sur les questions de racisme en Europe à Human Rights Watch. ‘’Les États du continent africain et de la CARICOM devraient travailler en étroite collaboration avec les communautés affectées et de la diaspora, ainsi qu’avec la société civile en Afrique, dans les Caraïbes, mais aussi en Europe, pour faire conjointement avancer le dossier des réparations, conformément aux textes et normes du droit international relatif aux droits humains.
Le document ‘’questions-réponses’’ de Human Rights Watch souligne que les normes internationales relatives aux droits humains, largement acceptées, traitant du droit de recours et du droit à réparation, s’appliquent bien aux impacts durables de l’esclavage et des autres crimes coloniaux. Les gouvernements européens ont réfuté que ces normes juridiques internationales soient applicables aux atrocités coloniales ou à leur rôle dans la traite des esclaves transatlantique, optant au mieux pour l’expression de regrets’’ ou la présentation d’excuses formelles, sans endosser aucune responsabilité juridique qui donnerait droit à des réparations.
Le terme générique de ‘’réparation’’, en droit relatif aux droits humains, englobe en fait de nombreuses formes de recours, notamment les excuses, la restitution, l’indemnisation, la réadaptation, la satisfaction et les garanties de non-répétition. Un terme plus vaste, ‘’justice réparatrice’’, est également souvent employé par les mouvements mondiaux réclamant des réparations, qui demandent justice pour les causes premières des préjudices et des inégalités systémiques hérités de la colonisation, de l’asservissement et de la traite des esclaves.
En février 2025, l’UA a choisi de consacrer son thème phare de 2025 à « la Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce aux réparations ». La société civile a été déterminante dans le choix de ce thème, appelant de ses vœux une position africaine commune sur les réparations et des cadres institutionnels renforcés permettant des avancées des réparations sur le continent.
En juillet, les dirigeants africains se sont engagés à consacrer la décennie à venir aux réparations. Cela fait suite au « Plan en dix points pour la justice réparatrice » élaboré en 2014 par la Communauté caribéenne – un cadre de réparations piloté par les États qui aspire à pallier les impacts durables de la colonisation et de l’esclavagisme dans les Caraïbes.
Cela fait des décennies, et même des siècles, que les communautés réclament des réparations.
Une réclamation qui date de plusieurs années
Cela fait longtemps que les États européens résistent aux appels réclamant des réparations. L’Allemagne, par exemple, a reconnu en 2021 que les crimes coloniaux allemands à l’encontre des peuples Ovaherero et Nama, dans ce qui est aujourd’hui la Namibie, constituaient un génocide, tout en soutenant que cela ne se traduisait pas par le devoir d’apporter des réparations, car le droit international qui s’appliquait à l’époque ne donnait pas droit à réparation. Le nouveau gouvernement allemand a récemment confirmé cette position en réponse à une question parlementaire.
Au cours de son mandat de Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition, Pablo de Greiff a clairement déclaré que les processus réparateurs qui excluaient, intentionnellement ou non, les communautés affectées, violaient les textes et normes du droit international relatif aux droits humains. Ni le gouvernement britannique ni le gouvernement allemand n’ont véritablement consulté les communautés affectées à travers des processus cherchant à tenir compte de l’histoire coloniale dans les Chagos ou en Namibie.
L’UA a compilé des directives politiques sur la justice transitionnelle qui reconnaissent les réparations comme moyen de traiter les injustices historiques, conformément au droit international et régional contraignant relatif aux droits humains. Ces directives réaffirment par ailleurs que les États africains ont l’obligation de veiller à ce que les processus réparateurs soient inclusifs, consultatifs et centrés sur les victimes, afin de garantir que ce soient les communautés les plus affectées qui déterminent leur aboutissement.
V.A.



